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Sommet du G7 au Japon : déclaration de François Hollande

Published on 27 mai 2016
Le président de la République a participé à un sommet sur les ressorts de la croissance mondiale et la lutte antiterroriste. (Ise-Shima, 26-27 mai 2016)

Déclaration du président de la République

Bonjour. Le G7 vient de se terminer, les objectifs que la France s’était donnée, dans ce cadre important au plan international, ont été largement atteints.

Le premier objectif était de faire en sorte que les principaux pays du monde réaffirment leur priorité pour la croissance. Comme l’a dit l’un des participants, « les choses vont mieux, s’améliorent pour l’économie mondiale », il y a une croissance significative aux Etats-Unis et une croissance qui repart en Europe.

Mais, il y a un certain nombre d’aléas et de difficultés. Première difficulté, c’est la faiblesse des économies émergentes, même si les rythmes de croissances restent impressionnants. Le second aléa, ce sont les mouvements erratiques des monnaies et les volatilités sur les marchés des changes. Puis il y a un troisième aléa, qui concerne d’ailleurs l’Europe, qui est le référendum britannique et l’hypothèse d’un « Brexit ».

Face à la fois à ces améliorations incontestables et à ces risques qui ne sont pas niables, la stratégie est d’amplifier la croissance par tous les moyens, aussi bien par les politiques budgétaires, là où c’est possible, que par les politiques monétaires, (ce qui explique la faiblesse des taux d’intérêt), ou par les politiques structurelles pour améliorer encore le marché de l’emploi.

L’enjeu c’est l’investissement. Investissement public et investissement privé. La France s’inscrit dans cette démarche : investir. Nous avons soutenu les conditions de l’investissement en multipliant les dispositifs en faveur de l’innovation et nous continuerons.

De la même manière nous soutenons la demande intérieure, la consommation a également repris, et nous faisons en sorte que notre politique budgétaire, même si elle permet de réduire les déficits, s’exécute sans mise en cause des revenus des ménages. Au contraire, puisqu’il y a eu ces trois dernières années des baisses d’impôt.

La croissance est également liée au commerce. Le second objectif que nous devions rechercher dans ce G7 était de faire que les négociations des grands accords puissent se poursuivre, mais que des conditions soient fixées. Je pense notamment à l’accord dit « TTIP », c’est-à-dire l’accord « Union européenne - Etats-Unis ».

Les négociations sont en cours, mais la France a veillé à ce que les conditions soient rappelées. Il ne peut pas y avoir un accord s’il n’y a pas réciprocité, je pense aux marchés publics ; s’il n’y a pas de transparence, c’est la condition-même pour que les peuples soient informés de ce qui les concerne ; s’il n’y a pas une reconnaissance de l’indication géographique des produits, cela concerne essentiellement l’agriculture ; s’il n’y a pas la reconnaissance de la propriété intellectuelle, cela concerne les industries culturelles ; et s’il n’y a pas la volonté de faire que l’ensemble des services puisse être concerné, ce qui oblige les Etats-Unis à aller beaucoup plus loin qu’ils ne le veulent pour le moment.

C’était très important que la France puisse obtenir de ses partenaires le rappel de ces conditions. Pour nous, il ne peut y avoir d’accord avec les Etats-Unis, concernant l’Union européenne, que si ces conditions sont pleinement et strictement respectées.

Toujours en matière de croissance, il ne peut y avoir de développement durable que s’il y a une transparence et la lutte contre la fraude ou l’optimisation fiscale. A cet égard, ce qui s’est produit avec le scandale de ce qu’on appelle les « Panama Papers » a été utile pour faire la démonstration qu’il faut aller encore plus loin. Et c’est ce que le G7 également admet. En matière d’échange d’informations fiscales, des listes des paradis fiscaux doivent être clairement établies, de façon à ce que ceux qui se situent sur cette liste puissent en subir toutes les conséquences, et que les établissements financiers ne puissent pas être engagés sur ces marchés-là ou sur cette finance-là. Enfin, il faut qu’il puisse y avoir une lutte coordonnée contre les montages fiscaux qui ont comme seul objectif, pour des grands groupes multinationaux, d’échapper à l’impôt.

