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Déplacement des ministres Ayrault et Le Drian à Washington

Published on 19 juillet 2016
Jean-Marc Ayrault a participé le 21 juillet 2016, à une réunion en format restreint des ministres des affaires étrangères et de la défense de la coalition internationale de lutte contre daech à Washington.

• Participation de Jean-Marc Ayrault à une réunion des ministres des affaires étrangères.
• Jean-Marc Ayrault au CSIS : "Le futur de l’Europe".(21 juillet 2016)
• Jean-Yves Le Drian à la Brookings Institution : "Renforcer le partenariat transatlantique pour lutter contre l’évolution des menaces".(21 juillet 2016)

Participation de Jean-Marc Ayrault à une réunion des ministres des affaires étrangères

Ces rencontres régulières permettent de mieux coordonner notre stratégie globale.

Au lendemain de l’attentat de Nice, Jean-Marc Ayrault a insisté sur la nécessité d’accroître encore nos efforts contre daech, comme l’a rappelé le président de la République, notamment en vue de libérer Mossoul et Raqqa. Daech a déjà perdu le contrôle de nombreux territoires en Irak et en Syrie sous l’effet des actions de la coalition. Par ailleurs, le ministre a rappellé que la France soutient en Libye le gouvernement d’entente nationale et appellera à la mobilisation de toutes les forces libyennes à ses côtés dans la lutte contre daech.

Les ministres ont échangé sur la façon de contenir l’expansion de daech dans d’autres régions fragiles et de protéger nos territoires contre la menace qu’elle représente.

Cette réunion a permis de rappeler la nécessité, pour contenir durablement le terrorisme, de soutenir des solutions politiques pérennes ce qui implique :

  • en Syrie, une transition politique conformément aux résolutions du conseil de sécurité des Nations unies ;
  • en Irak, des progrès dans la réconciliation nationale ;
  • en Libye, le rassemblement de toutes les forces sous l’autorité du gouvernement d’entente nationale.

Diaporama photos : https://www.flickr.com/photos/franceintheus/albums/72157670595242812

Jean-Marc Ayrault au CSIS : "Le futur de l’Europe"

21 juillet 2016

Mesdames et Messieurs,

Merci Madame pour ces mots d’accueil. Je vous remercie d’être présents ce soir pour cette rencontre.

Vous l’avez rappelé, il y a une semaine, le terrorisme frappait la France une fois encore, à Nice, le jour de la célébration de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Mon collègue et ami John Kerry était le matin même à mes côtés pour partager, sur la place de la Concorde, un moment de communion autour des valeurs qui nous unissent. Quelques heures plus tard nous apprenions la terrible nouvelle. Ces attentats, qui ont fait tant de victimes de toutes les origines, nous rappellent que nous ne saurions tenir ces valeurs pour acquises, si nous ne les défendons pas nous-mêmes.

Pour les défendre, la France compte d’abord sur ce qu’elle est : une société ouverte, une République qui a la volonté de permettre à ses concitoyens, d’où qu’ils viennent, de vivre ensemble. Ce modèle est mis à l’épreuve. Parmi ces épreuves, le terrorisme est sans doute, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la plus difficile. Mais croyez-le, notre détermination à préserver ce que nous sommes est entière. En dépit des efforts de Daech et d’Al Qaeda pour nous diviser, ce modèle résiste. La France restera une société ouverte, elle restera aussi un État de droit dans le combat qu’elle conduit contre ce fléau.

Pour l’emporter, le combat a lieu dans nos pays, mais aussi à l’extérieur, où les foyers de radicalisation au Moyen Orient et en Afrique doivent être éradiqués. Il n’est pas possible de tolérer, qu’aux quatre coins du monde, les populations continuent à être martyrisées, que nos jeunes, en Amérique comme en Europe, subissent une propagande mortifère conduisant à des crimes de masse. La France se mobilise avec ses alliés et ses partenaires. Elle compte sur leur solidarité, car le défi du terrorisme nous concerne tous.

Cette solidarité joue dans les deux sens. Elle se traduit, par exemple, par le soutien de la France aux efforts des pays africains contre Boko Haram ou contre les groupes djihadistes au Sahel, où nos soldats ont permis d’éviter, en 2013, le basculement d’un pays tout entier, le Mali, entre les mains du terrorisme. Elle nous conduit à intervenir contre Daech, avec les États-Unis et tous nos partenaires de la coalition, en Irak et en Syrie. C’est l’objet de ma présence aujourd’hui à Washington. Cette solidarité inspire aussi nos initiatives pour trouver une issue aux crises du Moyen-Orient, notamment la question israélo-palestinienne, pour laquelle la France s’efforce de remobiliser la communauté internationale mais, aussi et surtout, la tragédie syrienne.

