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Grèce - Déclarations des autorités françaises

Published on 13 juillet 2015
Propos du Président de la République et du Premier Ministre sur la situation de la Grèce au sein de la zone euro

Conférence de presse de M. François Hollande, président de la République, à l’issue du sommet de la zone euro (Bruxelles, 13/07/2015)

Mesdames, Messieurs,

Après plus de quinze heures, je crois, de discussions, de négociations, de débats, un accord a été trouvé. Cet accord, la France le cherchait, le voulait, et cet accord est là. Il permet à la Grèce de rester dans la zone euro. C’était l’objectif, avec forcément, le respect des règles européennes.

L’objectif était de faire en sorte que la zone euro puisse être préservée dans son intégrité, dans son unité, dans sa solidarité. L’objectif, c’était que l’Europe puisse être à la hauteur du défi qui lui était lancé, être capable de régler une crise qui depuis plusieurs années minait la zone euro. L’objectif était aussi de donner un espoir à la Grèce après tant d’années de souffrance, d’austérité - même si la Grèce n’en a pas terminé et qu’elle devra encore faire des efforts - alors qu’elle était convaincue qu’il fallait trouver à nouveau à rassembler le peuple grec.

Ce que j’ai voulu, c’était plus que l’intérêt de la Grèce, c’était l’intérêt de l’Europe. Et c’était aussi l’intérêt de la France. Parce que l’intérêt de la France ne se dissocie pas de l’intérêt de l’Europe.

La France a un rôle particulier à jouer : faire en sorte que ce processus, cette construction qui se sont noués au lendemain de la guerre puisse se poursuivre avec, bien sûr, des épreuves, des défis, mais en même temps toujours avec la volonté d’incarner une force, celle de la zone euro, une zone monétaire qui doit permettre la stabilité et la croissance. Il n’y a pas de stabilité sans croissance, il n’y a pas de croissance sans stabilité.

Le rôle de la France a été de chercher, tout au long de ces dernières semaines, à rapprocher les positions, à respecter le peuple grec mais à respecter aussi les autres nations qui composent la zone euro. Le rôle de la France a été non pas de chercher un équilibre, mais de trouver le bon chemin pour la zone euro et pour l’Europe.

L’enjeu était aussi de faire respecter les règles européennes, de faire en sorte que la Grèce puisse accéder aux financements prévus, justement, dans le cas où un pays a des difficultés. C’est ce que demandait la Grèce. Elle avait adressé une requête auprès des institutions pour bénéficier de ce que l’on appelle une procédure MES, un prêt pour lui venir en soutien dans le cadre d’un troisième programme.

Respecter les règles, c’était aussi faire en sorte que les mesures de redressement pour la croissance, pour la stabilité puissent être prises et cela a été long pour aboutir à ce résultat.

L’enjeu, c’était aussi d’offrir à la Grèce des financements longs pour assurer justement sa sortie de la crise. Des financements longs mais aussi des financements immédiats pour en terminer avec ce que la Grèce vit en ce moment, et qui va surement encore durer quelques jours : la fermeture des banques et la difficulté de trouver des liquidités. Il sera nécessaire de mettre en place - ce sera le rôle des ministres des Finances ce soir - des mécanismes de financement pour permettre qu’il y ait un accompagnement, tout le temps de la négociation du nouveau programme.

Comment sommes-nous parvenus à ce résultat ? D’abord en prenant le temps, toute la nuit - vous allez me dire, j’y suis habitué maintenant - mais il fallait consacrer du temps pour que tout soit discuté, que tout soit regardé, que tout soit dit par les gouvernements de la zone euro, par la Grèce, et par ceux qui étaient les plus réticents - on le savait - et demandaient des garanties.

Alors il fallait garder ce rapport franco-allemand, cette relation entre Mme Merkel et moi-même qui est nécessaire si l’on veut aboutir à un compromis. S’il n’y a pas cette solidité, cette cohésion - qui n’empêche pas parfois des différences, cela peut arriver - pour chercher un compromis, il n’y a pas d’accord. Et nous avons passé beaucoup d’heures avec Mme Merkel, avec Alexis Tsipras, avec les autorités européennes pour arriver à ce résultat.

Il fallait aussi qu’Alexis Tsipras, Premier ministre grec, qui avait déjà fait voter par son Parlement des réformes, puisse faire valoir ses attentes et ses propositions. Il a fait un choix, courageux, au moment même où lui étaient demandées d’autres réformes. En même temps, il savait que c’était la condition pour bénéficier de ces financements : près de 80 milliards pour financer ses projets dans les prochaines années et faire face à ses échéances. Pour les prochaines années, il lui a été également apporté 35 milliards d’euros du plan Juncker pour les investissements. Et puis il y aura ce financement à court terme dont j’ai parlé pour assurer la soudure.

En face, il y a eu une longue discussion pour ce que devaient être les contreparties, et notamment ce fonds pour les privatisations, qui ne pouvait être un fonds où il aurait été demandé aux Grecs de vendre les actifs aujourd’hui. Au contraire, il fallait les préserver pour qu’ils puissent avoir le meilleur rendement et assurer la croissance et la soutenabilité de la dette grecque.

Voilà ce qui a été fait tout au long de cette nuit et du petit matin.

Que va-t-il se passer maintenant ? Le Parlement grec va se réunir dans les prochaines heures pour adopter de nouvelles réformes et les parlements nationaux vont également se réunir. Pour ce qui concerne l’Assemblée nationale, ce sera fait mercredi pour qu’il puisse y avoir un vote sur la déclaration qui est sortie du sommet de la zone euro. Et puis, il y aura une période de négociations de ce programme. Ce qui a été ouvert aujourd’hui, c’est la négociation permettant à la Grèce d’accéder à un nouveau programme de soutien et d’aide. Et donc pendant les prochains jours, peut-être les prochaines semaines, aura lieu cette négociation.

