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“La France entend par sa diplomatie se situer au cœur du monde.”

Published on 2 septembre 2016

Discours du président de la République, M. François Hollande

Paris, le 30 août 2016

Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le président de l’Assemblée nationale,
Monsieur le président du Conseil constitutionnel,
Monsieur le ministre des Affaires étrangères qui êtes à l’initiative de cette conférence des ambassadeurs qui est devenue une tradition de l’été, ou plutôt de la fin de l’été, comme une rentrée,
Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs les ambassadeurs,

La France est un pays qui par sa place, sa diplomatie, sa défense, sa culture, les valeurs que nous portons a une responsabilité particulière dans le règlement des grandes questions de la planète et c’est encore plus nécessaire et plus vrai en cet été 2016 où le monde est confronté à de lourdes menaces.

La première est celle du terrorisme. Il a frappé la France ces derniers mois, mais aussi nos voisins européens et tant d’autres pays dans le monde, sur tous les continents.

La France mène ce combat à l’intérieur comme à l’extérieur, sur notre territoire et sur les théâtres d’opérations. Ce fut le sens—la lutte contre le terrorisme—de l’intervention de la France au Mali en 2013 et c’est encore le fondement de notre présence au Sahel à travers l’opération Barkhane.

C’est aussi la lutte contre le terrorisme qui a justifié en novembre 2014 la mission que j’ai confiée à nos forces dans le cadre de la coalition contre Daesh en Irak et en Syrie. En juillet dernier, j’ai d’ailleurs amplifié encore notre soutien aux forces irakiennes dans la perspective de la reprise de Mossoul.

Cette action menée de façon continue depuis 2012 porte ses fruits, l’Etat islamique est affaibli au Levant, il recule même s’il occupe encore des territoires et même s’il se livre encore à des massacres effroyables. Mais le plus grave est que Daesh se démultiplie ailleurs, en Libye, au Yémen, en Egypte, en Somalie, au Nigéria, avec Boko HARAM et même en Asie encore récemment au Bangladesh. Et je pourrais continuer la liste.

Le monde entier est donc concerné et le sera durablement. Notre devoir, c’est non seulement d’agir mais de nous préparer à cette guerre qui sera longue et de travailler avec l’ensemble de nos partenaires pour conjurer ce fléau.

La France a trouvé avec l’Europe une solidarité après les attentats de novembre 2015, je n’oublie pas que nos partenaires européens nous ont fourni des renforts qui nous ont permis de redéployer nos soldats là où nous en avions le plus besoin.

Depuis, nous continuons à agir avec nos partenaires européens pour coordonner nos services, coordonner nos fichiers et contrôler les déplacements des djihadistes. Parallèlement, nous avons intensifié notre coopération avec les Etats-Unis et les pays de l’Alliance Atlantique, et nous échangeons régulièrement avec la Russie et d’autres acteurs.

Mais si nous voulons porter un regard lucide, il n’y aura de lutte victorieuse contre le terrorisme que si les crises qui lui fournissent un terreau trouvent leur dénouement. Tel n’est pas le cas aujourd’hui.

La Syrie vit depuis 5 ans une tragédie épouvantable avec plus de 300 000 morts, 5 millions de réfugiés, 9 millions de déplacés. Alep, la deuxième ville de Syrie qui fut longtemps un symbole de culture et de liberté, est au moment où je parle assiégée, pilonnée, affamée, une catastrophe humanitaire de grande échelle est en cours. Il est donc plus que temps de faire cesser ce carnage et la France appelle ici immédiatement à la trêve. De même, il est établi, selon un rapport de l’ONU, que des armes chimiques ont été utilisées par le régime de Damas contre sa propre population, après 2013, alors même qu’en 2013 il y a déjà eu violation et utilisation des armes chimiques.

Il se trouve, mais cela n’excuse rien que Daesh peut également utiliser des armes chimiques, mais la preuve est administrée, le régime utilise des armes interdites pour bombarder sa propre population. Ces crimes ne peuvent pas rester impunis, et la France travaille à l’adoption d’une résolution du conseil de sécurité. Jean-Marc AYRAULT en a pris l’initiative pour condamner ces actes abominables, prévoir des sanctions contre les auteurs.

Et là-encore personne, je dis bien personne, aucun membre du conseil de sécurité, aucun membre permanent du conseil de sécurité n’a intérêt à ce que l’emploi des armes chimiques se banalise. J’appelle donc à ce que chacun prenne ses responsabilités.

