Skip to main content

Référendum britannique sur l’Union européenne

Published on 24 juin 2016
Déclarations officielles du président de la République, du Premier ministre et du ministre des Affaires étrangères et du Développement international

• Le président Hollande appelle à la clarté et à l’unité durant le Brexit - Conférence de presse à l’issue du Conseil européen (Bruxelles, 29 juin 2016)
• "Une Europe forte dans un monde incertain" - Contribution de Jean Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international et de Frank-Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne (28 juin 2016)
• Déclaration conjointe de François Hollande, Angela Merkel et Matteo Renzi (Berlin - 27 juin 2016)
• Déclaration conjointe des ministres français, allemand, belge, italien, luxembourgeois et néerlandais des Affaires étrangères (Berlin - 25 juin 2016)
• "La France sera à l’initiative pour que l’Europe se concentre sur l’essentiel." - Déclaration de M. François Hollande, président de la République
• "C’est le moment de refonder, réinventer une autre Europe, en écoutant les peuples." - Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre
• "Faire face, c’est préserver l’unité de l’Europe." - Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international

Le président Hollande appelle à la clarté et à l’unité durant le Brexit

Conférence de presse à l’issue du Conseil européen (extraits - Bruxelles, 29 juin 2016)

spip_logoMesdames, Messieurs,

Après le dîner d’hier soir, en présence de David Cameron et où nous étions revenus sur le référendum britannique et ses conséquences, il était nécessaire de nous retrouver à 27 pour une discussion qui devait porter sur les deux enjeux : quels rapports avec le Royaume-Uni dans la période qui vient de s’ouvrir et, ensuite, quelle relation nous devons établir entre les 27 pour porter un certain nombre de priorités, celles que j’avais d’ailleurs rappelées, protection, sécurité/défense, croissance/emploi, harmonisation sociale et fiscale, et enfin priorité pour la jeunesse.

Donc, c’est sur ces deux enjeux-là que la discussion s’est engagée lors du Conseil européen à 27, qui n’est pas donc un Conseil européen, formellement, mais une réunion, qui effectivement anticipe sur ce que pourrait être l’Union européenne demain avec la sortie de la Grande-Bretagne.

Les deux principes sur lesquels je suis intervenu, c’est celui d’abord de la clarté et celui de l’unité. La clarté, c’est de faire en sorte que nous puissions tirer toutes les conséquences du choix britannique. La clarté, c’est de laisser le gouvernement britannique—celui qui sera formé dès lors que le leader conservateur aura été choisi—déposer sa demande formelle de notification de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne le plus tôt possible. C’est-à-dire aussitôt ce gouvernement est-il formé, aussitôt doit-il déposer sa demande de notification, qui elle-même ouvrira, à ce moment-là, la période de négociation que les traités prévoient sur 2 ans.

La clarté, c’est qu’aucune négociation, aucune discussion, ne peuvent s’engager avant cette notification, c’est la notification, par le gouvernement, qui ouvre la négociation, et rien ne doit être discuté sur cette notification, ou sur les conditions de cette notification.

La clarté, c’est de faire que dès que la demande formelle de retrait du Royaume-Uni de l’Union sera formulée, le Conseil européen adoptera des lignes directrices pour la conduite de la négociation, avec le Royaume-Uni, sur ce que sera donc la relation du Royaume-Uni avec l’Union européenne dans la perspective du retrait. En d’autres termes, si on veut rester sur des métaphores ou des comparaisons, le règlement de divorce doit être fixé par le Conseil européen. Et puis, bien sûr, la Commission européenne et le Parlement européen auront à jouer leur rôle.

La clarté, c’est que le Royaume-Uni va rester, pendant toute la période de la négociation, un membre à part entière de l’Union européenne, avec ses droits, avec ses obligations, avec ses contributions. Ensuite, quand le Royaume-Uni ne sera plus dans l’Union européenne, au terme de la négociation, le Royaume-Uni restera un partenaire de l’Union européenne, et aura donc un statut, mais qui ne sera plus celui de membre de l’Union, ce sera un pays tiers, un pays extérieur à l’Union européenne.

Si le Royaume-Uni veut accéder au marché intérieur, ce qui était le privilège d’être membre de l’Union européenne, ce qui était l’avantage majeur que le Royaume-Uni pouvait chercher dans l’Union européenne, si extérieur à l’Union il veut, comme la Norvège par exemple, être en droit d’accéder au marché intérieur européen, alors le Royaume-Uni devra respecter ce que l’on appelle les quatre libertés : la liberté de circulation des biens, la liberté de circulation des services, la liberté de circulation des capitaux, et la libre circulation des personnes, et il ne peut pas y avoir de dérogation. On ne peut pas prendre trois libertés, en écarter une quatrième, et notamment la liberté de circulation des personnes.

De la même manière, si le Royaume-Uni voulait, dans le cadre de cette négociation, et donc à son terme, accéder au marché intérieur, il faudrait que le Royaume-Uni en accepte toutes les règles, avec toutes les obligations, et notamment une qui est de contribuer financièrement au fonctionnement de ce marché intérieur et à ses règles d’organisation. La Norvège paye, par exemple, une certaine somme pour accéder au marché intérieur, il en serait de même, à un niveau bien plus élevé, pour le Royaume-Uni.

Voilà la clarté, elle est indispensable, pour éviter toute supputation, toute interrogation, à la fois pour la période très brève qui s’écoule entre aujourd’hui et la notification au début du mois de septembre, par le gouvernement britannique, de sa sortie. La clarté est indispensable pour éviter toutes les interrogations, toutes les spéculations sur ce qui pourrait se passer pendant la période de négociation, au maximum 2 ans. La clarté doit être impérative pour savoir ce que serait, compte tenu de ce que pourraient être un certain nombre de volontés britanniques, la relation que l’Union européenne aurait avec le pays ami qu’est la Grande-Bretagne, et notamment pour l’accès au marché intérieur.

Dans le même temps, je l’ai plusieurs fois souligné depuis la décision britannique, la France gardera des rapports étroits avec la Grande-Bretagne, pas simplement en fonction de ses liens historiques, qui m’amèneront à être, lors du centenaire de la Bataille de la Somme, présent aux côtés de David Cameron et d’une partie de la famille royale britannique. C’est vrai que l’Histoire nous relie, mais aussi parce que la France et le Royaume-Uni sont très proches, d’ailleurs reliés par un tunnel, avec une présence très importante de Français au Royaume-Uni et de Britanniques en France, avec des recherches, au plan universitaire, que nous partageons, des politiques culturelles que nous mettons également en commun, des politiques universitaires, qui se sont d’ailleurs considérablement multipliées ces dernières années. Enfin, nous avons avec les Britanniques des rapports économiques très étroits, récemment nous avons beaucoup parlé d’Hinkley Point et de l’énergie, donc tout cela demeurera.

Je n’oublie pas les questions de défense, puisqu’il y a des accords qui ont été passés depuis plusieurs années, qui ont considérablement amplifié la coopération dans le domaine militaire, y compris-même dans le domaine de la force de dissuasion, en coopération entre le Royaume-Uni et la France.

Puis, il y a aussi les rapports migratoires que nous devons régler, et qui sont d’ailleurs indépendants de la présence ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne, puisque vous savez parfaitement que jusqu’à récemment, et cela sera encore plus vrai maintenant, le Royaume-Uni n’était pas membre de l’espace Schengen.

