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Accueil des migrants et réfugiés

Published on 3 septembre 2015
Déclaration du Président de la République et des autorités françaises

Déclraration du Président de la République

Paris, le 3 septembre 2015

Mesdames, messieurs, j’ai reçu - et c’était la troisième fois - le Premier ministre d’Irlande Enda KENNY, avec lequel j’ai noué des relations d’amitié, avec des participations au Conseil européen qui nous ont rapprochés sur les grandes questions. Nos deux pays sont liés par l’histoire, et à chaque fois qu’il y a eu des épreuves, l’Irlande et la France ce sont toujours retrouvés.

Aujourd’hui il y a une épreuve, celle du drame des réfugiés. Une image fait le tour du monde. Elle suscite une émotion, elle est partagée. Un enfant qui est retrouvé noyé sur une plage en Turquie parce que sa famille voulait rejoindre la Grèce et donc l’Europe. C’est une tragédie, mais c’est aussi une interpellation à l’égard de la conscience européenne.

L’Europe, c’est un ensemble de principes, de valeurs et qui oblige notamment à accueillir celles et ceux qui sont chassés, qui cherchent refuge parce qu’ils sont persécutés. Cette famille était persécutée, elle fuyait la Syrie où depuis 2011 il y a plus de 4 millions de personnes qui errent. Certaines ont été accueillies dans les pays voisins qui souffrent eux même. Je pense à la Jordanie, je pense au Liban, je pense à la Turquie. Si nous ne faisons rien pour lutter contre les causes, il y aura encore davantage de personnes qui chercheront refuge en Europe et ailleurs.

Si l’image fait le tour du monde, elle doit aussi faire le tour des responsabilités. C’est la raison pour laquelle nous en avons discuté avec le Premier ministre irlandais. Mais j’ai eu avec plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement, plusieurs responsables, et le Président du Conseil européen Donald TUSK, le Président de la Commission, plusieurs échanges.

J’ai également appelé le Président turc ERDOGAN puisque c’est là que c’est passé le drame. Ce drame, c’est aussi celui qui peut se produire, encore au moment où je parle, où des familles cherchent à traverser. Et j’ai eu avec la chancelière MERKEL depuis déjà plusieurs jours, la volonté de prendre une initiative. Cette initiative consiste à saisir le Président de la Commission Européenne, le Président du Conseil européen, tous nos partenaires, pour que nous puissions mettre en œuvre une politique d’immigration et d’accueil qui soit digne de ce que nous représentons lorsqu’il s’agit de personnes qui n’ont pas vocation à venir ici et qui soit humaine pour que les réfugiés puissent être, dans la mesure du possible, lorsqu’il n’ont pas d’autre issue, accueillis en Europe.

Parmi les mesures que nous préconisons, et qui serons soumises à un Conseil des ministres de l’Intérieur qui se tiendra très prochainement le 14 septembre, et qui devra nécessairement être suivi par un Conseil européen, il y a des centres d’enregistrement pour que nous puissions accueillir les réfugiés, raccompagner ceux qui n’ont pas vocation à être présents sur notre territoire ; pour que nous puissions aussi protéger nos frontières, c’est légitime ; pour que nous puissions également agir vers les pays d’origine, que nous puissions endiguer les mouvement de population et traiter la cause même de ce qui les fait partir et puis pour que nous puissions agir sur les pays de transit, là où il y a effectivement des risques pour leur vie. Et puis enfin il faudra répartir ces demandeurs d’asile, ces réfugiés, je parle de ceux qui viennent de Syrie notamment.

Nous avons proposé avec la chancelière Merkel un mécanisme permanent obligatoire. Je considère qu’aujourd’hui, ce qui a été engagé ne suffit plus et qu’il y a des pays, je ne vais pas ici les citer parce que nous devons travailler avec tous, mais qui ne répondent pas à leurs obligations morales. Il faudra alors aller plus loin.

Je ne voudrais pas que l’on en reste simplement au registre de l’émotion que nous avons d’un enfant de trois ans, son frère à peine plus âgé et puis d’autres familles, celles que nous ne voyons pas. Je pense ici aux victimes qui ne sont jamais photographiées, qui sont ignorées, et puis aux victimes futures si nous ne faisons rien.