Dès 2012, la France avait compris que le conflit syrien aurait de graves conséquences pour la Région, pour l’Europe et pour notre propre sécurité. Aujourd’hui la présence de plus en plus massive de forces étrangères à la Syrie démontre l’internationalisation du conflit. Depuis près d’un an, la Russie apporte son concours au régime de Bachar El Assad, qui utilise ce soutien pour bombarder des rebelles mais aussi des populations civiles, ce qui fait le jeu des extrémistes de tout bord.

Aujourd’hui, c’est la Turquie qui a décidé de déployer une partie de son armée sur le territoire syrien pour se défendre contre Daesh, ce qui peut parfaitement se comprendre après les attaques que ce pays a subi, pour contrôler sa frontière, mais aussi pour mener des actions contre les Kurdes, qui eux-mêmes, affrontent l’Etat islamique avec le soutien de la coalition.

Ces interventions multiples, contradictoires, portent des risques d’embrasement général. Aussi l’urgence absolue, c’est l’arrêt des combats et le retour à la négociation. Ce chemin vers la paix existe, c’est celui que défend la France depuis la réunion de Genève de juin 2012 et qui a été confirmée d’ailleurs par une résolution 2254 du Conseil de Sécurité en décembre dernier. Il implique la mise en place d’une autorité de transition et la négociation entre le régime et l’opposition. Cette approche n’a pourtant jamais véritablement et sérieusement été mise en œuvre. Le régime et ses soutiens croient toujours à une solution militaire alors que l’issue est politique. Et c’est une nouvelle fois ce que je dirais au Président POUTINE en marge du G20 et, si rien n’est arrivé d’ici là, à Paris lorsque je le recevrai en octobre prochain.

J’avais adressé le même message au Président ROHANI à Paris en janvier dernier, lorsqu’il est venu en visite, c’était la première fois depuis 17 ans que le Président iranien venait à Paris, c’était quelques mois après l’accord nucléaire avec l’Iran qui a été un succès pour la diplomatie, même si nous devons être extrêmement vigilants sur sa mise en œuvre.

La France souhaite que l’Iran, ce grand pays, réintègre pleinement la communauté internationale. Mais si l’Iran veut y parvenir, il doit contribuer à l’apaisement de la situation dans la Région. La France est prête à faciliter ce processus avec les pays du Golfe, chacun connaît les relations de confiance que nous avons su tisser avec ces pays.

Nous avons là une situation où notre médiation, notre intervention politique peut être utile. Nous avons le lien avec les uns et avec les autres : c’est le Yémen qui est dans un véritable chaos et nous devons convaincre les parties en présence de reprendre au plus vite les pourparlers.

C’est le même sens des réalités qui m’a conduit à établir avec le Président SISSI, une coopération en matière de défense et de développement économiques. L’Egypte est un acteur essentiel pour la stabilité de la Région directement confronté au terrorisme, notamment dans le Sinaï mais aussi indirectement touché du fait de sa longue frontière commune avec la Libye.

Or en Libye, les institutions se sont effondrées, les divisions se sont creusées, les milices armées ont prospéré et Daesh a fini par s’installer, notamment à Syrte.

Il est en train d’en être chassé, mais la solution c’est le rassemblement des Libyens autour d’un gouvernement d’Union Nationale. C’est dans cet esprit que j’ai invité le Premier ministre SARAJ à venir à Paris dans les prochains jours. Au-delà de la Libye, nous sommes bien sûr en soutien de la Tunisie, pays ami, pays qui a encore été frappé par le terrorisme et nous devons faire en sorte que tous les concours qui ont été promis à ce pays qui vient de former un nouveau gouvernement, puissent lui être apportés.

Au-delà la de la Libye et plus largement du Maghreb, l’Afrique est gravement touchée par l’insécurité qui nuit à son développement économique. Nous le voyons notamment au Nigéria, grand pays, 20ème économie du monde qui souffre du terrorisme. Et c’est pourquoi avec les pays riverains du lac Tchad, nous faisons en sorte de réduire l’influence de cette secte et de faire en sorte que ce qui avait été élaboré notamment à Paris, puis ensuite au Nigéria, cette force multinationale puisse être véritablement mise en œuvre contre ce système terroriste.

Mais la sécurité c’est aussi le développement, la France y apporte son concours et mobilise ses partenaires européens, ce fut le cas notamment à La Valette, l’année dernière, avec la création d’un fonds d’urgence. Mais s’agissant de la France, qui doit dans ce domaine montrer l’exemple, d’ici 2018 c’est 20 milliards d’euros sur 5 ans qui auront été investis en Afrique, au bénéfice des pays les plus pauvres.