Unité ensuite entre les 27, c’est indispensable pour non seulement régler la question de la négociation avec les Britanniques, mais surtout pour faire face aux difficultés qui sont là, même si le Brexit est d’abord un problème pour le Royaume-Uni. C’est d’ailleurs davantage un problème, on le voit bien aujourd’hui, qu’une solution, mais enfin, c’est la solution qui a été choisie par les Britanniques. Il n’empêche, il faut limiter, réduire, autant qu’il est possible, les effets de ce Brexit sur l’économie européenne. Il est donc très important que nous puissions, pour conjurer toutes les menaces, les risques, qui sont d’ailleurs limités, faire en sorte que l’Europe puisse répondre, et aussi ses institutions, je pense notamment à la Banque Centrale, mais il y aura des décisions à prendre dans chacun des pays pour soutenir encore davantage l’investissement, privé comme public, de manière à contrecarrer toute influence de la décision britannique sur la conjoncture européenne.

Il nous faut de l’unité aussi pour mener à bien la négociation, c’est pour cela qu’il a été confié au Conseil européen cette responsabilité, avec la Commission européenne, bien évidemment, comme appui, et le Parlement européen, parce que c’est l’émanation aussi de la légitimité européenne.

L’unité doit être aussi par rapport à la nouvelle impulsion qui doit être donnée à l’Europe compte tenu des insuffisances, des distances, pour ne pas dire des défiances, qui se sont manifestées ces dernières années par rapport à la construction européenne, non pas par rapport à l’idée européenne, mais par rapport à la manière avec laquelle l’Europe pouvait décider, ou ne pas décider, ou tardait à décider. Insuffisances liées à ses lourdeurs, c’est vrai que travailler à 28 n’est pas simple, mais enfin ce ne sera pas plus facile à 27, même si, quelquefois, un membre peut créer plus de débat que d’autres.

Donc, il va falloir être capable de répondre à ces interrogations, à ces peurs, à ces contestations, même dans l’Union européenne. Alors j’ai voulu, et cela a été aussi la volonté que nous avons partagée avec Angela MERKEL et Mattéo RENZI lors de la réunion de lundi, j’ai voulu que nous puissions nous fixer non seulement une feuille de route, un agenda, mais aussi des priorités. La feuille de route, c’est qu’il y aura une réflexion qui est engagée à partir d’aujourd’hui. Il y aura donc un sommet à Bratislava en septembre pour prendre déjà des décisions et engager un certain nombre de réformes, ou en tout cas d’orientations nouvelles, dans le cadre d’ailleurs de l’agenda stratégique qui avait déjà été adopté en 2014, mais nous devons aussi préparer ces réunions et notamment solliciter des experts pour que sur un certain nombre de sujets nous puissions avancer. Quels sujets ?

D’abord le premier sujet c’est la sécurité, la protection et le contrôle des frontières, et la défense, tout ce qui peut permettre aux Européens d’être protégés. Protégés par rapport à ce qui peut se produire à l’extérieur, on a encore vu le drame du terrorisme en Turquie, protégés aussi par rapport à ce que sont les mouvements migratoires, même si nous devons prendre nos responsabilités par rapport aux réfugiés. Protégés par rapport aussi à ce que sont un certain nombre de trafics, ou de risques qui peuvent toucher nos pays. Et protégés par rapport aux guerres qui existent ou aux conflits qui peuvent nous affecter. On sait ce que nous avons fait, la Chancelière et moi-même, par rapport à l’Ukraine, on sait ce que la France fait avec la coalition par rapport à la Syrie, à l’Irak, à la lutte contre Daesh, donc il faut que l’Europe puisse s’organiser en matière de défense.

Ce sera d’ailleurs un des sujets qui sera abordé lors du Sommet de l’OTAN, à Varsovie, parce que moi je n’entends pas que l’Europe délègue complètement sa responsabilité à l’OTAN. Bien sûr que l’OTAN c’est l’Alliance et c’est là qu’il doit y avoir une coordination, mais l’Europe doit faire un effort supérieur pour sa défense. La France, de ce point de vue, n’a rien à décider aujourd’hui puisque nous avons le plus gros effort de défense, un des plus gros, de l’Europe, avec la Grèce. Mais nous devons dire aux pays européens qu’ils doivent partager cet effort de défense, mutualiser peut-être, il y a des idées qui pourront être avancées en ces matières. Donc ça, c’est la première priorité.

Deuxième priorité, croissance, emploi, investissement, mais aussi pour que nos industries d’avenir aient davantage de force qu’aujourd’hui, ce qui supposera également que les règles de concurrence puissent bien sûr être appliquées, mais surtout adaptées, nous avons besoin de leaders mondiaux, et puis nous devons avoir aussi davantage de soutien à l’investissement privé, comme public.

Enfin, la troisième priorité à 27, je dis bien à 27, c’est comment pouvons-nous donner plus d’espoir aux jeunes, notamment pour leurs échanges, leur circulation au sein de l’Union, et également pour leur formation, pour leur emploi et pour la culture. A cet égard, hier, il a été adopté une disposition protégeant les droits d’auteurs, parce que l’Europe c’est la culture.

Si nous avions été dans une réunion de la zone euro, j’aurais réaffirmé les positions de la France pour que nous ayons une harmonisation fiscale et sociale et pour que nous ayons aussi, à terme, cela fait partie des réflexions qui doivent être engagées, un budget de la zone euro, une meilleure gouvernance de la zone euro, mais nous étions à 27.

J’en termine pour dire qu’il faut bien préparer le Sommet de Bratislava parce que les prochaines semaines vont être décisives, l’Europe doit montrer sa solidité, ça c’est d’abord la première condition, mais doit montrer également sa capacité à pouvoir proposer des initiatives, pour les Européens et avec les Européens, et dans un rapport sans doute différent du passé avec les citoyens. C’est cette capacité, fondée sur une solidité, une solidarité, qui permettra à l’Europe de retrouver pleinement confiance en elle-même, et éviter la dislocation.

A mes yeux rien ne serait pire que le statu quo, parce que le statu quo ce serait finalement la poursuite, par les populistes, de leur entreprise, qui est toujours de mettre en cause l’Europe pour ce qu’elle n’a pas forcément comme compétences, mais pour que nous puissions à chaque fois montrer que c’est elle qui nous empêche d’agir. Donc, nous devons éviter que l’Europe soit la cible et soit regardée comme le problème alors qu’elle peut être, là-encore, une solution.

C’est la raison pour laquelle rien ne doit empêcher l’Europe d’avancer, et sûrement pas la décision que les Britanniques ont prise, qui doit être respectée, et qui, plutôt que de nous entraver, plutôt que de nous empêcher, doit nous stimuler et nous obliger au sursaut indispensable.

Merci.