C’est de cette même solidarité dont nous bénéficions de la part des États-Unis, notre plus vieil allié, celui qui a toujours été à nos côtés dans les moments difficiles. Je dois dire que l’alliance franco-américaine n’a jamais été plus étroite, en Afrique, au Moyen-Orient, mais aussi à New York, au conseil de sécurité et, bien sûr, dans les échanges de renseignements qui sont si importants dans notre combat commun contre le terrorisme. L’accroissement de ces échanges est indispensable si nous voulons éviter que des drames, comme ceux de Nice, San Bernardino ou Orlando, se reproduisent.

Cette solidarité vient aussi des États membres de l’Union européenne. Elle s’est exprimée sans ambiguïté, lorsqu’après les attaques du 13 novembre, la France a invoqué la clause de solidarité du traité sur l’Union européenne. C’était une première et nos partenaires européens ont été au rendez-vous en apportant soutien politique et militaire, qui se confirme encore aujourd’hui, à la suite de l’attentat de Nice.

Pour faire face à la menace terroriste, nos pays ont besoin d’être forts. Ils ont besoin de coopérer davantage ensemble. De l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe est pour la France un cadre essentiel à cette solidarité. La France a donc besoin d’une Europe forte.

Soyons honnête, le résultat du référendum britannique donne à nouveau l’image d’une Europe en crise. Et, je ne vais pas minimiser le caractère historique de la décision du peuple britannique de quitter l’Union européenne. Je ne vous cacherai pas, non plus, mes doutes profonds sur les motivations qui ont conduit à organiser ce référendum et sur les raisons du vote du peuple britannique, dans un pays profondément marqué par des choix économiques qui ont affecté la cohésion sociale. J’ai évoqué la violence de la campagne et chacun a pu constater comment les partisans du Brexit ont, dès le 24 juin, oublié leurs promesses. L’issue de cette consultation laisse le sentiment amer d’un immense gâchis. Le Brexit ouvre, à l’évidence, une période difficile, une période d’incertitude, d’abord pour le Royaume-Uni, car ce sont les Britanniques qui seront les premiers à subir les conséquences de leur choix.

Croyez bien que ce n’est pas un motif de réjouissance pour la France. Le Royaume-Uni est pour mon pays bien plus qu’un allié. C’est un frère d’armes, un ami. C’est un partenaire auquel nous sommes liés pour notre défense et notre sécurité, avec lequel nous partageons l’essentiel : un rôle similaire de membre permanent au Conseil de sécurité, un statut commun de puissance nucléaire, un attachement fort à une diplomatie à vocation mondiale, mais aussi une communauté d’intérêts qui nous lie dans la réponse aux grands enjeux planétaires.

Aujourd’hui, il faut faire face : nos amis britanniques entendent mettre en oeuvre la volonté populaire qui s’est exprimée et l’Union européenne la procédure prévue, lorsqu’un État membre décide de la quitter - c’est l’article 50 du Traité sur l’Union européenne. Il n’y a aucun vide : le Royaume-Uni est toujours un État membre, avec ses droits et obligations, jusqu’à l’aboutissement de la procédure de retrait. Afin de réduire le plus possible l’incertitude, il appartient aux autorités britanniques d’activer la procédure pour que s’engage la négociation, qui permettra d’établir les modalités de retrait et, en parallèle, de fixer la relation future du Royaume-Uni, en tant que pays tiers, à l’Union européenne.

Voilà la réalité dans laquelle nous sommes. Cette négociation, la France souhaite qu’elle ait lieu dans la clarté qui est due aux peuples européens, comme dans le respect des intérêts de chacun. C’est tout le sens de notre appel au respect de certains principes, notamment celui de l’équilibre entre droits et obligations. Les chefs d’État ou de gouvernement des 27 qui se sont réunis quelques jours après le vote britannique ont déjà rappelé que le marché intérieur comprend quatre libertés inséparables : la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes. L’un ne va pas sans l’autres et c’est cela l’Union européenne.

