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Réunion ministérielle sur la peine de mort

Published on 30 septembre 2015
Discours de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international - 70e Assemblée générale des Nations Unies
New York, 29 septembre 2015

Je m’exprimerai en français. Merci beaucoup de votre accueil.

Je ne vais pas résumer tout ce qui a été excellemment dit, d’autant que je n’ai pas pu participer à l’ensemble de vos travaux. Je ferais juste trois ou quatre notations.

D’abord, je constate que notre évènement est devenu un rendez-vous annuel. Cela montre que notre mobilisation collective ne faiblit pas mais ça montre aussi - soyons lucides - que le combat est loin d’être gagné.

J’ai entendu les observations qui ont été prononcées. C’est vrai que sur le plan du nombre, depuis quelques années, il y a eu une augmentation du nombre des pays des Nations unies qui n’appliquent plus la peine capitale.

Mais quand on regarde les choses avec précision, comme vous le faites tous, il y a aussi des retours en arrière qui sont très inquiétants et des situations précises, aujourd’hui même, qui inquiètent le monde entier.

Donc le premier message que je veux faire passer et que vous avez fait passer, c’est que nous devons rester très mobilisés. Je veux remercier tous nos amis qui ont coparrainé cet évènement. C’est le premier message que j’ai entendu et dont je me fais volontiers l’écho.

Le deuxième message concerne, j’allais dire, le fond. Il y a un certain nombre de pays - là aussi il faut être lucide - qui mettent en avant des considérations culturelles ou religieuses pour essayer de justifier la peine de mort. Non, la cause de l’abolition n’est pas une question de culture, c’est une question de principe.

Nous pensons que les droits de la personne humaine ne varient pas selon qu’on se trouve à l’Est, à l’Ouest, au Sud et au Nord, pour la raison simple qui a été très bien expliquée par plusieurs d’entre vous. C’est que nous pensons tous - sinon nous ne serions pas là - que la peine de mort ce n’est pas la justice, c’est la négation de la justice. Les arguments, vous les avez tous développés et je ne vais donc pas y revenir.

Nous agissons tous dans nos pays. La France le fait bien sûr. Aussi, elle n’a pas de leçon à donner aux autres puisque je me rappelle très bien que lorsque nous avons aboli la peine de mort dans les années 1980 - j’étais moi-même à l’époque membre du gouvernement, légèrement plus jeune - l’opinion publique était contre. Puis petit à petit les choses ont changé.

Ici aux Nations unies comme dans les autres forums, nous devons nous rassembler pour que cette cause réunisse le maximum de soutien. J’ai donné des instructions à l’ensemble du réseau diplomatique français pour se mobiliser au service de cette cause. Ce n’est pas toujours facile, cela suscite des réactions, on peut l’imaginer. Mais c’est notre devoir et c’est notre honneur.

Il y aura en octobre de cette année à Brazzaville un séminaire parlementaire centré sur l’Afrique subsaharienne francophone. Nous travaillons, et il faut les féliciter, aussi avec les avocats, les associations, les jeunes générations. Nous allons participer avec beaucoup d’entre vous au 6ème Congrès mondial contre la peine de mort en juin prochain à Oslo.

Ce que j’ai entendu avec beaucoup de force de la part des uns et des autres, c’est que nous appelons - je dis nous - l’ensemble des États, qu’ils soient abolitionnistes ou non, à participer à cet événement.

On cite souvent Albert Camus. Je voudrais le faire à mon tour pour conclure. Il dit à la fin d’un de ses romans une belle phrase : « ni dans le cœur des individus, ni dans les mœurs de la société, il n’y aura de paix durable tant que la mort ne sera pas mise hors la loi ».

Je pense que c’est notre conviction à tous et c’est pourquoi malgré les difficultés j’ai confiance.

Merci.

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