"Une Europe forte dans un monde incertain"

Contribution de Jean Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international et de Frank-Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne (28 juin 2016)
La décision du peuple britannique marque un tournant dans l’histoire de l’Europe. L’Union européenne perd non seulement un Etat membre, mais une part d’histoire, de traditions et d’expérience qui nous ont accompagnés au cours des dernières décennies. La France et l’Allemagne prennent acte de cette décision avec regret. Cette situation nouvelle aura des conséquences tant pour le Royaume-Uni que pour l’UE. Le Traité de Lisbonne prévoit les procédures pour assurer la sortie ordonnée d’un État membre (article 50). Lorsque le gouvernement britannique aura activé ces procédures, nous serons prêts à aider les institutions européennes dans les négociations visant à clarifier les relations futures entre l’UE et le Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni est un cas à part. Toutefois, il nous faut reconnaitre que le soutien à notre projet commun s’est émoussé au cours de la décennie passée dans certains secteurs de nos sociétés. Nous ne pouvons pas nous contenter ni d’un simple appel à plus d’Europe ni d’une phase de réflexion. Pour éviter une érosion rampante de notre projet européen, nous devons nous recentrer sur les fondamentaux et sur les réponses à donner aux attentes concrètes de nos concitoyens. Nous sommes convaincus qu’ils n’entendent pas remettre en question l’existence de l’Union, mais expriment plutôt leur insatisfaction face à son mode de fonctionnement. Notre tâche est double : concentrer nos efforts communs et tenir nos engagements sur les défis qui ne peuvent être relevés que par des réponses européennes, tout en laissant les autres enjeux dans le ressort des échelons nationaux ou régionaux.

La France et l’Allemagne demeurent fermement convaincues que l’Union européenne offre un cadre unique et indispensable pour assurer la liberté, la prospérité et la sécurité de l’Europe, pour définir des relations pacifiques et mutuellement bénéfiques entre ses peuples et pour contribuer à la paix et à la stabilité dans le monde. Nos deux pays partagent un même destin et des valeurs communes qui constituent le fondement d’une union toujours plus étroite entre nos peuples. Nous continuerons donc d’avancer vers une union politique en Europe, et invitons les autres Européens à se joindre à nous dans cet effort.

La France et l’Allemagne reconnaissent qu’elles ont la responsabilité de renforcer la cohésion de l’Union européenne et la solidarité en son sein. À cette fin, nous devons reconnaître que les Etats membres peuvent avoir des ambitions différentes en matière d’intégration européenne. Sans perdre de vue ce qui a déjà été accompli, nous devons trouver des moyens de mieux prendre en compte ces différents niveaux d’ambition pour faire en sorte que l’Europe réponde mieux aux attentes de tous les citoyens européens.

Nous sommes convaincus que l’UE est en mesure d’élaborer des réponses communes aux défis qui se posent aujourd’hui, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de ses frontières. Dans un environnement international en mutation, l’Union européenne est plus nécessaire que jamais et constitue le seul cadre à même de fournir des réponses collectives. La France et l’Allemagne agiront donc en faveur d’une plus grande cohérence et d’une affirmation accrue de l’Europe au niveau mondial. Pour mieux tenir ses promesses, l’Europe doit continuer à concentrer ses activités sur les principaux défis d’aujourd’hui : assurer la sécurité de nos concitoyens face à l’aggravation des menaces externes et internes ; mettre en place un cadre de coopération stable pour traiter l’enjeu des migrations et des flux de réfugiés ; stimuler l’économie européenne en favorisant la convergence, une croissance durable et créatrice d’emplois, et en progressant vers l’achèvement de l’Union économique et monétaire.

L’Union européenne est sévèrement mise à l’épreuve. Elle se trouve confrontée à une série de crises dans son voisinage méridional et oriental, et se remet lentement sur la voie de la croissance économique. Parce que nous gardons à l’esprit l’histoire de la construction européenne, nous avons toute confiance dans la force de l’UE et dans sa capacité à surmonter de pareilles situations. Mais cette période critique voit émerger un élément nouveau : la perception que ces crises mettent en péril le tissu même de nos sociétés, nos valeurs, notre mode de vie. Nous voyons des terroristes tenter de semer la peur et la division au sein de nos sociétés. Nous devons faire face à l’imbrication croissante de difficultés intérieures et extérieures. Nous devons préserver la combinaison entre croissance, compétitivité et cohésion sociale, qui est au coeur de notre modèle européen, tout en préservant nos valeurs communes au plan interne et vis-à-vis du monde extérieur.

Nous savons qu’il n’existe pas de solutions toutes faites à ces problèmes complexes. Mais nous sommes déterminés à les résoudre, en répondant aux défis actuels tout en restant concentrés sur les enjeux de long terme. Dans cet esprit, nous sommes convenus des propositions suivantes.

Un Pacte européen de sécurité

L’Union européenne doit faire face à un niveau de menace sans précédent et à un environnement stratégique dégradé. Les crises extérieures sont plus nombreuses et plus proches de l’Europe (à la fois à l’est et au sud de ses frontières) avec des conséquences immédiates pour le territoire européen et pour la sécurité de ses ressortissants. La scène mondiale est de nouveau le théâtre des politiques de puissance et les conflits sont importés sur notre continent. La menace terroriste est de plus en plus forte, alimentée par des réseaux tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Europe, qui prennent leur source dans des zones de crise et dans des régions instables. Le rôle de l’Europe en tant que force crédible de paix est plus important que jamais.

L’interdépendance entre les États membres de l’UE s’étend à leur sécurité car ces menaces touchent désormais le continent dans son ensemble : toute menace visant un État membre est aussi une menace pour les autres États membres. Nous considérons donc que notre sécurité est une et indivisible. Nous estimons que l’UE et que l’ordre européen de sécurité font partie de nos intérêts fondamentaux et nous les préserverons en toutes circonstances.

Dans ce contexte, la France et l’Allemagne réitèrent leur engagement en faveur d’une Union de sécurité fondée sur la solidarité et l’assistance mutuelle entre les États membres, en vue de parvenir à une politique de défense et de sécurité commune. Garantir la sécurité pour l’Europe et contribuer à la paix et à la stabilité au plan mondial sont au coeur du projet européen.
Nous concevons l’Union européenne comme une puissance clé dans son voisinage, mais aussi comme une force de paix à l’échelle mondiale, capable d’apporter des réponses décisives aux enjeux globaux et de soutenir un ordre international fondé sur des règles, sur la stabilité stratégique, et sur l’équilibre pacifique des intérêts.

Nous avons à notre actif des réussites considérables qui méritent d’être reconnues et peuvent nous inspirer. L’accord historique sur le programme nucléaire iranien n’a été rendu possible que par l’engagement constant et déterminé de l’UE. L’engagement européen dans le processus de Minsk a contribué à contenir, dans l’Est de l’Ukraine, une confrontation militaire qui aurait pu déboucher sur une escalade incontrôlée ; nos efforts diplomatiques ont ouvert la voie à un règlement politique du conflit, auquel nous continuerons à travailler. En Libye, nous soutenons le Gouvernement d’entente nationale, avec la volonté de faire face aux risques liés à la fragilité et à l’instabilité politique au Sud de la Méditerranée. Au-delà de la gestion des crises, il est nécessaire d’avoir un engagement durable en faveur de l’Afrique, où des défis et des opportunités considérables se présentent.

L’interdépendance entre sécurité extérieure et intérieure constitue l’une des principales caractéristiques de l’environnement de sécurité actuel. Les risques les plus dangereux et déstabilisants découlent de l’interaction entre les menaces externes et les fragilités internes. Pour répondre à cet enjeu, l’Allemagne et la France proposent un Pacte européen de sécurité qui englobe tous les aspects de la sécurité et de la défense traités au plan européen, et qui concrétise ainsi la promesse faite par l’Union européenne à ses ressortissants de renforcer leur sécurité.

