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« L’Europe devra assurer davantage sa propre défense. »

Published on 23 août 2016
Lors d’un point de presse conjoint avec les dirigeants allemands et italiens, M. Hollande a fixé trois domaines clés pour l’avenir de l’Europe : la sécurité/défense, l’économie et les jeunes.

Porte-aéronef Garibaldi, Ventotene, Italie – Lundi 22 août 2016

Je voudrais d’abord remercier Matteo RENZI pour l’invitation qu’il nous a lancée, à Angela et à moi-même, d’être ici dans ce cadre exceptionnel et dans un lieu doublement symbolique. D’abord nous sommes sur un porte-aéronef, dans le cadre de l’opération Sophia, qui à la fois assure le contrôle autant qu’il est possible de la frontière, mais aussi accomplit une œuvre humanitaire, reçoit des gens perdus sur les mers, qui ont été généralement entraînés là par des trafiquants. C’est l’honneur de l’Europe à la fois de se protéger mais aussi d’accueillir celles et ceux qui sont poussés vers l’exil et parfois au péril de leur vie. Je voudrais saluer l’équipage qui joue ce rôle, au nom de l’Union européenne.

Symbolique aussi, parce que comme Matteo l’a dit : nous sommes à côté d’un lieu, une prison, où des responsables politiques, notamment SPINELLI, avaient été enfermés pour leurs idées et qui, dans le dénuement le plus complet, dans la désespérance qui pouvait les atteindre, ont eu cette volonté qui paraissait démesurée à l’époque, de vouloir l’Europe au moment où elle se déchirait. C’est grâce à des hommes—à des femmes—comme Altiero SPINELLI, qu’il y a eu, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, cette idée européenne qui a donné l’Union que nous connaissons aujourd’hui, avec ses insuffisances—c’est vrai—mais aussi avec sa grandeur, c’est-à-dire cette capacité à assurer la paix et l’harmonie entre les peuples.

SPINELLI avait eu aussi une intuition très forte. Pour que l’Europe puisse être véritablement voulue par les peuples, il fallait qu’elle réponde à la fois à l’exigence de prospérité et en même temps de sécurité. Et il avait lancé l’idée d’une Europe de la défense qui n’avait pas connu, au moment où il l’avait exprimée, une très grande fortune (au sens d’un très grand succès) et qui aujourd’hui prend un caractère tout à fait essentiel face aux menaces, face aux guerres et face aussi au terrorisme. S’il y a une volonté que nous devons partager, c’est que l’Europe doit assurer davantage qu’aujourd’hui sa propre défense. La France y prend sa part.

Mais l’Europe doit être aussi concrète. Elle est un idéal mais elle doit être une traduction dans la vie quotidienne des Européens. C’est pourquoi nous avons voulu, Angela, Matteo et moi-même nous retrouver ici—nous l’avions déjà fait à Berlin—pour préparer le sommet de Bratislava, après la décision britannique de quitter l’Union européenne, pour que nous puissions donner une nouvelle impulsion. Cette impulsion doit prendre trois dimensions.

La première, c’est une dimension de sécurité ; l’Europe doit être un cadre de protection. Pour qu’il y ait de la sécurité, il faut qu’il y ait des frontières qui puissent être gardées. C’est la raison pour laquelle nous avons travaillé—et nous allons continuer à le faire—pour renforcer encore les gardes-frontières, garde-côtes pour l’Union européenne. Nous voulons également qu’il y ait davantage encore, même s’il y a eu des étapes importantes qui ont été franchies, des coordinations en matière de lutte contre le terrorisme et notamment pour le contrôle à l’intérieur-même de l’espace Schengen d’un certain nombre d’individus ; de faire en sorte que nos fichiers puissent être utilisés par tous et de contrôler davantage un certain nombre de communications qui concernent des opérateurs—c’est toute la question du chiffrement puisque nous voulons qu’il y ait un accès pour contrôler ceux qui utilisent un certain nombre d’opérateurs ou de sites pour se livrer à de la propagande djihadiste et à de la radicalisation.

J’ai insisté aussi sur la défense parce que nous voulons qu’il y ait davantage de coordination, là-aussi, de moyens supplémentaires et de forces de projection. Mais il n’y a pas que la défense pour assurer notre propre sécurité, il y a aussi le développement. Nous souhaitons nous voulons que vis-à-vis de l’Afrique, l’Europe puisse être davantage présente. Nos pays doivent eux-mêmes donner l’exemple à travers des mécanismes de financement et des politiques que nous pouvons mener, notamment par rapport aux pays du Sahel qui sont les plus touchés par l’émigration.

La seconde dimension, c’est la dimension économique. C’est vrai que le Brexit crée une incertitude ; c’est vrai qu’il y a eu au second trimestre un ralentissement de la croissance et nous devons lever autant qu’il est possible toutes les incertitudes et donner une impulsion supplémentaire. C’est pourquoi les programmes d’investissement, le plan JUNCKER pour nous, est une bonne référence et doit être non seulement être prolongé, amplifié. Nous devons multiplier les investissements privés, et publics avec des financements appropriés pour le numérique, pour les nouvelles technologies parce que c’est essentiel, et je n’oublie pas bien sûr la transition énergétique.

Enfin la troisième dimension, c’est celle de la jeunesse. Tout à l’heure, Matteo a évoqué ce que pourrait être l’avenir de ce qu’a été ce site, une prison. L’avenir, c’est un centre européen pour la culture et pour la jeunesse. Ce que nous devons faire, là encore, c’est amplifier les programmes Erasmus, permettre davantage de mobilité, davantage de découverte. Il faut que les Européens se connaissent encore plus qu’aujourd’hui, et donner aussi une part plus importante à nos investissements culturels. C’est la raison pour laquelle nous voulons que la jeunesse qui a encore des attentes très fortes à l’égard de l’Europe, puisse avoir des réponses y compris après le sommet de Bratislava—je pense également à la garantie jeunes, à tout ce qui contribue à l’insertion et à l’emploi.

Voilà le sens de cette réunion. Elle ne vise pas à décider pour les autres mais à nous faire prendre les responsabilités qui sont les nôtres. Nous sommes les grands pays de l’Union européenne. Nous n’avons pas à décider pour les autres, mais nous avons nous-mêmes à nous engager et c’est en nous engageant davantage que nous pourrons emmener l’Europe vers un avenir qui puisse être celui de son unité et de sa cohésion. Le risque majeur—cela vaut pour l’Europe comme pour d’ailleurs les nations—c’est la dislocation, la fragmentation, l’égoïsme, le repli, le retour. Alors nous avons cette responsabilité et nous la prenons aujourd’hui grâce à l’invitation de Matteo.

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