Pour l’Union européenne, il est certain qu’une situation nouvelle a été créée, elle est sans précédent et nous n’avons pas d’expérience. À défaut d’avoir dès maintenant des réponses à toutes les questions, nous avons des règles et une méthode. En tout état de cause, d’une façon ou d’une autre, le Royaume-Uni conservera des liens étroits, et c’est souhaitable, avec ses partenaires européens : c’est le voeu du gouvernement de Theresa May qui fait écho au souhait de la France. Nous voulons que les choses se passent en bon ordre, intelligemment et de façon responsable.

Je vous le dis, parce que cela peut être interprété ainsi, ce qui s’est passé en Grande-Bretagne peut avoir un effet de contagion.

Souvent, « Bruxelles » est critiqué, tout comme Washington DC l’est aux États-Unis, mais l’Union européenne reste forte, n’en déplaise à tous les eurosceptiques, et vous savez qu’ils sont nombreux et pas seulement en Europe, qui s’efforcent d’exploiter le vote des électeurs britanniques, sans y parvenir, j’en suis convaincu. D’ailleurs, ce vote a provoqué un choc, non seulement en Grande-Bretagne, où ceux même qui préconisaient le Brexit n’y croyaient pas mais il s’est quand même produit, mais dans le reste de l’Europe.

Les sondages montrent plutôt une progression du sentiment pro-européen, en tout cas jusqu’à aujourd’hui, dans les principaux États membres, notamment parce que les Européens ont bien vu que les partisans du Brexit ont été les premiers à fuir leurs responsabilités au lendemain du 23 juin. Au fond, après avoir fait une campagne en partie démagogique, ils n’avaient pas pensé aux jours d’après et à ce qu’ils devraient faire si le Brexit l’emportait. Les opinions publiques l’ont parfaitement ressenti, c’est un point important. C’est pour cela que maintenant, il ne faut pas commettre d’erreur dans la suite de ce qui va se faire et c’est pourquoi j’ai été aussi clair sur la manière dont il faut, à mon avis, appréhender la négociation en esprit de responsabilité et de clarté.

La menace terroriste et le Brexit ne peuvent évidemment pas être mis sur le même plan. Mais, ils sont porteurs du même risque, celui du délitement, celui de la tentation du repli sur soi, celui d’une Europe introvertie, trop occupée à régler ses problèmes pour s’intéresser aux affaires du monde. C’est le risque pour nous : passer plusieurs années concentrés sur cette négociation du Brexit et de ne pas penser à ce que nous pouvons faire pour la suite, pour l’Europe, dans l’intérêt des Européens.

Il faut combattre cette tentation, qui va à l’encontre des intérêts des Européens. La lutte contre le terrorisme exige une mobilisation internationale accrue. La protection de nos concitoyens est d’autant plus efficace qu’elle s’inscrit dans un effort collectif de la communauté internationale. Vous pouvez compter sur la France pour qu’elle veille à ce que l’Union européenne reste pleinement engagée, en particulier en liaison avec l’Allemagne.

L’Allemagne est pour la France le partenaire avec lequel nous faisons avancer l’Europe. C’est une responsabilité historique et ma priorité, vous avez évoqué les débuts de ma prise de fonction, et c’est vrai que dès le début, j’ai voulu donner ce signe de la nécessité du renforcement de la relation entre nos deux pays.

Il faut renforcer ce dynamisme et surtout le mettre au service du projet européen. C’est dans cet esprit, qu’avec mon collègue Frank-Walter Steinmeier, dès le lendemain du référendum britannique, nous avons présenté des propositions communes sur lesquelles nous travaillons depuis plusieurs mois, pour consolider et relancer l’Union européenne, avec des projets concrets dans le domaine de la sécurité, de l’économie, des migrations en particulier. Ces propositions sont une contribution, rien de plus, mais une contribution pour enrichir le débat qui est nécessaire avec nos 27 partenaires et qui a vocation à contribuer au débat avec nos partenaires des 27, afin que le 16 septembre prochain, à Bratislava, puisse être envoyé un message de confiance des chefs d’état et de gouvernements aux peuples européens, un message de confiance de l’Europe au monde.

Par ailleurs, prenons un peu de recul. Regardons les choses avec objectivité et je dirais presque avec sérénité : l’Union européenne a fait face à d’autres crises et elle a toujours été capable de surmonter les crises, qui l’ont au final renforcée. C’est le souhait que je formule, c’est pour cela qu’il faut que les dirigeants politiques soient à la hauteur des circonstances historiques dans lesquelles nous sommes. Le Brexit nous oblige à renouveler notre ambition et à améliorer nos méthodes. Mais nous avons su faire face à d’autres défis. Souvenez-vous des innombrables prédictions sur la disparition de l’euro. Quand j’ai pris mes fonctions de Premier ministre en 2012, le premier déplacement que je fais est à Singapour. On me dit que l’euro va bientôt disparaître et il m’a fallu me battre pour convaincre. L’Histoire a montré que l’euro n’avait pas disparu et que l’Union européenne a été capable de déjouer les difficultés, comme elle a su faire face, même si la question est encore devant nous, à l’afflux massif de réfugiés, surtout ceux venant de Syrie et fuyant la guerre pour leur survie.