Une première étape consiste à partager une analyse commune de notre environnement stratégique et une compréhension commune de nos intérêts. La France et l’Allemagne proposent que l’UE effectue des examens périodiques de son environnement stratégique qui seront soumis au Conseil des affaires étrangères et au Conseil européen pour discussion. Ces examens s’appuieront sur une capacité indépendante d’évaluation de la situation, basée sur le Centre de situation et de renseignement de l’UE ainsi que sur l’expertise extérieure aux institutions européennes, et seront accompagnés d’analyses stratégiques et en matière de renseignement agréées au niveau européen.

Sur la base de cette compréhension commune, l’UE devrait établir des priorités stratégiques concertées de politique étrangère et de sécurité conformément aux intérêts européens.
La stratégie globale de l’UE constitue une première étape dans cette voie. Mais nous devons aller plus loin. Sur une scène internationale plus disputée et plus concurrentielle, la France et l’Allemagne chercheront à renforcer l’Union en tant qu’acteur mondial indépendant, capable de mobiliser l’ensemble de son expertise et de ses moyens, civils ou militaires, pour défendre et promouvoir les intérêts de ses ressortissants. La France et l’Allemagne favoriseront une politique étrangère et de sécurité intégrée de l’Union européenne, faisant converger l’ensemble des instruments européens.

L’Union européenne devra intervenir plus souvent pour gérer des crises ayant une incidence directe sur sa propre sécurité. Nous avons par conséquent besoin de capacités de prévention et de gestion des crises renforcées et plus souples. L’UE devrait pouvoir planifier et conduire plus efficacement des opérations militaires et civiles en s’appuyant sur une chaîne de commandement civilo-militaire permanente.

Elle devrait pouvoir compter sur des forces de réaction rapide opérationnelles et élargir le financement commun de ses opérations. Dans le cadre de l’UE, les États membres désireux d’établir une coopération structurée permanente en matière de défense ou d’aller de l’avant pour lancer des opérations devraient pouvoir le faire de manière souple. Au besoin, les Etats membres de l’UE devraient envisager de créer des forces navales permanentes ou d’acquérir des capacités propres à l’UE dans d’autres secteurs clés.

Parallèlement à ces efforts, l’UE devrait approfondir sa coopération avec l’OTAN pour apporter des réponses cohérentes et coordonnées aux défis posés à la sécurité européenne.
Pour être à la hauteur des défis, les Européens doivent intensifier leurs efforts en matière de défense. Les États membres devraient réaffirmer et tenir leurs engagements collectifs concernant les budgets de défense et la part des dépenses consacrée à l’acquisition d’équipements et à la recherche et aux technologies (R&T).

La France et l’Allemagne proposent la création, au sein de l’Union européenne, d’un semestre européen pour les capacités de défense. Dans ce cadre, l’UE appuiera les efforts déployés par les États membres en garantissant la cohérence des processus de planification de défense et de renforcement des capacités. Elle encouragera les Etats membres à procéder à un examen des priorités de leurs programmes de dépenses militaires respectifs. La création d’un programme européen de recherche en matière de défense apportera un soutien à une industrie européenne innovante.

L’Union européenne doit investir davantage dans la prévention des conflits et dans la stabilisation de son voisinage et des régions touchées par des crises. L’UE devrait aider ses voisins et partenaire à développer leurs capacités et leurs structures de gouvernance afin de renforcer leur résilience aux crises et leur capacité à prévenir et à maîtriser les crises émergentes et les menaces terroristes. La France et l’Allemagne conduiront des initiatives conjointes en matière de stabilisation, de développement et de reconstruction, notamment en Syrie et en Irak lorsque la situation le permettra. Ensemble, la France et l’Allemagne renforcent leurs mécanismes civils de gestion des crises et réaffirment l’engagement qu’elles ont pris de soutenir et de renforcer les processus politiques de règlement des conflits.

Pour assurer notre sécurité intérieure, les défis immédiats sont avant tout d’ordre opérationnel. Les objectifs consistent à mettre en oeuvre et à assurer le suivi des décisions de l’UE et à tirer le meilleur parti des cadres existants : le Passenger Name Record (PNR) ; un meilleur usage d’Europol et de son Centre européen de la lutte contre le terrorisme ; la lutte contre le financement du terrorisme ; les plans d’action de l’UE contre le trafic d’armes et d’explosifs. L’accent devra porter sur le renforcement de la sécurité dans les transports. Nous voulons également renforcer notre dialogue et notre coopération avec des pays tiers en Afrique du Nord, dans la bande sahélienne, dans le bassin du lac Tchad et en Afrique de l’Ouest, dans la Corne de l’Afrique et au Moyen-Orient, ainsi qu’avec des organisations régionales et sous-régionales (Union africaine, G5).

Pour traiter les causes profondes du terrorisme, la France et l’Allemagne mettront en place une plateforme européenne d’échange d’expériences et de bonnes pratiques en matière de prévention et de lutte contre la radicalisation.

À moyen terme, nous devrions oeuvrer en faveur d’une approche plus intégrée de la sécurité intérieure de l’UE sur la base des mesures suivantes : création d’une plateforme européenne de coopération en matière de renseignement, respectant pleinement les prérogatives nationales et tirant parti des cadres existants

(notamment du Groupe antiterroriste) ; renforcement de l’échange d’informations ; planification européenne pour les cas de crise majeure touchant plusieurs États membres ; création d’une capacité européenne de réaction rapide et mise en place d’un corps européen de protection civile.

À plus long terme, il serait pertinent d’étendre le champ d’action du futur parquet européen (actuellement restreint à la poursuite d’infractions liées aux intérêts financiers de l’UE) pour lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée. Cela supposerait une harmonisation des législations pénales des États membres.

Pour conduire cet effort, la France et l’Allemagne proposent que le Conseil européen se réunisse une fois par an sous forme de Conseil de sécurité européen pour traiter des questions de sécurité intérieure et extérieure et de défense de l’UE. Ce Conseil de sécurité européen sera préparé par une réunion des ministres des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Intérieur.
Une politique européenne commune en matière d’asile et de migration

Les migrations en direction de l’Europe sont un enjeu majeur pour son avenir.

Il ne pourra y avoir de réponse nationale unilatérale au défi des migrations, qui est un défi européen du XXIe siècle. Nos concitoyens attendent de nous que nous reprenions le contrôle de nos frontières extérieures tout en préservant nos valeurs européennes. Nous devons agir conjointement pour répondre à cette demande.

L’Allemagne et la France sont persuadées qu’il est temps d’oeuvrer à la mise en place d’une politique européenne intégrée en matière d’asile, de réfugiés et de migration. Face à l’urgence de la question, nous n’excluons pas qu’un groupe d’États membres partageant la même vision de leurs responsabilités aille de l’avant sur des politiques communes.

Garantir la sécurité de notre frontière extérieure n’est désormais plus seulement une tâche nationale mais relève d’une responsabilité commune. Nous sommes déterminés à faire en sorte que l’UE établisse le premier corps multinational de garde-frontières et de garde-côtes. À court terme, FRONTEX sera dotée d’effectifs détachés par les États membres. La France et l’Allemagne proposeront à cette fin une contribution commune. À moyen terme, FRONTEX sera donc renforcée par ses propres effectifs permanents et par des équipements techniques adéquats lui permettant de remplir sa mission.