Et pendant cette négociation il convient- je vous l’ai dit - d’assurer les financements. Quel est l’enjeu ? Celui de permettre à la Grèce de faire des réformes pour qu’elle puisse être capable d’être plus compétitive et d’avoir plus de croissance. Celui aussi d’avoir plus de croissance parce que sans croissance, la dette ne sera jamais soutenable. Enfin, il était important d’apporter à la Grèce la solidarité de l’Europe, dès lors que la Grèce prenait ses responsabilités.

Voilà Mesdames et Messieurs, à un moment nous avions pu craindre que la zone euro puisse se séparer d’un pays, la Grèce. Cette question était posée depuis des mois, des années même. Se priver de la Grèce, ce n’est pas simplement se priver d’un pays avec son PNB et sa population, c’est se priver d’un pays qui est au coeur de notre civilisation, qui n’est pas simplement dans notre histoire mais qui est dans notre culture, notre façon de vivre.

La Grèce est un pays ami qui a voulu entrer dans l’Union européenne après des années de dictature. La Grèce est un pays qui a voulu entrer dans la zone euro alors même qu’il pouvait y avoir des discussions sur sa capacité à assurer cette transition et cette entrée dans la zone euro. Encore ces derniers jours, tous les partis démocratiques nous l’ont dit, la Grèce voulait rester dans la zone euro. Elle aurait pu faire un autre choix ; elle voulait faire ce choix, être dans la zone euro, rester dans la zone euro. Notre devoir était de lui permettre de le faire tout en faisant en sorte de lui offrir une solution. Rien n’aurait été pire que de la maintenir dans une zone monétaire sans lui donner les conditions de son développement.

C’est pourquoi aujourd’hui il y a eu une négociation longue mais surtout une décision, à bien des égards, historique.

Si la Grèce était sortie de la zone euro, qu’aurait-on dit ? Que la zone euro n’était pas capable d’assurer son intégrité, sa solidarité. Qu’aurait-on dit des Grecs ? Qu’ils n’étaient pas capables de prendre leurs responsabilités. Qu’aurait-on dit de la France, de l’Allemagne, qui ont vocation à donner cette impulsion ? Que nous n’aurions pas été au rendez-vous. La zone euro aurait reculé alors que l’Europe doit avancer et porter un projet qui puisse protéger les peuples - car l’euro protège les pays qui sont partie prenante de cette zone monétaire. Qu’aurait-on dit sur cette dislocation de cette grande idée ?

Il fallait réussir, et pour ce qui me concerne, j’ai voulu que nous puissions réussir à faire un accord, à apporter à la Grèce ce qu’elle attendait, à garder les principes de la construction européenne, le respect de ces institutions, l’amitié entre la France et l’Allemagne. Réussir pour que nous puissions ouvrir un nouveau temps de la construction européenne car il faudra bien que nous renforcions cet espace monétaire, que nous lui donnions encore plus de capacité à se faire respecter, à se protéger et à pouvoir également connaître plus de croissance. Ce sera surement le travail de ces prochains jours et de ces prochains mois. Mais aujourd’hui, même si cela a été long, je pense que ça a été pour l’Europe, une bonne nuit et un bon jour.

Je vais prendre quelques questions.

Q - À propos des contreparties grecques, vous évoquez vous-même des mesures de redressement, et le mot résonne de manière très sévère pour la Grèce. L’hebdomadaire Der Spiegel parle même ce matin d’un « catalogue de cruautés » et un député européen disait tout à l’heure : « La Grèce nous a tendu la main et on lui a tordu le bras ». Est-ce qu’il y a eu dans cette négociation un moment où vous avez senti que l’on a cherché à humilier la Grèce, à humilier M. Tsípras ? Deuxième question sur les mesures à prendre, le paquet de mesures à prendre avant mercredi : c’est finalement les travaux d’Hercule et c’est un petit peu mission impossible, non ?

R - D’abord, qu’est-ce qui a été apporté à la Grèce ? Il a été apporté à la Grèce, si le programme est négocié et se conclut comme nous l’espérons, 80 milliards d’euros. Cela n’avait jamais été apporté à un pays dans le cadre de l’Europe et de la zone euro. Il a été apporté un programme d’investissement de 35 milliards d’euros dans le cadre du plan Juncker. Une solidarité y compris monétaire en termes de liquidités, ce qui va être fait dans les prochains jours.

Qu’est-ce qui a été demandé à la Grèce ? Il lui avait été déjà beaucoup demandé et avec une austérité qui n’avait pas connu le résultat escompté. Il lui a été demandé de faire d’abord des réformes, celles que le Premier ministre Tsípras avait lui-même acceptées puisqu’il a fait voter - c’était vendredi - par son Parlement un certain nombre de réformes de principe qui vont maintenant se traduire par des votes plus précis sur des projets de loi dans les prochains jours. Il lui a été demandé de mener des réformes sur le plan du marché des produits, du marché du travail, de l’énergie, et que tous les pays en Europe ont accompli. Il lui a été demandé aussi de constituer - je vous l’ai dit, cela a été un long débat - un fonds où il y aurait les actifs et les banques qui pourraient servir de gage aux prêts qui ont, justement, été accordés à la Grèce.

La Grèce ne voulait pas perdre sa souveraineté, elle avait raison et elle a bataillé pour obtenir - c’est Alexis Tsípras qui l’a fait - que ce fonds soit en Grèce, qu’il soit géré par les Grecs avec bien sûr le concours de la Commission européenne ou des institutions, et qu’il puisse être au service de la croissance en Grèce et notamment des investissements.