C’est pourquoi il est temps d’agir. Nous avons déjà agi et je suis sûr que l’Irlande sera à nos côtés. Pourquoi ? Parce que l’Irlande, et je veux en remercier le Premier ministre, alors que ce pays n’est pas dans l’espace Schengen, qu’il a d’autres règles mais qu’il fait son devoir pour accueillir des réfugiés et pour faire en sorte que le droit d’asile soit également reconnu car c’est une obligation qui ne vient pas de l’Europe, c’est une convention de Genève qui nous rappelle à cette responsabilité. Oui l’Irlande montre l’exemple et c’était important une fois encore que le Premier ministre irlandais puisse être là aujourd’hui. Il était là le 11 janvier quand, après des actes terroristes que chacun a en mémoire, une fois encore nous a montré sa solidarité. Moi-même je suis conscient qu’en 2016 en Irlande, il y aura des célébrations très importantes – les soulèvements qui ont permis à l’Irlande d’être ce qu’elle est aujourd’hui – et puis la participation de l’Irlande ou d’Irlandais, devrais-je dire, dans les Forces britanniques de l’époque pour venir sur notre territoire – dans la Somme notamment – et agir à nos côtés et participer à notre propre indépendance et à notre liberté.

Nous avons discuté également de plusieurs sujets qui nous concernent, Irlande et France, et notamment sur le plan économique, parce que l’Irlande a montré qu’en quelques années elle était capable, alors qu’elle était ce qu’on appelait « sous programme » de connaitre maintenant une croissance et une stabilité. Et puis les entreprises françaises s’y sont installées, le Premier ministre irlandais aura à les rencontrer à Lyon dans quelques heures, aussi des entreprises irlandaises sont présentes en France. Là aussi il les a rencontrées pour les encourager à investir encore davantage.

Nous avons, depuis la visite de Manuel VALLS en Irlande, nous avons aussi une coopération en matière d’énergie renouvelable, de recherche, de biotechnologie, de tourisme, et nous voulons amplifier encore ces échanges et ces investissements.

Nous avons aussi nos deux pays, sur le plan culturel, une volonté commune d’échanger des étudiants, d’échanger des chercheurs et de faire en sorte aussi que nous puissions multiplier les évènements culturels.

Il y aura d’ailleurs l’année prochaine je sais une visite très importante d’un centre dramatique irlandais et nous en sommes très fiers.

Enfin nous avons abordé trois sujets, je ne serais pas plus long. Le premier sujet c’est la démarche britannique pour sa présence dans l’Union européenne. Nous partageons les mêmes principes avec le Premier ministre irlandais. Les discussions doivent s’ouvrir. Nous devons faire en sorte que le Royaume Uni puisse rester dans l’Union européenne, mais sur la base des traités fondamentaux que nous connaissons.

J’aurais l’occasion de m’en entretenir d’ailleurs avec David CAMERON à la fin du mois de septembre.

Nous avons abordé un second sujet qui est celui de l’Union économique et monétaire. L’Irlande fait partie de la zone euro, l’Irlande a joué un rôle à nos côtés pour que nous puissions trouver les bonnes solutions avec la Grèce et j’en remercie encore Enda KENNY. Enfin nous avons abordé le troisième sujet qui nous tient particulièrement à cœur, celui de la conférence sur le climat, et là encore l’appui de l’Irlande, son Président était présent il y a quelques semaines en France, est tout à fait important, et nous le considérons comme tel, pour convaincre, convaincre toujours de l’urgence de trouver un accord à Paris. Aujourd’hui les circonstances ont voulu que nous rappelions des principes, nous affirmions des valeurs et nous proposions des mécanismes pour être à la hauteur de ce qu’est notre responsabilité face aux drames.

Ces drames ne sont pas nés d’aujourd’hui. Ces drames sont aujourd’hui insupportables.

QUESTION : Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur ces quotas contraignants qu’a évoqués Mme MERKEL concernant votre initiative ? Merci.