Nous proposons également la création d’un système électronique européen d’autorisation de voyage (ESTA) pour les ressortissants de pays tiers exemptés de visas ; il s’agira là d’un outil précieux pour renforcer nos frontières et notre sécurité.

Il est de notre devoir commun de protéger ceux qui fuient la guerre ou les persécutions politiques. Nous nous efforçons de permettre aux réfugiés d’être accueillis le plus près possible de leur pays d’origine.

Les demandeurs d’asile qui parviennent en Europe ont le droit d’être traités conformément à la Convention de Genève, quel que soit l’endroit où ils atteignent nos rivages. À cette fin, nous devons continuer à harmoniser et à simplifier nos normes et procédures dans certains domaines. Nous devons être prêts à apporter le soutien de l’UE à la mise en place de systèmes d’asile efficaces là où ils sont nécessaires. À moyen terme, le Bureau européen d’appui en matière d’asile sera transformé en une Agence européenne de l’asile qui appuiera ce processus de normalisation et hébergera des bases de données conjointes en vue d’éviter les abus liés aux écarts entre les normes et les enregistrements multiples, et de décourager les mouvements secondaires. Cette Agence européenne de l’asile contribuerait à renforcer la convergence en matière d’évaluation des demandes de protection internationale dans le respect des principes de base de Dublin, comme la responsabilité de l’État membre de première entrée pour le traitement de la demande d’asile.

Au sein de l’Union européenne, la solidarité reste la pierre angulaire de notre projet commun. Les citoyens attendent que les avantages et les responsabilités qui découlent de l’appartenance à l’UE soient équitablement répartis entre les États membres. Une situation dans laquelle le poids de la migration est inégalement assumé par un nombre limité d’États membres est intenable. Dans un premier temps, le système de Dublin devra être amélioré pour faire face à des circonstances exceptionnelles par le biais d’un mécanisme permanent et contraignant prévoyant une répartition des efforts entre tous les États membres. L’Allemagne et la France sont disposées, si nécessaire, à aller de l’avant sur cette question avec un groupe d’États membres animés du même esprit.

L’UE doit trouver une réponse commune au nombre croissant de migrants cherchant à gagner l’UE pour des raisons économiques. Le système d’asile est pour eux un point d’entrée illusoire. L’Europe devrait rester ouverte à l’apport que peuvent représenter la migration et la mobilité pour son économie, ses cultures, et la diversité de ses sociétés. Nous devons travailler à une législation européenne sur l’immigration, qui précisera clairement les moyens légaux existants pour travailler en Europe, en prenant en compte les différentes situations des marchés nationaux du travail au sein de l’UE. Dans le même temps, nous devons améliorer les outils et le soutien de l’UE en matière de politique de retour, y compris par la mobilisation des fonds européens pour financer le retour de ceux qui sont entrés illégalement dans l’UE.

Dans nos relations avec les pays d’origine et de transit, nous nous emploierons à réduire les facteurs incitatifs à la migration illicite, notamment en créant des opportunités économiques et sociales, en particulier à destination des jeunes. Nous escomptons une coopération constructive dans des domaines cruciaux tels que le retour et la réadmission, la gestion et le contrôle des frontières et la lutte contre les réseaux de passeurs. L’Allemagne et la France ont déjà engagé avec des pays africains, au nom de l’UE, un dialogue de haut niveau sur les migrations qu’elles étendront à d’autres pays. L’UE devrait également se pencher sur les causes profondes des migrations, comme la pauvreté, l’insécurité et l’instabilité politique.

Enfin, accueillir et, dans certains cas, intégrer les réfugiés et les migrants constitue pour toutes les sociétés européennes un défi qu’il convient de relever dans un esprit de responsabilité et de solidarité. L’Allemagne et la France ne partagent pas les mêmes expériences historiques en matière d’immigration et d’intégration mais sont déterminées à apprendre l’une de l’autre. Par le dialogue, l’échange et la coopération, nous entendons promouvoir un débat plus objectif sur les enjeux et les opportunités que représentent l’immigration et l’intégration pour nos sociétés. Ces enseignements pourront bénéficier à d’autres États européens confrontés à des défis similaires.

Promouvoir la croissance et achever l’Union économique et monétaire

Aujourd’hui encore, notre monnaie commune constitue l’entreprise la plus visible et la plus ambitieuse issue de l’unification européenne. L’euro a permis aux États de la zone euro de mieux se prémunir contre la spéculation internationale et a contribué à la construction d’un espace économique commun. L’euro reflète notre engagement dans un processus d’intégration irréversible.

Néanmoins, il nous faut admettre que la crise et ses retombées ont révélé des lacunes qui conduisent les citoyens à douter des promesses de la monnaie unique et du caractère durable de ce projet. C’est pourquoi nous entendons conduire une action simultanée sur trois fronts : renforcement de la convergence économique, accroissement de la justice sociale et de la responsabilité démocratique, et amélioration de la capacité de résistance aux chocs afin de préserver l’irréversibilité de l’euro. À cet égard, la France et l’Allemagne ont toujours considéré qu’il était de leur responsabilité de construire une zone euro robuste, capable d’affirmer son modèle dans un monde de plus en plus compétitif.

Nous sommes convaincus qu’il est urgent de raviver cet esprit pour faire progresser le débat. Et il est de la responsabilité de nos deux pays d’en faire plus encore, à titre bilatéral. Nous devons reconnaître que les conditions d’adhésion et les implications budgétaires de la monnaie unique se sont révélées plus importantes que ce qui aurait pu être anticipé à sa création. Nous laisserons donc les Etats non membres de la zone euro décider du moment où la rejoindre.

Pour surmonter la crise, la zone euro doit s’engager dans une nouvelle phase de convergence économique. La France et l’Allemagne portent la responsabilité principale de l’organisation d’un processus de convergence économique et de gouvernance politique, reposant sur un équilibre entre obligations et solidarité. Les pays excédentaires comme les pays déficitaires devront agir pour plus de convergence, un alignement unilatéral étant politiquement irréalisable.

Le potentiel de croissance a été fortement entravé par la crise. L’Europe doit de toute urgence libérer les gisements de croissance par l’achèvement du marché unique dans des secteurs spécifiques d’intérêt stratégique. La France et l’Allemagne restent engagées dans des initiatives bilatérales pour harmoniser rapidement la régulation, la surveillance, et les régimes d’imposition des entreprises. Un nouvel effort pour accroître les investissements publics et privés est nécessaire pour libérer la croissance et améliorer la productivité de l’économie européenne. La France et l’Allemagne sont engagées dans des réformes structurelles visant à attirer des investissements internationaux et à renforcer la compétitivité de leurs économies.

Dans cette optique, des initiatives précises doivent être lancées pour promouvoir la croissance et la convergence entre les États membres dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, le numérique, la recherche et l’innovation ou la formation professionnelle. À court terme, des objectifs communs pourraient être fixés, en lien avec les objectifs de régulation et des capacités d’investissements basées sur l’élargissement du Fonds européen pour les investissements stratégiques. À moyen terme, ces secteurs stratégiques doivent évoluer vers un cadre réglementaire commun, voire une autorité de supervision conjointe, et s’appuyer sur une capacité d’investissement européenne structurée, afin de favoriser la convergence au moyen d’investissements transfrontaliers. C’est dans ce cadre que doivent s’inscrire les initiatives bilatérales de la France et de l’Allemagne.