Voilà ce que nous avons à faire. Notre première mission : lutter contre le terrorisme, contre les causes du terrorisme, contre les conséquences du terrorisme et notamment avec les réfugiés, agir pour régler les sources de ces conflits et donc prendre chaque fois notre place pour contribuer à la paix.

Au Proche-Orient, je constate à regret que les conditions ne sont toujours pas réunies pour une négociation directe entre Palestiniens et Israéliens. Or rien ne serait pire que le statu quo. La France a donc pris l’initiative de réunir à Paris, une conférence, c’était au début du mois de juin sous la présidence de Jean-Marc AYRAULT. Une méthode a été arrêtée. La priorité, c’est que le travail débouche sur des mesures concrètes qui pourront être proposées à la fin de l’année aux parties prenantes pour qu’ensuite elles et elles seules fassent le travail qui est attendu, c’est-à-dire la négociation et la solution dont on connaît les paramètres, deux Etats qui peuvent vivre en paix et en sécurité.

Mais la paix se joue aussi aux frontières de l’Europe. Nous avions perdu la conscience que le pire pouvait être possible y compris au plus près de ce que nous pensons être notre vie en commun dans l’Union européenne. Il y a 2 ans, les frontières ont été violées par une action de force, c’est un précédent extrêmement grave qui s’est produit. Là-encore, nous avons pris l’initiative, avec la chancelière Angela MERKEL, nous nous sommes investis pour tenter le règlement de la crise ukrainienne.

Je rappelle qu’elle a provoqué la mort de plus de 5 000 personnes et encore aujourd’hui, il y a des incidents qui touchent les populations civiles et les soldats. Les accords de Minsk sont sortis de ce processus que l’on a appelés le format Normandie, et ont constitué une étape majeure. Mais ces accords de Minsk tardent à être mis en œuvre et cet été la situation s’est brutalement aggravée, les risques d’une escalade sont élevés.

Nous avons donc, toujours avec la chancelière Angela MERKEL, veillé à prendre des contacts tout au long du mois d’août avec le Président ukrainien POROCHENKO et le Président POUTINE pour favoriser la reprise du dialogue. Nous nous fixons deux objectifs pour la fin de l’année : le premier, la sécurité, avec la démilitarisation progressive et l’établissement d’un véritable cessez-le-feu contrôlé et vérifié par l’OSCE. Le second objectif, c’est la tenue des élections à l’Est, dans le respect de la loi ukrainienne et des normes internationales. L’un ne va pas sans l’autre.

Les effets de la crise ukrainienne se font sentir sur les relations entre la Russie et les Etats membres de l’Europe, cette situation est à mes yeux éminemment dommageable, car elle est, d’abord d’un coût élevé pour les uns comme pour les autres, pour tous les acteurs, entrave de nombreux projets économiques en raison des sanctions, et donc nous avons tous intérêt à sortir le plus rapidement possible et le mieux possible de cette situation.

Il en va aussi de la relation qu’a la France avec la Russie, qui est une relation historique, forte, mais exigeante et qui l’a toujours été. Et même s’il y a l’Histoire qui nous unit, et même si la géographie pourrait sembler nous éloigner, il y a tant d’éléments qui justifient que nous puissions avec la Russie avoir un haut niveau de coopération. Alors, la France fait ce qu’elle doit pour favoriser le règlement d’un certain nombre de conflits, mais la Russie doit également prendre sa part. Je pense bien sûr à la crise ukrainienne que je viens de décrire, mais je pense aussi à ce qui se passe en Syrie où il est indispensable que la Russie puisse être un acteur de la négociation, et pas un protagoniste de l’action.

La France entend par sa diplomatie se situer au cœur du monde, du monde émergent comme du monde développé, comme du monde qui cherche à accéder aussi à la richesse, au moins à son partage. Avec la Chine, nous avons renforcé le partenariat stratégique global, notamment dans les domaines du nucléaire civil, mais aussi des infrastructures, du développement urbain et de la croissance verte. Je rappelle que la Chine et la France ont travaillé ensemble pour obtenir des avancées déterminantes sur le climat. La déclaration bilatérale que nous avions élaborée, le Président Xi JINPING et moi-même à la veille de la COP21, a permis de tracer les grandes lignes de ce qui allait devenir l’accord de Paris. Le lien entre la Chine et la France est donc fort, notamment sur cette question et j’aurai l’occasion encore de le vérifier lors de la réunion du G20 en Chine.