Enfin, tout au long de cette nuit, rien n’aurait été pire soit de vouloir humilier la Grèce, parce qu’elle demandait un programme, elle ne demandait pas l’assistanat ou la charité. Elle demandait les principes de la solidarité. Rien n’aurait été pire aussi que de vouloir opposer les uns et les autres, et je ne l’ai pas fait, parce que si un certain nombre de pays, pas simplement l’Allemagne, voulaient des garanties, c’était aussi pour obtenir de leur Parlement que l’accord puisse passer. À quoi cela aurait-il servi d’avoir un programme pour la Grèce s’il n’avait pas été voté par le Bundestag, le parlement finlandais, néerlandais, et je n’oublie pas le nôtre ?

Que demandaient les gouvernements ? D’avoir des garanties, des conditions qui puissent être respectées. Parce que si, par exemple, en France une majorité de mes compatriotes sont pour que la Grèce reste dans la zone euro, en même temps ce n’est pas sans conditions. Il était légitime qu’il y ait cette discussion. Qu’est-ce qui a été trouvé ? Ce n’est pas l’intérêt d’un pays par rapport à un autre, c’est l’intérêt général de l’Europe qui a été finalement obtenu.

Q - Vous semblez donc dire que la Grèce n’a pas perdu sa souveraineté mais quand on exige d’un pays qu’il soumette les lois qu’il envisage à la troïka, est-ce que quand même ce pays n’est pas un peu sous tutelle ? Parce que c’est ce qu’on a compris à propos des lois qui doivent passer avant mercredi.

R - Non. Il n’a pas été demandé pas par la troïka comme vous dites, mais par les ministres des Finances, puis ensuite par les chefs d’État et de gouvernement qu’un certain nombre de textes puissent être votés d’ici le milieu de la semaine. Pourquoi ? Pour que les parlements qui vont avoir à se prononcer puissent être certains que la Grèce va prendre des décisions. Quel était le sujet essentiel ? Un problème de confiance, c’est le sujet qui nous a finalement accompagnés tout au long de ces dernières semaines. Les Grecs n’avaient pas forcément confiance à l’égard des institutions, de la troïka comme vous dites, et puis des pays européens n’avaient pas confiance dans la Grèce, donc il fallait rétablir la confiance, la confiance mutuelle.

Ce n’est pas une tutelle, c’est simplement une preuve de bonne foi, de dire : « Je vais faire voter - comme d’ailleurs l’a fait le Premier ministre Tsípras déjà pour ces réformes-cadres - un certain nombre de textes pour bien montrer à mes partenaires, ceux que je sollicite, ceux qui vont me prêter, qu’ils peuvent me faire confiance et qu’ils peuvent donc voter l’ouverture de négociations, puis ensuite l’adoption d’un nouveau programme », donc je pense que la souveraineté a été préservée. Dans la formule initiale sur le fond, des textes ont circulé, il y avait un fonds au Luxembourg. Le Luxembourg est un pays tout à fait respectable et il y a déjà un fonds grec qui est au Luxembourg. Mais ce qu’ont demandé les Grecs, c’est que le fonds soit localisé - le fonds où il y avait des actifs qui étaient rassemblés pour servir de garantie - en Grèce. Moi, j’ai appuyé cette démarche, je la trouvais légitime et d’ailleurs elle a été acceptée notamment par Mme Merkel.

Q - Monsieur le Président, vous venez de vous féliciter de l’accord qui a été réalisé, qui a été difficile à réaliser. Cela a quand même laissé apparaître beaucoup de fractures entre les pays de la zone euro. Première question : est-ce que cela laissera des traces ? Deuxième question, cela montre un peu dans l’opinion européenne ce sentiment qu’une Europe allemande, même si vous avez tâché de trouver un point d’équilibre, qu’une Europe allemande a imposé sa volonté à d’autres pays ? Merci.

R - D’abord les débats au sein de l’Union européenne ont toujours été difficiles. L’histoire de l’Europe est faite de discussions longues, des nuits entières passées sur les budgets, sur les accords monétaires et sur tant d’autres questions y compris agricoles dans un passé qui n’est pas si loin et qui, d’ailleurs, revient aujourd’hui compte tenu des difficultés que vit notre agriculture.

Il y a toujours eu des tensions - et encore récemment sur la question des réfugiés. Si je peux me permettre cette confidence : cela a été plus dur sur la question des réfugiés que sur la Grèce, parce qu’après le référendum, il y a eu un premier sommet de la zone euro où des explications ont été demandées mais dès lors qu’il y avait une intention commune de vouloir trouver un accord - même si c’était difficile - cela n’a jamais été tendu comme ça l’avait été sur la question des réfugiés. Il y avait des points de vue différents mais jamais sous la forme de fractures.

Ensuite, vous me parlez de l’Allemagne. Mais enfin, vous êtes comme moi, vous regardez un certain nombre d’enquêtes d’opinion. En Allemagne, il y avait quand même une pression assez forte pour le Grexit comme on dit, pour la sortie de la Grèce de la zone euro.

Dans bon nombre de pays - et pas seulement en Allemagne - c’était plutôt l’inclinaison, et j’ai refusé cette solution. Elle figurait, vous l’avez vu, dans la première mouture du texte des ministres des finances ; cette option éventuelle, une option que l’on appelait B, était finalement une sortie que l’on disait temporaire mais qui aurait eu toutes les caractéristiques d’être définitive.

Si l’on n’avait entendu qu’une seule voix, c’eut été sans doute la voie de la sortie qui pouvait s’exprimer dans certains pays. Ce n’est pas cette voie-là qui a été choisie, c’est bien parce qu’il y a eu cette volonté de compromis jusqu’au bout.

C’est aussi ce qui devait être fait dans cette longue négociation : faire comprendre que l’Europe devait d’abord être européenne et ne pas être au service d’une opinion publique ou d’une autre, d’un Parlement ou d’un autre, parce que sinon il n’y avait pas de compromis.

Maintenant, je respecte les Parlements. Ils vont avoir à se prononcer, tout n’est pas joué. Ce n’est pas parce que les chefs d’État et de gouvernement se sont mis d’accord que les Parlements vont suivre, le Parlement grec d’abord puis les autres Parlements. En fait, quand on a déjà exprimé cette volonté, sans doute que les Parlements vont être conscients de leurs responsabilités.