L’architecture actuelle de l’euro n’est pas suffisamment résiliente aux chocs extérieurs et aux déséquilibres internes. Une UEM inachevée met en péril la survie à long terme de notre monnaie commune. L’achèvement de l’UEM impliquera un renforcement continu de la gouvernance politique et un partage du poids budgétaire.

En raison des déséquilibres existants, un approfondissement de l’UEM ne se réalisera pas du jour au lendemain, mais au terme d’un processus pragmatique et progressif qui tiendra compte des résultats nécessaires en termes de croissance et d’emploi. Ces progrès sont indispensables pour renforcer la confiance, de la part des Etats membres et des citoyens, à l’égard de l’Union européenne et pour instaurer les conditions politiques appropriées pour de nouvelles étapes d’intégration vers la réalisation de l’UEM.

Nous devons reconnaître que les États membres de l’UEM mènent des politiques économiques de traditions différentes, qui doivent être équilibrées pour permettre le bon fonctionnement de l’euro. L’architecture future de l’euro ne sera pas uniquement fondée sur des règles ; elle ne sera pas non plus sujette à de simples décisions politiques, ni exclusivement gouvernée par les forces du marché. À chaque étape, l’approfondissement de l’UEM englobera tous ces aspects.

Étant donné que la politique économique de l’UEM est, de plus en plus, le fruit de décisions partagées, les citoyens s’attendent, à juste titre, à en reprendre le contrôle à travers des institutions supranationales qui leur rendent compte. À court terme, un président à temps plein de l’Eurogroupe devra rendre des comptes à une souscommission du Parlement européen pour la zone euro. À plus long terme, l’Eurogroupe et son président devraient être responsable devant un organe parlementaire comprenant des membres du Parlement européen et la participation de membres des Parlements nationaux. Cette chambre aura pleine autorité sur les sujets de surveillance budgétaire et macro-économique.

Dans ce contexte, nous devons développer le Mécanisme européen de stabilité (MES) pour qu’il devienne un Fonds monétaire européen à part entière, soumis à un contrôle parlementaire.
Une capacité budgétaire au niveau de la zone euro, caractéristique commune de toute union monétaire réussie à travers le monde, est une clé de voûte qui fait toujours défaut à l’architecture de l’UEM. À long terme, cette capacité devrait permettre la stabilisation macro-économique de la zone euro tout en évitant les transferts unidirectionnels permanents. Elle sera forgée au fil du temps, au rythme des progrès réalisés en matière de prise de décisions conjointe sur les politiques budgétaire et économique. Sa mise en place devra débuter au plus tard en 2018 afin de soutenir les investissements dans les États membres les plus touchés par la crise. La France et l’Allemagne doivent constituer un groupe prêt à ouvrir la voie sur ces questions.

L’adhésion à l’euro est menacée par une absence de progrès en matière d’équité sociale et fiscale entre ses États membres. C’est pourquoi, de manière générale, toute initiative visant à approfondir l’UEM doit s’accompagner de progrès vers une fiscalité commune, notamment pour l’imposition des entreprises transnationales, et vers une union sociale fondée sur des normes sociales minimales communes.

Déclaration conjointe de François Hollande, Angela Merkel et Matteo Renzi

Berlin, 27 juin 2016
Le 23 juin 2016, la majorité du peuple britannique a exprimé le souhait de quitter l’Union européenne. La France, l’Allemagne et l’Italie respectent cette décision. Nous regrettons que le Royaume-Uni ne sera plus notre partenaire au sein de l’Union européenne.

Nous avons pleinement confiance dans le fait que l’Union européenne est assez forte pour apporter aujourd’hui les bonnes réponses. Il n’y a pas de temps à perdre.

Aujourd’hui, nous exprimons notre ferme engagement pour l’unité de l’Europe. Nous sommes fermement convaincus que l’Union européenne est essentielle pour rendre nos pays plus forts en agissant ensemble, avec nos institutions communes, afin de garantir le progrès économique et social de nos peuples et d’affirmer le rôle de l’Europe dans le monde.

Depuis près de soixante ans, l’Union européenne constitue une communauté unique de droits, de libertés et de valeurs communes. Elle nous permet de sauvegarder notre modèle social européen, qui associe la réussite économique et la protection sociale. Elle nous permet de préserver la diversité culturelle. Le marché unique, nos politiques communes et l’euro n’ont pas d’équivalent dans le monde. Ces réalisations sont le fondement de notre prospérité. Ensemble nous défendons nos intérêts et des échanges libres et équitables dans le monde. Ensemble nous progressons dans notre politique énergétique et ensemble nous contribuons à la protection du climat au niveau mondial. Ensemble nous contribuons à la stabilité et au développement dans le monde et nous promouvons la liberté.

Nous sommes tout aussi fermement convaincus que l’Union européenne ne peut à nouveau aller de l’avant que si elle continue à s’appuyer sur le soutien de ses citoyens.

Pour cela, l’Union européenne doit répondre aux préoccupations exprimées par les peuples en clarifiant ses objectifs et son fonctionnement. Elle devrait être plus forte sur les priorités essentielles, là où les Européens doivent unir leurs forces, et moins présente là où les États membres sont mieux placés pour agir. Elle doit rester placée sous le contrôle démocratique de ses citoyens et doit être plus intelligible. Elle doit agir plus rapidement, en particulier pour mettre en œuvre des programmes et des projets qui apportent des bénéfices directs aux citoyens.

Dans un monde qui change, l’Union européenne devrait préserver ses acquis essentiels et se concentrer sur les défis auxquels les Européens sont aujourd’hui confrontés, comme les migrations à l’échelle mondiale et les nouvelles menaces, en particulier le terrorisme international, auquel aucun État membre ne peut faire face efficacement seul. Elle doit également renforcer la capacité des Européens à répondre à une concurrence internationale qui s’accroit tout en renforçant l’économie sociale de marché européenne.

En conséquence, nous proposons trois priorités essentielles pour une action renforcée et approfondie fondée sur des objectifs concrets :

  • la sécurité intérieure et extérieure : l’Europe est confrontée à des défis immenses. Ils requièrent un renforcement de ses moyens communs afin de protéger ses frontières extérieures et de contribuer à la paix et à la stabilité dans son voisinage, en particulier en Méditerranée, en Afrique et au Moyen-Orient.

    Nous ne gagnerons la lutte contre le terrorisme en Europe que si nous agissons en étant unis. Le terrorisme ne sera vaincu que si nous montrons que nous sommes capables de reconstruire un esprit de communauté ; d’investir dans nos villes, contre la marginalisation sociale.

    Nous nous montrerons à la hauteur de nos responsabilités si nous développons notre défense européenne et prenons les engagements nécessaires pour nos opérations conjointes, ainsi que pour nos capacités et notre industrie militaires. Le potentiel d’une véritable politique étrangère, de sécurité et de défense commune n’a pas encore été pleinement exploité.

  • une économie forte et une cohésion sociale forte : l’Europe doit tenir sa promesse de prospérité pour ses citoyens. Il nous faut davantage de croissance pour lutter contre le chômage et créer des emplois, en particulier pour les jeunes, et davantage d’investissements pour assurer la force de nos économies dans la concurrence mondiale.