LE PRESIDENT : Nous avons adopté, Mme MERKEL et moi-même, le même texte, pris la même initiative. C’était une démarche que nous avions préparée avant le drame de cet enfant noyé. Parce que près de 3000 personnes sont mortes depuis le début de l’année en traversant la mer. Parce qu’aujourd’hui des réfugiés ne savent plus où aller. Parce que nos règles doivent être respectées mais ne le sont pas partout. Il était donc nécessaire que l’Union européenne puisse une fois encore agir. Elle l’a fait ces derniers mois en renforçant l’opération Triton et Frontex. C’était nécessaire. L’Union européenne doit faire davantage. Elle doit répartir, c’est le mot qui est choisi, répartir un certain nombre de personnes qui demandent refuge. C’est ce qui a été fait pour 40 000 Syriens après le Conseil européen tenu au mois de juin.

Aujourd’hui nous parlons de 100 000 personnes. Il est donc tout à fait nécessaire d’avoir un mécanisme qui puisse prendre la situation de chaque pays européen et de voir ce qu’il est possible de réserver comme accueil dans ce pays-là, en fonction de ses caractéristiques. Tel est le mécanisme que j’ai proposé avec Mme MERKEL : il sera soumis aux ministres de l’Intérieur de l’ensemble des 28, et puis ensuite au Conseil européen.

Il ne s’agit plus de s’attacher à des mots, mais de sauver des vies et de régler dignement la situation de personnes qui relèvent du droit d’asile et sont des réfugiés. Nous devons bien faire la distinction avec la situation des migrants, qui peuvent avoir des raisons de venir compte tenu de la pauvreté dans leur pays d’origine, mais qui ne peuvent pas être accueillis par ce régime-là.

Voilà l’initiative que nous avons prise. La lettre qui rassemble nos propositions a été adressée dès aujourd’hui à nos partenaires, au Président du Conseil européen et Président de la Commission européenne. Nous devons convaincre, parce qu’il n’y aura de mécanisme véritablement appliqué que si chaque pays est convaincu. Il y a du travail ! Je ne voudrais pas que l’image qui a saisi, à juste raison, l’ensemble des opinions publiques, soit oubliée le lendemain et que les décisions attendues ne soient pas prises. Des décisions ont déjà été prises, d’autres doivent l’être. Ce sujet est devant nous, pas derrière nous.

Enfin, nous avons la responsabilité de régler la question syrienne, et je peux le dire d’autant plus facilement que la France a été toujours à l’initiative. Nous avons la responsabilité de faire en sorte qu’une solution politique puisse être trouvée ; de lutter contre le terrorisme avec les bonnes méthodes et la bonne coopération. Nous n’avons pas simplement à tenir des discours, nous avons à prendre des décisions et ces décisions doivent être celles de la communauté internationale. Merci.

Tribune de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, publiée dans le quotidien « Libération »

Paris, le 2 septembre 2015

Migrants : la France n’a pas failli

 

Jour après jour, l’annonce de nouveaux drames frappant à mort, dans des conditions tragiques, les migrants qui tentent de franchir les frontières de l’Europe nous dicte d’agir vite. Entassés à fond de cale, abandonnés en haute mer, asphyxiés à l’arrière des camions, leur chemin de souffrances semble ne pas connaître de fin.

Depuis le début de l’année, 340.000 hommes, femmes et enfants, venus du Moyen-Orient et d’Afrique, ont pris le risque d’affronter cet enfer. Les rescapés sont souvent accueillis avec humanité, mais parfois aussi rejetés dans une extrême précarité. Tandis que les populistes jettent sur eux l’anathème, d’autres s’apprêtent à les suivre, pour fuir la guerre civile et les persécutions dont ils font l’objet, ou tout simplement dans l’espoir de mener une vie meilleure.

Face à ce drame des migrants, aucun gouvernement en Europe, aucun homme politique ne peut échapper à un examen de conscience. Avons-nous pris assez tôt la mesure de cette crise ? Avons-nous su faire preuve de la diligence et de la générosité qu’exigeait cette situation hors norme ? Avons-nous su respecter la promesse faite par la République depuis la Constitution de 1793 : « Le peuple français donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté » ?