Pour les Européens eux-mêmes, quand il y a des questions aussi difficiles, le sentiment est souvent celui d’une difficulté à décider, d’une lenteur à décider, ou, quand la décision est prise, d’une lenteur à mettre en oeuvre la décision prise. C’est vrai, c’est parfois difficile et je le vis moi-même lorsque je participe à la réunion du conseil des ministres des affaires étrangères où nous sommes 28 autour de la table, représentant chacun notre nation. Cela peut paraître lent et difficile, mais nous avançons quand même, à condition d’y mettre de l’énergie, de la passion et il en faut pour croire à l’Europe et la faire vivre.

Les décisions peuvent paraître trop lentes ou insuffisantes, mais les choses s’améliorent, comme en témoigne la capacité qui a été la nôtre de décider, en 6 mois, l’Union européenne pour la première fois a décidé de mesures pour protéger ses frontières avec la création d’un corps européen de garde-frontières et de garde-côtes. Notre objectif est désormais de gagner en rapidité dans le processus décisionnel et en efficacité dans la mise en oeuvre. Et nous y parviendrons à force de volonté politique. Cela dépend de la volonté politique, cela ne dépend pas que de règles ou de lois, cela dépend des circonstances et de la capacité des hommes et des femmes qui dirigent à être à la hauteur des circonstances, comme je le disais.

La crise née du référendum britannique doit nous permettre de nous réinventer. Qu’est ce qui nous rassemble ? Que voulons-nous que soit l’Europe demain, cette Europe qui a toujours été un processus, une volonté, une ambition ? S’il est toujours utile de rappeler l’intention initiale d’une Europe qui a signifié pour ses peuples paix et liberté, l’Union doit aujourd’hui remplir des fonctions plus larges : assurer la prospérité économique, dans le cadre d’un développement durable soucieux de l’environnement pour les générations futures ; protéger les populations des menaces, qui viennent notamment de l’extérieur ; redonner l’espoir aux jeunesses européennes en rendant perceptible et concret pour elles tout l’intérêt de tracer leur route ensemble.

C’est à ces aspirations à la sécurité, à la prospérité, à l’emploi et à de nouveaux projets mobilisateurs que l’Europe doit répondre. L’avenir du projet européen passe aussi par sa capacité à promouvoir des valeurs, un potentiel créatif, une capacité d’enrichissement mutuel, en un mot, une culture.

Le programme Erasmus est un exemple de succès qui a permis à des millions de jeunes de s’enrichir dans la connaissance des autres grâce à la mobilité étudiante. Il faut maintenant élargir cela à toute la jeunesse. C’est par des projets concrets de ce type qui rend l’Europe populaire alors qu’elle est souvent la cause des frustrations, la cause des difficultés que chacun peut rencontrer ou le manque de perspectives face à un monde incertain qui peut écraser.

Enfin, l’Union européenne reste, indépendamment du Brexit, une puissance mondiale. Certes, ce n’est pas un État, Jacques Delors avait parlé de fédération d’États-nations. Les vieilles nations européennes existent et elles existeront longtemps. Il ne s’agit pas d’imaginer un système fédéral qui effacerait chacune de nos nations, mais c’est une construction originale et unique au monde qui met ensemble ces vieilles nations qui, pendant si longtemps, n’ont pas su faire autre chose que se faire la guerre.

Aujourd’hui nous constituons toujours un ensemble cohérent de 450 millions d’habitants, la première puissance commerciale au monde, le premier pourvoyeur d’aide au développement. Demain comme aujourd’hui, l’Union européenne sera encore pour les États-Unis ce marché unique dans lequel les entreprises américaines saisiront les opportunités. Elle restera un espace de droits et de libertés, une référence en matière de régulation économique, avec l’objectif de créer pour toutes les entreprises les conditions équitables, ce fameux « level playing field ».