    Le succès du modèle économique et social européen, qui combine force économique et protection sociale, nécessite de définir le cadre de régulation approprié ; de meilleures politiques pour l’entrepreneuriat et la participation de tous à la vie active ; de renforcer la recherche, l’innovation et la formation, qui jouent un rôle clef car la richesse de l’Europe repose en premier lieu sur les connaissances et les capacités de ses citoyens ; de développer l’économie numérique en Europe pour de meilleurs services, une industrie modernisée et des emplois ; d’exploiter pleinement le potentiel des politiques énergétiques et climatiques qui protègent l’environnement.

    Pour les pays qui ont l’euro en commun, de nouvelles étapes seront nécessaires, pour renforcer la croissance, la compétitivité, l’emploi et la convergence, y compris dans les domaines social et fiscal.

  • des programmes ambitieux pour la jeunesse : l’Europe ne réussira que si elle donne espoir à ses jeunes. Nous devons renforcer les initiatives européennes pour la formation, l’entrepreneuriat et l’accès à l’emploi dans toute l’Europe, tels que l’Initiative pour l’emploi des jeunes ou le programme Erasmus pour les étudiants, les apprentis et les jeunes professionnels.

L’Union européenne représente nos valeurs communes : nous défendons la paix et la liberté, la démocratie et la primauté du droit, le respect mutuel et la responsabilité, la tolérance et la participation, la justice et la solidarité. Il est temps aujourd’hui de réaffirmer ces valeurs.

Nous proposerons demain aux Chefs d’État et de gouvernement et aux Institutions européennes de lancer un processus, selon un calendrier strict et un ensemble précis d’engagements, afin de répondre aux défis présentés par le résultat du référendum britannique et de développer des solutions concrètes pour un bon avenir aux Européens au sein de l’Union européenne.

Une rencontre spéciale des dirigeants en septembre sera consacrée aux défis communs auxquels les 27 États membres sont confrontés et aux priorités essentielles sur lesquelles ils devront décider. Ils devraient aussi se mettre d’accord sur des projets concrets à réaliser en Europe dans les six prochains mois pour la croissance et la sécurité. Les travaux devraient débuter immédiatement afin de développer les initiatives nécessaires. Des contributions de personnalités internationales pourraient nourrir les discussions sur les perspectives de l’Europe dans un contexte global.

Les réunions du Conseil européen d’octobre 2016 et de décembre 2016 devraient évaluer les progrès accomplis dans cette perspective et donner les directives nécessaires.

Le soixantième anniversaire du Traité de Rome le 25 mars 2017 sera un moment important pour réaffirmer l’unité de l’Europe et notre engagement commun dans le projet européen.

Déclaration conjointe des ministres français, allemand, belge, italien, luxembourgeois et néerlandais des Affaires étrangères

Berlin, 25 juin 2016

L’Union européenne perd non seulement un État membre mais un ensemble considérable d’histoire, de traditions et d’expérience.

Cet événement crée une situation nouvelle. Du fait de la décision du peuple britannique, l’accord auquel le Conseil européen des 18 et 19 février était parvenu cesse d’exister. Nous attendons à présent du gouvernement britannique qu’il fasse preuve de clarté en donnant effet à cette décision dès que possible. Les dispositions pertinentes du Traité de Lisbonne (article 50 du Traité sur l’Union européenne) permettent un départ en bon ordre. Nous sommes prêts à travailler avec les institutions lorsque les négociations en vue de définir et de clarifier les relations à venir entre l’UE et le Royaume-Uni auront commencé.

Nous demeurons fermement convaincus que l’Union européenne offre un cadre unique dans l’histoire et indispensable pour assurer la liberté, la prospérité et la sécurité de l’Europe, définir des relations pacifiques et mutuellement avantageuses entre ses peuples et contribuer à la paix et à la stabilité dans le monde.

Depuis sa création par les six membres fondateurs en 1957, l’UE a parcouru avec succès un long chemin. Elle a réuni l’Europe orientale et l’Europe occidentale et a apporté la plus longue période de paix que notre continent ait connue dans les temps modernes. De plus, elle a été une force motrice pour rassembler les peuples d’Europe et a, ce faisant, tenu la promesse dont nous avions pris l’engagement dans les traités : créer une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe. Nous poursuivrons nos efforts en faveur d’une Union européenne à 27 plus forte et ayant plus de cohésion, reposant sur des valeurs communes et sur la primauté du droit.

C’est à cette fin que nous reconnaîtrons également plusieurs niveaux d’ambition entre les États membres pour ce qui est du projet d’intégration européenne. Sans revenir sur ce que nous avons accompli, nous devons trouver de meilleurs moyens de traiter ces niveaux d’ambition différents afin de faire en sorte que l’Europe réponde mieux aux attentes de tous ses citoyens.

C’est dans cet esprit que nous réaffirmons fortement notre attachement commun à l’Union européenne. Toutefois, nous sommes conscients du fait que le mécontentement face à son fonctionnement tel qu’il est aujourd’hui est manifeste dans certaines composantes de nos sociétés. Nous prenons cela très au sérieux et sommes résolus à faire en sorte que l’UE fonctionne mieux pour tous nos citoyens. Ni un simple appel à davantage d’Europe ni une phase de pure réflexion ne peuvent être une réponse appropriée. Nous devons axer nos efforts communs sur les défis qui ne peuvent être traités qu’au moyen de réponses européennes communes, tout en laissant d’autres tâches au niveau national ou régional. Nous devons apporter de meilleures réponses aux questions auxquelles nous avons choisi de nous atteler au niveau européen. Nous devons aussi assumer la responsabilité qui nous incombe de renforcer la solidarité et la cohésion au sein de l’Union européenne.

Aujourd’hui, l’Europe est confrontée à des défis immenses dans un contexte de mondialisation qui nécessitent une Union européenne meilleure. Nous devons axer davantage l’action de l’UE sur les grands défis de notre temps : garantir la sécurité de nos citoyens face à des menaces externes et internes croissantes, établir un cadre stable en coopération pour traiter les migrations et les flux de réfugiés, stimuler l’économie européenne en favorisant la convergence de nos économies et une croissance durable et créatrice d’emplois et en progressant vers la réalisation de l’Union monétaire européenne. Ces défis s’inscrivent dans un contexte d’instabilité croissante et de changements géopolitiques à nos frontières européennes.

Nous exprimons notre confiance dans notre avenir européen commun.

"La France sera à l’initiative pour que l’Europe se concentre sur l’essentiel."

Déclaration de M. François Hollande, président de la République

Les Britanniques par référendum ont décidé de quitter l’Union européenne. C’est un choix douloureux et je le regrette profondément pour le Royaume-Uni et pour l’Europe. Mais ce choix est le leur et nous devons le respecter, en en tirant toutes les conséquences.

La Grande-Bretagne ne fera donc plus partie de l’Union européenne et les procédures prévues par les traités seront rapidement appliquées, c’est la règle et c’est la conséquence.
La France pour elle-même et pour la Grande-Bretagne continuera à travailler avec ce grand pays ami, auquel l’Histoire et la géographie nous unissent par tant de liens, sur le plan économique, humain, culturel et je n’oublie pas nos relations étroites en matière de défense qui seront préservées.