Aujourd’hui, ce n’est pas un pays qui a gagné. Je pourrais dire : « La France a joué son rôle », oui, mais il ne s’agissait pas de traiter du cas français. Il ne s’agissait pas de défendre un intérêt national - encore que je considérais que l’intérêt national, l’intérêt de la France était que la Grèce ne sorte pas de la zone euro. Parce que si la Grèce était sortie de la zone euro, c’eut été une amputation de nos créances qui aurait donc fait perdre de l’argent public, celui que nous avons prêté - c’était il y a quelques années - à la Grèce.

L’intérêt de la France, c’était que la Grèce ne sorte pas de la zone euro. L’intérêt de la France, c’était aussi que l’Europe puisse avancer avec la Grèce et l’intérêt de la France, c’était aussi qu’on puisse trouver un compromis avec l’Allemagne. Voilà pourquoi, oui, c’est l’Europe qui a gagné.

Q - Monsieur le Président, vous indiquez que l’Europe devait rester européenne. Est-ce que cela veut dire que l’un des points durs de la négociation au petit matin, le fait que semble-t-il le Premier ministre grec ne voulait plus du Fonds monétaire international, est-ce que ce point a été acquis ? Deuxième petite question subséquente, on va dire : vous parliez des privatisations, effectivement, ce fonds qui ne sera pas finalement au Luxembourg, mais est-ce qu’il n’y avait pas aussi un problème de montant ? Est-ce que les cinquante milliards avancés ne paraissaient pas irréalistes à Alexis Tsípras et est-ce qu’il a bien obtenu gain de cause ? Et enfin, la France est engagée directement ou indirectement à hauteur de quarante milliards d’euros en Grèce aujourd’hui sur sa dette ; demain, à travers ce troisième plan d’aide que vous venez d’évoquer, conséquent, de 80 milliards, quel sera le montant de l’engagement de la France ?

R - Alors, je réponds à vos trois questions. Le Fonds monétaire international, d’abord. La Grèce depuis Alexis Tsípras aurait souhaité ne pas demander l’aide du Fonds monétaire international et n’avoir à solliciter que l’Europe à travers le Mécanisme européen de stabilité, le MES. Ce qui a été voulu par les Européens, c’était de dire : « Oui, vous aurez accès au financement européen mais vous devez prendre aussi le financement du FMI ». Pourquoi ? Parce que c’était l’intérêt des pays européens que d’avoir aussi un autre organisme qui pouvait prêter - je vous ai donné les chiffres, 80 milliards - il aurait donc fallu mettre encore davantage, si le FMI n’était pas venu, donc il a été préféré par les pays européens d’avoir le FMI à bord.

Cela n’a pas été facile pour Alexis Tsipras parce qu’il n’avait pas forcément ce mandat. Il l’a accepté parce qu’il voulait avoir les financements européens. Et puis ensuite est venue la discussion sur ce fonds des privatisations, 50 milliards qui d’ailleurs seront sur une très longue période et qui servent de gage, de garantie pour le remboursement des prêts, pour ce qu’on appelle la soutenabilité de la dette - pardon de cette technicité - il y a déjà la moitié de ce fonds car les banques grecques vont être recapitalisées par le fonds européens. Donc sur les 50 milliards, il y en a 25 qui sont déjà des fonds européens - cela a été d’ailleurs l’objet de la discussion - qui seront remboursés progressivement par la Grèce.

Pour le reste, cela devait effectivement être des actifs qui seront trouvés progressivement et qui pourront être privatisés. Cela a fait l’objet d’une longue discussion et à la fin il y a eu un compromis qui a été trouvé pour que sur ces actifs qui seront peut-être vendus, une part revienne à l’investissement et à la croissance. C’est-à-dire que ce ne soit pas des privatisations pour simplement rembourser la dette, mais que ce soit des financements nouveaux pour de l’investissement en Grèce. Et c’est à quoi tenait Alexis Tsipras et sur lequel il a eu satisfaction.

Je le dis à la France : 40 milliards sur les prêts que nous avons déjà engagé - donc c’est le Mécanisme européen de stabilité qui va financer - ce sont des fonds qui ont déjà été constitués par relève de la France, c’est pour cela que l’on était vigilants, mais cela n’accroit pas notre endettement pour autant.

Q - Monsieur le Président, vous avez parlé des réformes, vous avez parlé du programme d’aide à la Grèce, mais qu’en est-il de la dette de la Grèce, qu’ont consentie les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro sur la dette de la Grèce ?

R - Cela été la question la plus controversée, car certains pays disaient que la dette de la Grèce n’était pas soutenable. Qu’est-ce que cela signifiait ? Si elle n’est pas soutenable, cela veut dire que qu’il ne servait à rien de prêter de l’argent à la Grèce, qu’il valait mieux la sortir de la zone euro et attendre qu’elle se reconstitue pour qu’ensuite il soit possible éventuellement de l’accueillir de nouveau et de lui prêter.

Il fallait donc démontrer que la dette était soutenable pour qu’il y ait l’intervention de l’Europe. Et pour crédibiliser cette dette soutenable, cela est passé justement par ce la constitution de ce fonds d’actifs et les réformes qui ont été demandées pour qu’il y ait plus de croissance et parce que c’était l’argument de Tsipras et c’est le bon, il faut qu’il y ait aussi plus de croissance. S’il n’y a pas de croissance, la dette ne sera jamais soutenable. De même que s’il y a des déficits publics en Grèce et que la Grèce ne peut pas se financer sur les marchés, ce sera toujours vers l’Europe qu’elle se dirigera, donc c’était très important qu’il soit démontré que la dette pouvait être soutenable et qu’il y avait des programmes qui ont été mis en place et notamment celui qui va s’ouvrir pour assurer cette confirmation que la dette est soutenable.