L’Union européenne restera aussi un acteur clé en matière de stabilisation et de développement dans un monde de plus en plus chaotique. Quant à l’OTAN, dans laquelle la France a repris toute sa place, elle n’est évidemment pas affectée par la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Sur les grandes questions du moment - la prolifération nucléaire, le changement climatique, le Moyen-Orient, le dialogue avec la Russie -, le partenariat transatlantique continuera à jouer un rôle essentiel. Nous avons pu le constater lors du dernier sommet de l’OTAN à Varsovie et les Européens comptent sur les États-Unis pour qu’ils restent pleinement engagés pour apporter leur soutien à l’unité de l’Europe. Certains s’interrogent parfois, c’est vrai, Les États-Unis ne s’intéressent-ils plus à l’Europe ? Non, je crois que l’on devrait lire et relire le discours du président Obama lorsqu’il s’est rendu en Europe et en particulier en Allemagne. C’est un très beau discours sur l’Europe un discours lyrique sur l’Europe. Je me disais en le lisant que si les Européens parlaient parfois de l’Europe, ce serait mieux. En tout cas, cela m’a rassuré.

Pour finir, je pense que le référendum britannique doit aussi nous conduire à nous interroger sur la passe difficile que traversent nos démocraties représentatives. La montée du populisme en Europe, partout, l’évolution de la vie politique aux États-Unis, renvoient à des vraies questions que nous ne pouvons pas éluder. La contestation, du système politique, la contestation de ce que l’on appelle l’élitisme, c’est une question que l’on retrouve aux États-Unis et en Europe. Nul n’est à l’abri de ces difficultés. Il y a sans doute à chercher les explications, d’où l’importance de travailler avec des gens comme vous qui s’interrogent à travers leurs recherches et d’essayer de comprendre plutôt que de juger.

Je pense qu’il y a un impact de la mondialisation sur nos modèles sociaux qui crée du stress et de l’angoisse. Il crée des perspectives mais aussi de l’inquiétude. Cet impact est tellement profond que, si nous n’y prenons garde, la tentation du repli sur soi deviendra irrépressible et entraînera une remise en cause de nos sociétés ouvertes, comme de l’ordre international que nous avons patiemment construit en particulier depuis la tragédie de la seconde guerre mondiale. C’est fragile, soyons-en conscients.

Notre responsabilité en Europe, comme aux États-Unis, est d’être à la hauteur de l’enjeu. Comment ? En répondant aux préoccupations de nos concitoyens qui aspirent à être protégés des menaces, de celles qu’ils ressentent ou des menaces réelles, à bénéficier aussi, et c’est légitime, d’un meilleur partage des fruits de la croissance et d’un effort de réduction des inégalités. C’est à mon sens la seule façon d’éviter le triomphe des populistes qui mettent nos démocraties en danger. Dans ce domaine également, l’Europe et les États-Unis doivent agir ensemble.

Ce défi, il nous est commun. Nos sociétés, nos cultures et nos modes de penser sont divers et les réponses viendront sous des formes différentes, y compris en terme d’organisation de la démocratie, mais respectueuses de nos traditions. Mais, les échanges intellectuels entre nous doivent générer les idées nouvelles, dont nous avons absolument besoin. Merci encore pour votre invitation.

Je souhaite que les liens entre ce Centre et la communauté des chercheurs français prospèrent. Je crois que nous avons beaucoup à faire ensemble, nous ne serons jamais au bout de cette recherche, de cette compréhension du monde pour aider à la décision des dirigeants politiques.

Nous sommes confrontés aux mêmes questions des deux côtés de l’Atlantique avec des systèmes politiques différents et nous avons des valeurs communes, c’est notre force. Il ne faut pas les oublier, il faut s’en servir comme d’un levier et aussi laisser la place à l’intelligence, au débat et à la recherche de solutions, face à la complexité du monde qui peut faire peur. C’est donc à nous d’aider à tracer la voie vers un avenir meilleur pour tous nos concitoyens et c’est ce qui fait la grandeur mais aussi la misère de la politique.

Dans des circonstances comme celles que nous vivons aujourd’hui, il faut avoir conscience de la responsabilité qui est sur nos épaules, mais elle ne doit pas pour autant nous conduire, les hommes et les femmes politiques, à la petitesse des confrontations souvent un peu ridicule. Il faut essayer d’’élever un peu le niveau et ce soir, cette rencontre que vous avez permise, j’espère qu’elle permettra de le faire.

Merci encore de votre attention./.

Jean-Yves Le Drian à la Brookings Institution : "Renforcer le partenariat transatlantique pour lutter contre l’évolution des menaces"

20 juillet 2016

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