L’Inde a également accueilli la France comme invitée d’honneur lors de sa fête nationale. C’était un privilège qui témoigne de l’ampleur de notre coopération dans tous les domaines : la défense—chacun a à l’esprit un certain nombre de commandes—mais aussi en matière de nouvelles technologies. Avec le Premier ministre MODI, nous avons lancé en janvier à Delhi l’Alliance solaire internationale. Ségolène ROYAL fait en sorte que cette alliance puisse être la plus forte possible avec des technologies que nos amis Indiens sont en train d’élaborer.

Avec le Japon, nous partageons des valeurs communes et une même priorité donnée—je l’indique avant la réunion du G20—à la croissance et à l’innovation, mais aussi avec une même volonté de pouvoir porter des projets de développement vis-à-vis de l’Afrique. C’est ce que vient de faire le Japon et c’est une étape importante que le pays vient de franchir. Nous avons également des échanges culturels de très grande qualité. En 2018, pour les 150 ans de l’ère Meiji nous aurons un certain nombre d’initiatives à partager.

Je me rendrai dans quelques jours au Vietnam, ce sera la première visite d’un Président de la République française depuis 2004. L’objectif est la coopération économique avec l’Asie du Sud-Est dont la croissance est exceptionnelle, mais aussi la culture et la francophonie. Le Vietnam est un pays francophone. Là encore, il y a une histoire tumultueuse qui nous relie à lui mais qui fait que nous sommes aussi conscients de ce qui peut être un facteur commun, y compris avec des compatriotes d’origine vietnamienne, très intéressés par ce qui peut se produire aujourd’hui en Asie du sud-est.

Si je regarde un peu plus loin, vers l’Océanie et le Pacifique, avec l’Australie (et je n’oublie pas la Nouvelle-Zélande), notre relation a aussi pris cette année une ampleur nouvelle avec le choix du gouvernement australien de confier à DCNS la construction de douze futurs sous-marins. C’est un contrat qui va unir nos deux pays pour des décennies, ce qui, là encore, permet de comprendre ce qui est à l’œuvre dans cette partie du monde où la France est regardée, y compris par sa présence dans l’Océan Pacifique et également pour son rayonnement et sa contribution à la sécurité.

Dans un autre continent, l’Amérique Latine, la France également est très attendue. Je l’ai constaté lors de la tournée que j’ai effectuée cette année au Pérou, en Argentine, en Uruguay. Des tournants majeurs sont en train de se produire en Amérique Latine. D’abord, à Cuba, qui entrevoit la fin de l’embargo américain qui pèse depuis trop longtemps sur l’île. Je rappelle que j’ai été le premier chef d’Etat occidental à me rendre à Cuba puis à recevoir Raul CASTRO à Paris, lequel a été particulièrement utile pour favoriser l’accord historique conclu entre le gouvernement colombien et les FARC, mettant un terme à un conflit vieux de cinquante ans, qui a fait plus de 250 000 victimes.

Souvenons-nous de ce qui s’était produit en termes d’otages, je pense à Ingrid BETANCOURT.

J’ai félicité le Président SANTOS pour ce succès. La Colombie a fait un choix courageux, qui sera—je l’espère—ratifié par son peuple. La France est aux côtés de la Colombie pour mettre en œuvre cet accord.

L’Amérique Latine connaît néanmoins des situations préoccupantes. Au Brésil, malgré la réussite des Jeux olympiques, la crise politique est venue s’ajouter aux difficultés économiques. La France fait confiance aux institutions et au peuple brésilien pour surmonter ces épreuves qui ne pourront être réglées durablement que dans le respect du Droit.

J’ai également le souci de ce qui se passe au Venezuela, il y a de fortes tensions qui peuvent, là encore, dégénérer. Nous appelons à la reprise du dialogue entre le gouvernement et l’opposition pour éviter des affrontements qui seraient tragiques pour ce pays et pour la Région.

Le rôle de la France—au-delà de ce qu’elle peut faire dans l’ensemble des continents du monde, des relations qu’elle peut établir avec les pays avec lesquels elle a décidé ou depuis longtemps, ou plus récemment, de coopérer ou d’intensifier sa relation—est de contribuer à réguler la planète. Le G20 se tient d’ici quelques jours en Chine. Notre objectif est de définir des règles du jeu au plan international : règles de transparence, de coopération, de développement, de croissance. Notre objectif est de mettre en cause aussi un certain nombre de pratiques, notamment fiscales ou sociales qui altèrent les conditions de l’échange.