Q - (inaudible)

R - C’est une question qui est bien sûr dans l’accord : il y aura un reprofilage de la dette par un allongement de ce que l’on appelle les échéances des maturités, et par une négociation, sans doute, des intérêts. Cela fait partie de l’accord et c’était un élément très important pour la Grèce bien sûr.

Q - Comment va-t-on faire pour financer les Grecs dans les prochains jours, prochaines semaines et quel est le rôle de la BCE et l’importance de ce qui a été décidé aujourd’hui pour la Banque centrale ?

R - Il a été décidé dans l’accord de réunir aujourd’hui - longtemps on a dit demain, mais en fait c’est aujourd’hui compte tenu de l’heure à laquelle l’accord a été passé - les ministres des finances, pour qu’on les regroupe avec la Banque centrale européenne et qu’il puisse y avoir une décision pour assurer à la Grèce un programme de très court terme.

Je ne peux pas préjuger de ce qu’il sera, cela suppose que les ministres y travaillent parce que ce serait quand même un paradoxe d’avoir fait tout ça si il n’est pas apporté à la Grèce dans un délai très court les moyens de pouvoir réapprovisionner les banques en liquidité et permettre que les banques puissent rouvrir et que les affaires puissent reprendre. Donc ça, ce sera le travail des ministres des finances et de l’Eurogroupe, et pour ce qui concerne la Banque centrale européenne, elle est indépendante, donc je ne peux pas m’exprimer pour dire ce que j’attends d’elle. Mais ce dont je suis sûr, c’est que s’il n’y avait pas eu d’accord, si l’accord n’avait pas été clair, la Banque centrale européenne n’aurait pas pu poursuivre son activité de liquidité à l’égard des banques grecques et à l’égard de la Grèce. Donc c’était la condition indispensable. Mais cela va prendre encore quelques jours.

Q - Est-ce que la crédibilité de l’Europe n’est pas atteinte au niveau de l’extérieur ? (...)

R - Je ne peux pas être partout, mais premier point : la crédibilité de l’Europe aurait été atteinte s’il n’y avait pas eu d’accord aujourd’hui. Qu’aurait-on dit ? Pas simplement qu’on avait passé une nuit - c’est arrivé, je l’ai dit tellement de fois dans l’histoire de l’Europe - mais c’est qu’on n’aurait pas été capables après tant de jours, tant de nuits, tant de travail, tant d’efforts de la part des Grecs, tant de volontés de compromis et de recherches d’une bonne conclusion, de trouver un avenir à la zone euro. Oui là la crédibilité aurait été atteinte.

La crédibilité, ce n’est pas le nombre d’heures que l’on passe pour chercher un accord, c’est de savoir si l’on trouve le bon accord ou non. Cet accord est-il bon ou pas ? Est-ce que cet accord est durable ? C’est là-dessus qu’on jugera les européens par rapport à ce qui s’est décidé aujourd’hui.

(...)./.


M. Valls revient sur la situation de la Grèce dans la zone euro devant les députés français le 8 juillet 2015

Monsieur le Président,

Mesdames, messieurs les ministres,

Mesdames, messieurs les députés,

Depuis soixante-dix ans, l’Europe, ce vieux rêve, est devenue une réalité pour nos pays, pour les peuples. Ensemble, à force de volonté, nous avons su transformer notre histoire, sceller une paix durable, et faire que du sud à l’est, la démocratie s’enracine.

C’est une magnifique construction, par des Nations qui ont uni leurs forces, leurs destins pour peser davantage. Economiquement ! Mais aussi politiquement, diplomatiquement.

L’Europe, c’est une voix qui parle et qui porte.

Bien sûr, elle a des insuffisances, des manques, des vides démocratiques qui restent à combler, des faiblesses diplomatiques, des difficultés économiques ; qui peut le nier. Mais soyons sûrs d’une chose : sans l’Europe, nous n’abandonnerions pas seulement un idéal, nous perdrions beaucoup de nous-mêmes. Dans un monde qui change si vite, nos Nations se trouveraient esseulées, diluées. Affaiblies, elles perdraient progressivement pied.

*

Le gouvernement a souhaité que le débat d’aujourd’hui ait lieu pour que la représentation nationale soit associée. Car nous sommes à un moment crucial. Crucial pour la Grèce et le peuple grec d’abord ! Mais crucial aussi pour nous et pour la construction européenne.

Nous devons, mesdames et messieurs les députés, refuser une Europe du ressentiment, de la punition, et de l’humiliation. Une Europe où monteraient, ils montent d’ailleurs ici et là, les sentiments anti-Grecs ou les sentiments anti-Allemands, où s’installeraient définitivement les égoïsmes, le rejet de l’autre, les populismes. Une Europe au fond où les plus faibles seraient livrés à eux-mêmes.

L’Europe, c’est la fierté d’être soi, pas le repli sur soi. C’est le respect des peuples et des individus.

Il y a, entre la France et la Grèce, entre Paris et Athènes, ce lien historique, culturel très fort, irremplaçable. La Grèce, c’est bien sur le berceau de l’Europe par son histoire, sa culture, et ce qu’elle nous a apporté, la démocratie.

Au début du XIXème siècle, le chant de liberté du peuple grec, prenant son indépendance, a été entonné en canon par les poètes, les écrivains, les artistes français : CHATEAUBRIAND, HUGO mais aussi DELACROIX ou LAMARTINE.
La Grèce est un pays européen, un grand pays européen. Elle est dans l’Union européenne, dans la Communauté européenne depuis 1981, grâce notamment à la France et à l’engagement du président Valéry GISCARD d’ESTAING. Elle sortait alors de la dictature des colonels.

Il y a les personnages incontournables de cette âme culturelle commune que nous nous sommes forgés. Des noms et des œuvres de littérature, de musique, de cinéma résonnent ici en France ; nous pouvons penser à Mélina MERCOURI, à COSTA-GAVRAS qui a fait jouer de grands acteurs français – notamment – dans ce film consacré à son pays : Z.

