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Panel de discussion sur le climat

Published on 6 juin 2015
Allocution d’ouverture de Mme Ségolène Royal, Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie - Ambassade de France à Washington, D.C. - 6 juin 2015

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Bonjour à toutes et à tous.

Je suis très heureuse de partager aujourd’hui avec vous ce temps d’échanges et de débats autour des enjeux climatiques, que je remercie l’ambassade de France d’avoir organisé.

Le beau film de Luc Jacquet, qui nous en parlera dans quelques instants, en éclaire une dimension très importante : l’accélération de la fonte des calottes glacières. Il nous permet de mieux comprendre que le changement climatique et ses dégâts, ce n’est pas une perspective lointaine mais quelque chose qui se passe en ce moment et que nous devons enrayer ici et maintenant.

Nous sommes aujourd’hui le 6 juin et cette date est celle d’une grande première mondiale : aujourd’hui se tient, sur tous les continents, un débat participatif planétaire qui donne la parole aux citoyens du monde, dans toute leur diversité. Car la défense de ce bien commun de l’humanité qu’est le climat n’est pas simplement une affaire de spécialistes (même si nous avons grand besoin que les scientifiques nous éclairent), pas simplement une affaire de responsables gouvernementaux (même si nous avons grand besoin que les Etats s’engagent), mais l’affaire de toutes celles et tous ceux qui vivent sur la même planète.

Aujourd’hui 6 juin, durant 24 heures et suivant l’ordre des fuseaux horaires, 104 débats participatifs rassemblant au total 10.400 citoyens sont organisés en Asie et en Océanie (18), en Europe (16), en Afrique (32) et en Amérique (17).

Le tout premier de ces débats a eu lieu aux îles Fidji et 15 îles, très directement menacées par la montée des eaux et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, organisent elles aussi, au fil de cette journée, des débats identiques.

Les 4 débats organisés aux Etats-Unis (à Saint Paul, dans le Minnesota, à Fort Collins, dans le Colorado, à Boston, dans le Massachussets et à Phoenix, en Arizona) doivent être en train de finaliser leurs avis et leurs propositions.

Sous toutes les latitudes, des hommes et des femmes de toutes les régions du globe, consacrent le même jour du temps à s’informer ensemble et à réfléchir ensemble pour formuler les propositions qui leur paraissent les plus efficaces et les plus justes pour lutter contre le changement climatique.

Les résultats de tous ces débats seront mis en commun à l’échelle planétaire et rendus publics en temps réel. Ils vont témoigner de la conscience environnementale mondiale et de l’importance d’associer les citoyens aux décisions qui les concernent. Je peux vous dire que les conclusions des premiers débats sont extrêmement pertinentes et éclairantes.

Les sujets débattus durant toute cette journée sont complexes mais la méthode à la fois rigoureuse et innovante, exigeante et créative, qui est mise en oeuvre dans cette centaine de débats par des animateurs formés à cet effet permet à chacun de se familiariser avec ces questions, de s’approprier ces enjeux, d’en délibérer avec les autres et d’émettre au bout du compte des avis éclairés et construits ensemble.

J’ajoute (j’y ai personnellement veillé) que l’empreinte carbone de cette vaste consultation a été réduite au maximum, toutes les étapes préparatoires ayant été autant que possible dématérialisées.

Je suis de longue date ardemment partisane de cette démocratie participative qui enrichit l’élaboration des politiques publiques. Je l’ai moi-même mise en pratique dans mon pays et dans la Région que j’ai présidée pendant 10 ans.

La France qui assume la présidence de la COP 21 apporte à ce titre tout son soutien, financier et logistique, à l’organisation de ces débats, comme en témoignent l’implication de nos ambassades dans le monde entier, du Ministère des affaires étrangères et du Ministère de l’Ecologie. Ceci, bien sûr, dans le strict respect de l’indépendance de cette démarche qui contribue à construire une démocratie mondiale plus participative.

Alors oui, ce 6 juin est une grande journée de mobilisation climatique et démocratique. Ce n’est pas une journée sans lendemain, pas une fin mais un commencement : la synthèse de ces plus de 100 débats concomitants va être immédiatement accessible à chacun sur Internet, en toute transparence. Leurs préconisations seront présentées le 10 juin à Bonn à tous les négociateurs du Sommet de Paris sur le climat et dans de nombreuses manifestations organisées dans les 6 mois qui viennent pour le préparer. Cette grande consultation citoyenne est donc une contribution directe à la mobilisation qui doit nous permettre de prendre à la fin de cette année des décisions à la hauteur de l’urgence climatique mais aussi à la mesure des formidables opportunités qu’offrent la décarbonation de nos économies et de nos sociétés, la montée en puissance des énergies renouvelables et ce que, d’une manière plus générale, j’appelle les chances de la croissance verte.

Vous avez, cher Luc Jacquet, coutume de dire que ce qui est en jeu, avec le réchauffement climatique, ce n’est pas la protection de la nature mais celle de la vie humaine sur terre. C’est très juste.

Vous ajoutez aussi : pas de catastrophisme, pas de ces discours qui démoralisent au lieu d’inciter à l’action car lutter lucidement pour protéger notre climat, cela doit d’abord être une perspective porteuse d’espoir et une aventure captivante.

Je partage pleinement ce point de vue et je suis curieuse de savoir ce que vous tous qui êtes ici présents, vous en pensez aussi. Comment voyez-vous et vivez-vous ces mutations climatiques qui, aux Etats-Unis aussi, ont des conséquences très concrètes, de l’Arctique où la banquise se rétracte à la Californie où l’eau manque ? Comment agir ici et maintenant du local au global ?

Je suis pour ma part convaincue que, nous sommes à l’aube d’un nouveau modèle de développement économique, social et écologique qui est en réalité un nouveau modèle de civilisation fondé sur une nouvelle harmonie de nos relation avec la nature.

Bien sûr, le vieux monde résiste et de puissants intérêts s’efforcent de faire obstacle à la mutation nécessaire. Mais, moi qui étais au Sommet de la terre en 1992, je suis frappée de constater combien la prise de conscience a progressé, des citoyens aux entreprises, et des grandes métropoles aux communautés rurales. Le rapport de forces est en train de s’inverser entre les partisans du laisser-faire climatique et la vague montante des volontés d’agir.

Tout être humain a deux patries : la sienne et la planète Terre. Je crois profondément que si tous les citoyens du monde s’y mettent, si nous faisons appel avec sérieux et respect à leur intelligence collective, alors nous réussirons non seulement à conclure un bon accord international, non seulement à mieux vivre dans le temps présent mais aussi à ouvrir un nouvel avenir à tous les peuples qui ont la planète en partage.

La tâche n’est pas facile mais elle est passionnante.

Permettez-moi de conclure avec ces mots d’un philosophe américain, George Santayana : « le difficile, c’est ce qui peut être fait tout de suite et l’impossible, c’est ce qui prendra un peu plus de temps ».

Je vous remercie de votre attention et j’ai hâte de vous entendre.

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