Echapper à l’impôt par cette optimisation, échapper à l’impôt par des sociétés écran. Là-encore le G7 a pu aller plus loin dans cette lutte contre la fraude, contre l’optimisation et en réalité contre la finance dès lors qu’elle ne correspond pas aux objectifs de financement de l’économie réelle.

Ensuite, j’ai voulu que dans le cadre de ce G7, le succès de la COP21 puisse avoir une suite et un prolongement. Nous avons été rejoints ce matin par le Secrétaire Général des Nations Unies, par l’ensemble des institutions internationales, banques mondiales, FMI, et puis par un certain nombre de pays représentants non seulement l’Asie mais aussi l’Afrique.

Il a été convenu d’avoir davantage de rapidité dans la ratification des accords signés à New York en avril. Si bien que nous devons nous donner l’objectif qu’à la fin de l’année l’accord adopté lors de la COP21 pourra entrer en vigueur.

Nous devons aussi mettre en œuvre ce qui a été lancé à Paris et notamment l’initiative sur les énergies renouvelables, le prix du carbone. Et nous sommes convenus que les pays les plus développés devraient hâter encore l’élaboration de leur stratégie d’économie décarbonée, de façon à ce que les engagements puissent être affichés avant 2020.

Nous avons aussi insisté pour que les financements prévus, les 100 milliards de dollars à partir de 2020, puissent être identifiés, voire même pour certains dégagés avant cette date.

La COP21, s’est invitée d’une certaine façon ici au G7 et celui-ci a engagé une nouvelle étape pour sa mise en œuvre.

La France a voulu également lancer une initiative en matière de santé à l’occasion de ce G7, et elle a été largement suivie. Il y a les leçons que nous devons tirer d’un certain nombre de fléaux qui se sont hélas produits notamment en Afrique (Ebola, Zika…). Nous devons en tirer donc les conclusions, et créer des plateformes d’urgence sanitaires, ce que les pays membres du G7 ont une fois encore voulu rappeler.

Puis, la France a aussi voulu que la question du prix des médicaments puisse être évoquée de manière à ce qu’il puisse y avoir des prix qui puissent correspondre aux besoins, dans la transparence, et pour que les pays les moins développés puissent voir leur population être soignée avec des médicaments, qui sont accessibles mais qui sont encore trop chers.

C’est un enjeu de santé publique pour ces pays, c’est un enjeu de santé publique aussi pour nous-mêmes. Nous avons aussi engagé - madame MERKEL d’ailleurs a insisté là-dessus – l’objectif de la couverture sanitaire universelle qui prendra du temps et qui justifie que nous créions une sorte d’architecture à l’échelle internationale en matière de santé. Dans les prochains mois les pays membres du G7 se réuniront au niveau de leur ministre de la Santé pour aller plus loin sur ces trois objectifs.

Mais le G7 s’est aussi forcément engagé dans les réponses qui sont attendues de lui sur la situation internationale. Tout d’abord, le G7 a élaboré un plan d’action contre le terrorisme, avec un échange d’informations indispensable, le renforcement de la sécurité aérienne, une lutte contre tout ce qui peut contribuer au financement du terrorisme. Notamment sur l’anonymat des transactions. Ce qui exige une coopération au plus haut niveau pour éradiquer le terrorisme sous toutes ses formes, mais aussi pour tout ce qui peut alimenter le terrorisme.

Une des illustrations concrète que j’ai donnée est la lutte contre les trafics de biens culturels que les terroristes eux-mêmes organisent. Ils ont deux volontés obscures mais qui traduisent bien leur conception du monde. La première volonté est de gagner de l’argent sur le patrimoine de l’Humanité ; de céder des biens rares qu’ils ont prélevés sur les lieux qu’ils occupent, pour trouver à travers ce commerce, une ressource pour le financement de leurs actions. Il y a toujours des complices, les trafiquants, les acheteurs ; donc il est nécessaire de pouvoir engager les luttes indispensables et d’identifier ces objets.