Et puis il y a, ne l’oublions pas, Jacqueline De ROMILLY, cette femme française qui a dévoué sa vie à la culture, à la langue grecque, si bien qu’elle a reçu à titre honorifique en 1995 la nationalité grecque.

La Grèce c’est une passion française, et Europe, cette déesse qui a donné son nom à notre continent, est au cœur de la mythologie ! Nous devons donc être fidèles au passé, mais aussi à l’avenir de cette relation.

La Grèce a également conscience de ce que l’Europe lui a apporté.

Sachons donc entendre les messages d’un peuple qui a subi une austérité sans précédent – pas dans les mots ; dans les faits. Non ! Par leur vote, les Grecs n’ont pas voulu couper les ponts avec l’Europe ! Ils n’ont pas dit non à l’euro ! Car au fond, tous savent combien les conséquences de la sortie de la monnaie unique seraient terribles. Tous savent combien on ne peut pas en sortir calmement et sans drame.

Une sortie, c’est à coup sûr l’effondrement des revenus, les prix des importations qui explosent, y compris pour les biens de première nécessité ; des conséquences sociales, politiques et d’ordre public qu’aucun d’entre nous n’est capable de prévoir.
Est-ce cela que nous voulons pour le peuple grec ? Est-ce cette image que nous voulons donner de l’Europe aux yeux du monde ? Non ! En tout cas, ce n’est pas la position de la France.

L’Europe a besoin de solidarité, mesdames et messieurs les députés, mais face aux défis colossaux de notre époque, elle a aussi besoin d’unité et de stabilité.

Le maintien de la Grèce dans l’euro, et donc au cœur de l’Europe, dans l’Union européenne, c’est aussi, et vous le savez, un enjeu géostratégique et géopolitique de la plus haute importance.

Je pense bien sûr à nos relations avec la Turquie, aux Balkans toujours fragiles, aux tensions à la frontière est de l’Europe. La Grèce, par ses liens notamment avec la Russie et le monde orthodoxe, est un acteur majeur du partenariat oriental. Je pense aussi aux enjeux migratoires. La Grèce est aujourd’hui avec l’Italie l’un des pays les plus exposés aux arrivées massives de migrants. La Grèce, membre de l’OTAN, c’est aussi l’avant-poste européen face à un Proche-Orient en plein embrasement.
Affaiblir la Grèce, c’est donc nous affaiblir collectivement.

C’est un affaiblissement de l’Europe avec des répercussions notamment pour l’économie mondiale. C’est cette inquiétude – il faut les écouter, il faut les entendre – que partagent les dirigeants américains et chinois. Et le monde nous regarde, le monde regarde l’Europe et s’interroge.

*

C’est pourquoi la France, et d’abord le président de la République, conscients de ce qui se joue, ne ménagent pas leurs efforts pour trouver des solutions, pour faire converger les points de vue.

Et nous agissons, avec le chef de l’Etat, sans relâche pour que la Grèce tienne ses engagements ; pour écouter le choix d’un peuple tout en assurant la cohésion de l’Europe. C’est à cette condition et seulement à cette condition que nous parviendrons à un accord satisfaisant pour toutes les parties.

Telle est après tout – contrairement à ce que l’on peut entendre parfois – l’histoire de l’Europe : trouver des solutions communes, bâtir ensemble, dans le respect des gouvernements élus démocratiquement, dans le respect de chacun, des sensibilités qui ne sont pas les mêmes quand on est à Dublin, à Bratislava ou à Lisbonne.

Rien n’est facile, bien sûr. Les dégâts sont réels et les risques sérieux, très sérieux.

C’est pour cela que la France, membre fondateur, tient son rang et puise en elle-même cette force qui en a toujours fait un garant du destin européen. C’est notre vocation. Nous ne pouvons pas céder à la résignation.

Nous sommes la France, c’est-à-dire ce choix de ne pas subir mais d’agir. Nous portons l’Europe en nous-mêmes et dans notre cœur, nous en connaissons le prix immense, mais aussi la richesse incalculable. Nous ne pouvons nous dérober à nos responsabilités historiques. Et je veux le dire ici, devant la représentation nationale : le président de la République assume pleinement son rôle, avec méthode, avec détermination, avec sens de l’histoire.

Oui, la France – c’est son rôle, c’est ce que l’on attend d’elle – fait tout, aux côtés de ses partenaires, en s’appuyant sur la force et la cohésion du couple franco-allemand. Son rôle, c’est le compromis, mesdames et messieurs les députés, c’est ainsi qu’on construit l’Europe. Ce n’est pas casser, ce n’est pas exclure, ce n’est pas renverser la table, ce n’est pas le rôle de la France. Le rôle de la France, c’est de construire, et notamment avec l’Allemagne, l’avenir de l’Europe.

Quand l’essentiel est en jeu – et l’essentiel est en jeu – la France et l’Allemagne, ensemble, ont le devoir de se hisser à la hauteur de l’évènement.

Bien sûr, chacun peut avoir ses sensibilités, c’est vrai pour les gouvernements, c’est vrai pour les parlements et c’est vrai d’abord pour les peuples. Mais la force de cette relation, c’est de savoir avancer ensemble.

Nos deux pays le savent bien. Cette relation n’est pas exclusive, mais elle est unique car, ensemble, nous avons une capacité à entraîner.

Nous sommes deux pays souverains, conscients de leurs responsabilités, et la réunion qui s’est tenue à l’Elysée lundi soir était ainsi essentielle pour renouer le lien avec tous les acteurs et, malgré les difficultés, lancer une dynamique. C’est à l’Elysée que le président de la République et la chancelière allemande ont permis de faire avancer les choses, quelques heures après le référendum. Et chacun devrait s’en réjouir.