Le vote des Britanniques met gravement l’Europe à l’épreuve. Elle doit montrer dans ces circonstances sa solidité et sa force, en apportant les réponses nécessaires pour maîtriser les risques économiques et financiers du départ du Royaume-Uni. Des mesures sont d’ores et déjà prises et j’ai confiance dans leur efficacité.

Mais la décision britannique exige aussi de prendre lucidement conscience des insuffisances du fonctionnement de l’Europe et de la perte de confiance des peuples dans le projet qu’elle porte.

Le danger est immense face aux extrémismes et aux populismes. Il faut toujours moins de temps pour défaire que pour faire, pour détruire que pour construire. La France, pays fondateur de l’Europe, ne l’acceptera pas.

Un sursaut est nécessaire. L’Europe pour aller de l’avant ne peut plus faire comme avant. Les peuples attendent de l’Union européenne qu’elle réaffirme ses valeurs, valeurs de liberté, de tolérance et de paix. L’Europe doit donc être une puissance qui décide souverainement de son destin et qui revendique son modèle.

La France sera donc à l’initiative pour que l’Europe se concentre sur l’essentiel : la sécurité et la défense de notre continent pour protéger nos frontières et pour préserver la paix face aux menaces ; l’investissement pour la croissance et pour l’emploi pour mettre en œuvre des politiques industrielles dans le domaine des nouvelles technologies et de la transition énergétique ; l’harmonisation fiscale et sociale pour donner à nos économies des règles et à nos concitoyens des garanties ; enfin le renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique.

L’Europe, et c’est ma conviction, doit porter des projets et non pas se perdre en procédures. Elle doit être comprise et contrôlée par les citoyens. Elle doit décider vite, là où on l’attend et laisser une fois pour toute aux Etats-nations ce qui relève de leurs seules compétences.

C’est le mandat que j’irai porter au Conseil européen mardi prochain. Je rencontrerai au préalable les responsables politiques des grandes formations de notre pays. J’irai également lundi à Berlin pour que, avec la Chancelière MERKEL et sans doute Matteo RENZI nous puissions également évoquer ce qui doit être fait, notamment pour la préparation de ce Conseil. L’Allemagne parce que de notre unité dépend la cohésion de l’ensemble de l’Union européenne. L’Europe est une grande idée et pas seulement un grand marché. Et c’est sans doute à force de l’avoir oublié qu’elle s’est perdue.

L’Europe doit continuer à être un espoir pour la jeunesse car c’est son horizon. Aujourd’hui, c’est l’Histoire qui frappe à notre porte. Ce qui se joue c’est la dilution de l’Europe au risque du repli ou la réaffirmation de son existence au prix de changements profonds.

Je ferai tout pour que ce soit le changement profond plutôt que le repli. Et la France a une responsabilité particulière parce qu’elle est au cœur de l’Europe, parce qu’elle a voulu l’Europe, parce qu’elle a bâti l’Europe, parce qu’elle est le pas qui peut entrainer les autres et qui est garant de l’avenir de notre continent.

C’est ma conviction de Français et d’Européen et c’est ce qui me déterminera dans la conduite de notre pays dans cette période si décisive mais dont nous savons que l’histoire aujourd’hui nous juge puisque l’histoire est là soyons à la hauteur de la circonstance que nous traversons.

Merci.

"C’est le moment de refonder, réinventer une autre Europe, en écoutant les peuples."

Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre

Ce choix des électeurs britanniques est un électrochoc. C’est une déflagration, à l’échelle du continent et du monde.

Mais c’est aussi le choix libre et souverain des Britanniques. Il ne faut surtout pas le nier ou le mépriser. Il faut le respecter, même si évidemment, il faudra en tirer toutes les conséquences.

Le Royaume-Uni quittera l’Union européenne. Cette sortie, et c’est ma conviction, bouscule les certitudes, les plans établis, et impose une réaction collective, à la hauteur de l’événement.

Cette décision est sans doute aussi le révélateur d’un malaise trop longtemps ignoré. Trop longtemps, on a fermé les yeux sur les avertissements et sur les doutes exprimés par les peuples européens ... et nous y sommes.

On m’a souvent fait le reproche, ces derniers temps, de parler avec une certaine gravité, parce que je disais que l’Histoire pouvait être tragique : menace terroriste, actes terroristes, qui ont frappé l’Europe ; crise migratoire, avec son cortège de drames ; montée de l’extrême droite dans notre continent, qui tournerait ainsi le dos à ses valeurs fondatrices.

Nous voyons combien nous ne pouvons plus continuer comme avant. Le risque est en effet la dislocation pure et simple de l’Europe ; et défaire l’Europe, c’est pour nos Nations s’affaiblir considérablement – cette Europe qui a été bâtie pour la paix et pour la prospérité.

C’est donc le moment d’être digne des pères fondateurs. C’est le moment de refonder, réinventer une autre Europe, en écoutant les peuples. Et l’Europe ne peut pas exister sans la voix des peuples.

L’Europe ne doit plus intervenir partout, tout le temps. Elle doit agir là où elle est efficace, là où elle est attendue, avec bien sûr l’affirmation de notre identité, la sécurité et la maîtrise de nos frontières, la défense de nos intérêts économiques.

Je suis profondément patriote, j’aime mon pays, la France. Je crois en cette Nation incomparable. Et je suis, aussi, pleinement européen, par mes racines, par mes origines, et par mes convictions. Oui, il faut rebâtir le projet européen, en répondant à ces questions : quel projet, quelles valeurs, quelle identité, quelles frontières ?

C’est ainsi que nous redonnerons foi dans l’Europe. Et c’est ainsi que nos concitoyens se réapproprieront pleinement le projet européen. Et c’est au nom même de ces convictions européennes que je crois que nous pouvons le réussir. Parce qu’il faut de l’espoir dans le projet européen.

Je vous remercie.

"Faire face, c’est préserver l’unité de l’Europe."

Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international

J’ai tenu à être présent avec mes collègues ministres des affaires étrangères et secrétaires d’Etat aux affaires européennes ce matin.

Nous sommes tristes, mais c’est la décision du peuple britannique. Nous devons la respecter. Nous sommes tristes pour le Royaume Uni et nous sommes tristes pour l’Europe.

Mais il faut faire face, et faire face, c’est préserver l’unité de l’Europe, continuer à mettre en œuvre ses priorités, tout en étant plus attentif encore aux aspirations des peuples de toute l’Europe. Il y a donc beaucoup de travail à faire.

Mais l’urgence aujourd’hui, c’est respecter le vote du peuple britannique. Je le dis car certains pensent que c’est le chaos. Non, ce n’est pas le chaos, car il y a des traités. Et le Traité européen prévoit en son article 50 les conditions du départ. Il ne faut donc pas qu’il y ait d’incertitude. Il faut que le gouvernement britannique fasse part de la décision officielle du peuple britannique et qu’on enclenche la mise en œuvre de cet article, pour la cohésion et la stabilité de l’Europe comme du Royaume Uni. Il y a urgence. Il n’y a pas de temps à perdre. Toute période d’incertitude serait préjudiciable.

Donc c’est de ces sujets que nous allons parler aujourd’hui. Nous reviendrons vers vous tout à l’heure.

Merci.

      haut de la page