La France, pourtant, n’a pas failli. Nous avons ainsi adopté la plus ambitieuse réforme du droit d’asile des dernières décennies, afin de nous donner les moyens d’accueillir enfin tous les demandeurs qui se trouvent sur notre sol dans des conditions dignes et généreuses. Nous créons plus de 8 000 places nouvelles dans les centres d’accueil des demandeurs d’asile (Cada), ainsi que 11 000 places supplémentaires pour mettre à l’abri des migrants et reloger les réfugiés. À Calais, où se trouvent 3.000 migrants ayant formé le projet d’entrer au Royaume-Uni, nous avons ouvert un centre d’accueil de jour, nous mettons à l’abri les femmes et les enfants, et nous offrons à ceux en besoin de protection la possibilité de demander l’asile en France. Notre politique y bénéficie du soutien de l’Union européenne qui vient de lui apporter de nouveaux financements, comme l’a annoncé lundi le vice-président de la Commission en présence du Premier ministre.

Au sein de l’Union européenne, c’est à notre initiative qu’a été décidé voici un an, le triplement des moyens de l’agence Frontex, chargée de surveiller les frontières de Schengen et dont les bateaux portent secours aux migrants au large des côtes grecques et italiennes. Des milliers de vies sont ainsi épargnées chaque jour.

C’est aussi suite à nos propositions et grâce à nos efforts qu’un dispositif global et solidaire se met peu à peu en place pour assurer le respect intégral du droit d’asile aux réfugiés qui parviennent en Europe. Le nombre des arrivées fait en effet que les trois principaux pays de première entrée - la Grèce, l’Italie et la Hongrie - ne peuvent assurer à eux seuls cette charge, comme le prévoient normalement les règles européennes. Nous soutenons le principe, pour le temps que durera la crise, d’un mécanisme de solidarité permettant de répartir certains de ces migrants dans le reste de l’Union européenne. La France a déjà annoncé qu’elle accueillerait pour sa part 9.000 réfugiés au cours des deux prochaines années, qui s’ajoutent naturellement à tous ceux qui demandent directement l’asile sur notre sol chaque année. En parallèle, des centres d’accueil dits « hot spots » doivent ouvrir en Grèce et en Italie.

Pour que cette approche soit soutenable, il faut cependant que les Européens s’accordent sur une politique de l’asile commune, comme l’ont recommandé la semaine passée le président de la République et la chancelière allemande. Il faut également que les migrants irréguliers, qui ne peuvent bénéficier de l’asile, soient dissuadés de venir en Europe, où ils ne pourront demeurer de façon régulière. Cela implique que leurs retours soient organisés et aidés, en pleine coopération avec leurs pays d’origine et avec les pays de transit. La France a ainsi proposé la mise en place avant la fin de l’année au Niger d’un centre d’aide au retour et de prévention des départs sous l’égide de l’Office international des migrations. Bien des pays africains sont demandeurs d’un tel dispositif, parce qu’ils souhaitent épargner à leurs ressortissants les risques d’un voyage vers la mort et parce qu’ils veulent que leurs élites contribuent au développement de l’économie locale.

À long terme, c’est le développement du continent africain qui constitue pour l’Europe la véritable réponse au défi des migrations. L’Afrique est la réserve de croissance du monde et l’Europe doit accompagner cette croissance par une politique de coopération tournée vers le développement durable et la maîtrise des mouvements de population. Ce sera tout l’enjeu du sommet de La Valette, où seront réunis les pays européens et les pays africains en novembre 2015, et qui sera préparé à Paris.

La responsabilité de l’Union européenne et de ses États membres est aujourd’hui engagée. Elle ne concerne pas seulement l’avenir de nos peuples, mais la survie immédiate d’hommes et de femmes qui tentent d’échapper à la mort et aux persécutions. C’est la raison pour laquelle, j’ai appelé, avec mes collègues allemand et britannique, à une réunion exceptionnelle et immédiate des ministres de l’Intérieur européen. Elle se tiendra le 14 septembre. Le temps nous est compté.

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