Rien n’est facile, mais c’est à nous de nous élever à la hauteur du moment. C’est ce que fait le président de la République, aux côtés de la chancelière d’Allemagne – encore lundi dernier, et encore hier soir à Bruxelles, avec le ministre des Finances.
Et je veux ici saluer l’action déterminée de Michel SAPIN, qui n’a eu de cesse depuis le début des négociations de multiplier les échanges et de tout mettre en œuvre pour faire partager la vision française et soutenir la Grèce. Je tiens à la remercier ici pour son action au service des intérêts de notre pays et de l’Europe. Sa tâche – il le sait – est loin d’être terminée, dans les heures et dans les jours qui viennent.

Mesdames et messieurs les députés, je veux vous le dire, la détermination de la France est totale.

Et si nous nous mobilisons autant, ce n’est pas – comme j’ai pu l’entendre de la part de certains – parce que nous serions à la remorque de l’Allemagne, ou parce que – pour les autres – nous serions indulgents vis-à-vis du gouvernement d’Alexis TSIPRAS. Que de contradictions quand on additionne ces critiques ! Mais parce que c’est d’abord notre intérêt. C’est l’intérêt de la France. Et notre intérêt, c’est l’Europe.

*

Mesdames et messieurs les députés, bien comprendre la situation actuelle, c’est aussi bien sûr porter un regard rétrospectif sur les dix dernières années.

La Grèce a connu une forte croissance économique durant les années 2000, en partie d’ailleurs grâce à la stabilité offerte par l’appartenance à la zone euro et aux aides de l’Union européenne.

Mais elle n’a pas su moderniser son économie, réformer son Etat, mettre en place une fiscalité digne de ce nom et mener donc les changements nécessaires, que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé.

Ainsi, au moment où a éclaté la crise financière, l’économie grecque était déjà très fragile, avec une dette publique et un déficit de la balance commerciale extrêmement élevés.

Les mécanismes de prévention permettant d’anticiper une crise dans la zone euro à ce moment-là n’ont pas fonctionné. Il a fallu inventer en urgence et donc forcément en tâtonnant des mécanismes de gestion de crise.

Sans la solidarité de ses partenaires européens, la Grèce aurait été en faillite en 2010 ; cela a été évité en lui apportant une assistance financière massive, proche de 240 milliards d’euros, et en mettant en place un programme de réformes pour le redressement de son économie.

La France, avec la majorité précédente, a porté cela.

Je n’apporterai aucun jugement, je ne veux pas polémiquer, parce que dans ces moments-là nous avons besoin d’unité et de rassemblement, et la France a besoin de parler d’une seule voix.

Accepter désormais, non sans renoncement, une sortie de la Grèce de la zone euro, c’est être en contradiction totale avec les choix que la France a pu faire, avec nos orientations mais aussi avec nos valeurs. Ce serait un aveu d’impuissance. Au nom de ce qu’est la France, je m’y refuse. La France refuse que la Grèce sorte de la zone euro, au nom même de notre orientation, de nos engagements. Nous le refusons. Et le peuple grec, j’en suis convaincu, refuse de sortir de la zone euro. Ca n’est pas le choix qu’il a fait, et nous ne pouvons pas lui dicter le choix de sortir de la zone euro au nom de je ne sais quelle conception de l’Europe.

Au prix de réels efforts, souvent douloureux pour la population, je le rappelais, et que personne ne doit sous estimer, l’économie grecque n’était certes pas guérie fin 2014, mais la croissance était de retour, et le budget public était en excédent primaire. Pour autant, le problème de la dette restait entier. Et les Grecs, au fond, ne voyaient pas arriver le fruit de leurs efforts.

Début 2015, le Gouvernement grec, nouvellement élu, a souhaité revoir les modalités du programme d’assistance, en particulier le détail des réformes nécessaires pour que la Grèce puisse recevoir le reste de l’aide financière prévue.

Les discussions ont été longues et difficiles. Je n’y reviens pas. Mais il y a deux semaines, nous étions tout près d’un accord. Les institutions – la Commission européenne, la BCE et le FMI – avaient fait des propositions nouvelles, avec en particulier les cibles budgétaires revues à la baisse. L’objectif était de permettre à la Grèce d’honorer ses engagements passés, mais aussi – car c’est là l’essentiel – de renouer avec la croissance.

Le Gouvernement grec a cependant décidé d’interrompre, de manière unilatérale, les négociations – nous l’avons regretté, nous l’avons dit encore il y a une semaine, ici, avec Michel SAPIN – et d’organiser un référendum – c’était son choix souverain – pour permettre à son peuple de s’exprimer. Ce choix, nous n’avons pas à le discuter.

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Le sommet d’hier à Bruxelles a permis au dialogue de reprendre, de réenclencher un processus et de rétablir le lien dont nous avions tant besoin pour avancer. C’était nécessaire. Ce travail de dialogue doit se poursuivre. Car les fondements ont, ces derniers mois, été posés. C’est notre conviction : un accord est possible. Un accord est à portée de main !

La condition, c’est – le président de la République l’a souligné – la solidarité. C’est aussi la responsabilité, celle des Etats membres et celle de la Grèce. Je dis bien aussi, bien sûr, celle de la Grèce. La France et nos partenaires européens sont légitimement attachés à cela et plus encore ceux qui, au cours des dernières années, ont consenti des efforts importants et parfois même des sacrifices.

L’Europe, ce n’est pas un droit de tirage illimité. Ce sont des règles communes à respecter. Sans cela, il n’y a pas d’Union possible !

La France se mobilise jusqu’au bout, fidèle à ses valeurs, pour aider la Grèce. Mais il faut que le Gouvernement grec veuille aussi s’aider lui-même.

C’est donc également au Gouvernement grec, fort du soutien de cinq formations politiques démocratiques, de sa majorité, comme de l’opposition – je pense à la Nouvelle démocratie ou au Pasok – d’être au rendez-vous de son histoire et de l’histoire européenne. C’est également un moment de vérité pour lui !