Il y a aussi la volonté de la part des terroristes de détruire, d’effacer la mémoire des civilisations, de faire comme si rien n’avait existé avant la barbarie qu’ils représentent.

Il est très important que les pays se coordonnent pour protéger les biens culturels. Cela peut être de les accueillir, avant qu’il ne soit trop tard, dans ce qu’on appelle « l’asile » de biens culturels, le refuge, ce que nous faisons. Et puis aussi de reconstituer les biens culturels après qu’ils aient été -si je puis dire- libérés. C’est cette ambition-là qui va être menée par les pays du G7.

Nous avons également abordé la question des réfugiés. C’est une question qui, bien sûr, intéresse l’Europe à travers ce qui se produit en Irak et en Syrie et qui intéresse le Moyen-Orient puisque ce sont les pays du Moyen-Orient qui font l’essentiel de l’effort. Mais, il y a aussi des millions de réfugiés dans le monde, en Afrique, en Asie, ce sont pour beaucoup des réfugiés climatiques, on en compte 20 à 25 millions au moins en Asie, et chaque année il y en a davantage.

Il y a donc un plan mondial à mener, à organiser pour que la question des réfugiés soit traitée au bon niveau et avant qu’il ne soit trop tard.

En ce qui concerne l’Irak et la Syrie, nous avons marqué le souhait que la négociation reprenne pour l’avenir de la Syrie ; et s’agissant de l’Irak, nous avons décidé d’apporter un soutien financier à ce pays qui vit dans la guerre et l’instabilité depuis trop longtemps. Et il y a eu un ensemble de prêts qui pourront être apportés à l’Irak et la France prendra sa part.

Nous avons également évoqué hier soir la question de l’Ukraine. Nous avons rappelé le processus de Minsk. Vous savez qu’il y a encore quelques jours nous avons organisé une conférence téléphonique dans le format Normandie, entre madame MERKEL et moi-même, le président POROCHENKO et le président POUTINE pour qu’il y ait des avancées. Il y en a eu d’ailleurs, avec la libération des prisonniers, en vue d’un plus grand respect du cessez-le-feu. La loi électorale doit être maintenant élaborée, édictée, et mise en œuvre. Les sanctions seront modulées en fonction de l’application, notamment par la partie russe, de l’accord de Minsk. J’insiste pour qu’il n’y ait aucun temps perdu. L’accord de Minsk prévoyait des élections qui devaient avoir lieu au printemps. Elles ont été repoussées. Il est très important d’avoir cette loi électorale pour qu’elle puisse donner aux Ukrainiens de l’Est la possibilité de s’exprimer. Les sanctions seront donc maintenues tant que ce processus n’est pas pleinement mis en œuvre, mais elles peuvent être modulées s’il est prouvé que cet accord se trouve appliqué.

Enfin, je relève que le G7 soutient le processus de paix entre Israël et la Palestine, et l’initiative que la France a lancée avec l’appui de beaucoup de pays de la région mais aussi de la plupart des pays qui veulent qu’une solution soit trouvée, initiative qui va préparer ainsi la conférence ministérielle qui doit avoir lieu début juin.

Voilà pour l’essentiel ce que le G7 a pu porter comme réponse. Un G7 qui n’a écarté aucun sujet ; un G7 qui a aussi voulu évoquer la sécurité, la stabilité dans toutes les régions. Le G7 c’est à la fois une instance qui a pour premier devoir de soutenir l’activité économique et la croissance, de pouvoir apporter des réponses aux besoins les plus urgents des peuples, mais c’est aussi une instance politique qui doit permettre que les questions, notamment les plus sensibles, celles qui touchent à la paix et à la sécurité, soient abordées.

Déclaration de François Hollande et du Premier ministre canadien Justin Trudeau

Photos du sommet

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