Les bases d’un accord complet, global et durable sont connues.

- D’abord, des réformes nécessaires et détaillées pour moderniser et redresser l’économie, bâtir un Etat solide, réactif, efficace, un Etat qui fonctionne vraiment, pour avancer sur les questions essentielles telles que la TVA, les retraites, sans toucher aux petites retraites. Mener ces réformes est la condition essentielle – nous le savons – à l’obtention d’un nouveau programme d’aide financière.

- Deuxième point de l’accord, des moyens pour financer la croissance en Grèce. Car, comme je l’ai rappelé, c’est d’abord cela qu’attendent les Grecs. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude JUNCKER, a proposé un paquet de 35 milliards d’euros qui doit permettre d’apporter à l’économie grecque l’oxygène dont elle a besoin pour redémarrer.

- Enfin, troisième point, une perspective claire sur le traitement de la dette. Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de sujet tabou. Je le dis, il est essentiel d’établir une trajectoire soutenable de la dette grecque pour les prochaines années. C’est un moyen indispensable pour avancer vers une solution durable à la crise actuelle.

Il y a donc urgence à conclure cet accord et il nous reste – nous le savons – peu de temps devant nous.

Ce matin, le Gouvernement grec a soumis formellement sa demande d’un nouveau programme d’aide dans le cadre du Programme européen de stabilité. Je veux dire ici que cette demande, cette lettre est équilibrée, positive. Elle fait preuve d’une réelle volonté d’avancer et de réformer. Nous ne sommes pas le seul gouvernement d’ailleurs à le dire, d’autres se sont déjà exprimés depuis ce matin. C’est donc une étape importante qui permet de dialoguer et qui permet que ce dialogue, dans les heures et dans les jours qui viennent, se concrétise.

Jeudi, les Grecs présenteront un programme complet de réformes précises, à mener à court et à moyen termes. Parce que nous avons besoin, en effet, de visibilité.

Samedi, sur la base de l’évaluation faite par les institutions, une nouvelle réunion de l’Eurogroupe se tiendra, avant que dimanche, une nouvelle réunion des chefs d’Etat et de Gouvernement ne soit organisée.

Nous avons donc cinq jours. C’est en partie – disons-le sans emphase, mais avec conviction – le destin de l’Europe comme construction politique qui se joue. Nous devons donc pleinement nous engager.

Le temps est à l’action. Mais je veux être très clair devant vous : comme l’a dit hier soir le président de la République, quelle que soit l’issue, l’Assemblée nationale aura à se prononcer. S’il y a accord, l’Assemblée devra se prononcer par un vote.

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Mesdames et Messieurs les Députés,

L’Europe appelle autant à l’humilité qu’à une détermination farouche. C’est une histoire progressive, faite d’étapes, voire d’à-coups. Sa capacité à surmonter les crises lui a permis de grandir.

Qu’on le veuille ou non, l’Europe politique est mise à l’épreuve, dans la douleur et dans l’incertitude.

Mais au fond, cette Europe politique, nous l’avons tous réclamée ici, déçus que nous étions d’une Europe qui se confondait uniquement avec un projet économique. Nous y sommes. Il appartient à la France, au couple franco-allemand, à l’ensemble des pays de se saisir de cette crise pour en faire une opportunité. L’opportunité d’une zone euro renforcée et donc d’une Europe plus forte.

Parce que là aussi, il y a urgence !

Reconnaissons que de réels progrès ont été faits au cours des dernières années pour renforcer la zone euro. Elle est beaucoup plus robuste qu’il y a encore quelques années, je pense aux outils comme le mécanisme européen de stabilité et à l’Union bancaire.

Pour autant, l’exemple grec le montre, le travail sur l’approfondissement de la zone euro est loin d’être achevé.

La question qui se pose en filigrane, c’est bien sûr celle du gouvernement économique de l’Europe. Ce n’est pas nouveau, ça a été la position d’ailleurs constante de la France. Ce gouvernement, on peut considérer qu’il se met en place – mais pas assez vite ! Il faut accélérer en ouvrant un agenda de convergence économique et fiscale, en portant une ambition pour avancer en matière sociale, qu’il s’agisse des salaires ou de toute forme de concurrence déloyale, avec une politique économique pour la zone euro pour garantir que notre monnaie unique soit pleinement au service de la croissance et de l’emploi, des pays du Nord comme des pays du Sud, et avec – vaste question difficile, y compris ici, au sein du Parlement – une véritable représentativité démocratique.

Tous ces enjeux sont devant nous.

Après l’urgence, nous aurons aussi, Mesdames et Messieurs les Députés, à y répondre ! La France, comme toujours, devra être et sera à l’initiative, pour que l’Europe tienne sa place, avance, reste dans le cœur des peuples et continue de bâtir son histoire.

On s’interroge au fond sur la nature et sur la répercussion de ce débat, ici, en France, comme dans les autres pays. Il y a – je le rappelais – bien sûr cette relation avec la Grèce. Il a eu la génération des pères fondateurs de l’Europe, ceux qui l’ont construite, comme Valery GISCARD d’ESTAING et Helmut SCHMIDT ou comme François MITTERRAND et Helmut KOHL. Chacun est porteur de cette histoire.

Mais notre génération, nos responsabilités, c’est de faire en sorte que nous ne connaissions pas la dislocation de l’Europe. Moi, je ne le veux pas. Parce que c’est un symbole lourd qu’un pays de l’Union européenne, parce que les autres pays en feraient le choix, quitte la Zone Euro. Ça, nous ne pouvons pas l’accepter. Chacun a des responsabilités, à commencer par le Gouvernement grec. Mais au nom même de cette histoire, au nom même de nos valeurs, au nom même du rôle de la France, nous voulons que la Grèce reste au cœur de l’Europe. Et la France, jusqu’au bout, fera tout pour cela !

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