Je vais être clair : la France refuse une mondialisation sans règles où des modèles sociaux sont mis en compétition et nivelés par le bas, où les inégalités s’accroissent. Mais je suis tout aussi clair : la France est pour l’ouverture des échanges, mais sur la base de la réciprocité, de la transparence, du respect des biens publics, l’environnement, la culture. Et c’est pourquoi, sur ces bases-là, la France a pu approuver l’accord entre l’Europe et le Canada.

En revanche, les discussions, en ce moment même, sur le traité entre l’Europe et les Etats-Unis—TAFTA pour les uns, TTIP pour les autres, Traité transatlantique—ces discussions ne pourront pas aboutir à un accord d’ici la fin de l’année. La négociation s’est enlisée, les positions n’ont pas été respectées, le déséquilibre est évident. Alors le mieux est que nous en fassions lucidement le constat et plutôt que de prolonger une discussion qui, sur ces bases ne peut pas aboutir. Mieux vaut faire en sorte que nous puissions avertir les uns et les autres que la France ne pourra pas approuver un accord qui aura été ainsi préparé, sans les bases indispensables pour une conclusion positive. La France préfère regarder les choses en face et ne pas cultiver une illusion qui serait celle de conclure un accord avant la fin du mandat du Président des Etats-Unis.

Pourtant il y a des possibilités que la communauté internationale puisse se retrouver sur des enjeux essentiels. Nous avons été capables, notamment à Paris—c’était au mois de décembre, Laurent FABIUS présidait la COP—d’avoir un accord sur le climat. Il est très important de passer des promesses aux actes. La présidente de la COP, Ségolène ROYAL, agit dans ce sens. Nous avons un rendez-vous en novembre à Marrakech et je m’y rendrai pour faire un point d’avancement de toutes les initiatives qui ont été annoncées à Paris.

Mais la première urgence, c’est l’entrée en vigueur de l’accord avant la fin de l’année et c’est loin d’être acquis. C’est pour cela que je vous demande, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, de redoubler d’efforts pour inciter vos pays de résidence à ratifier l’accord avant la réunion de Marrakech. La France a fait son travail. Le Parlement—le Premier ministre s’y était engagé avec la ministre de l’Environnement—a adopté ce texte le 9 mars dernier. J’en remercie ici aussi bien l’Assemblée nationale que le Sénat. Les instruments de ratification sont prêts à être déposés. Le Parlement européen se saisira de cette question en octobre. Alors tous les pays européens, je dis bien tous les pays européens, doivent ratifier cet accord avant la fin de l’année.

Je souhaite également qu’au G20, les Etats-Unis et la Chine confirment leur volonté de ratifier. Mais pour que nous puissions mobiliser toutes les bonnes volontés, une réunion sera organisée le 21 septembre à l’Assemblée générale des Nations Unies pour accélérer le processus.

La deuxième urgence, c’est le rehaussement du niveau d’ambition de décarbonation des économies. La France, là-aussi, a montré l’exemple avec la loi relative à la transition énergétique. Mais nous devrons aussi sur le prix du carbone être en avance et c’est ce que nous allons faire dès cette loi de Finances. Nous allons également proposer à nos partenaires européens un corridor qui permette d’assurer la décarbonation des économies.

La troisième urgence, c’est l’accès de l’Afrique aux énergies renouvelables, l’accès de tous les habitants d’Afrique à l’électricité. C’est un élément fondamental de la justice climatique.

Dix milliards de dollars ont été mis sur la table, deux ont été apportés par la France que nous devons mettre en œuvre. Ségolène ROYAL s’est rendue dans une vingtaine de pays africains et à la Banque Africaine de Développement pour recueillir la liste des projets attendus, éolien, solaire, hydroélectricité, géothermie, etc. Le rapport sera remis, comme prévu, au Secrétaire général des Nations Unies le 20 septembre et je participerai à une réunion des pays africains à cette occasion-là. Nous avons un devoir moral à l’égard de l’Afrique. Des promesses ont été faites, des financements ont été rassemblés, l’urgence est là et la France fera en sorte que nous puissions être à la hauteur des engagements qui ont été pris.

Nous avons été capables, je l’ai dit, de réussir un événement diplomatique considérable avec l’Accord de Paris, mais il n’a jamais été regardé comme une conclusion, comme un aboutissement mais comme le début d’un processus. Pour ceux qui doutaient de l’urgence, cette année a été la plus chaude jamais enregistrée depuis l’élaboration des statistiques climatiques et avec son cortège de catastrophes.

Le combat pour la planète, c’est aussi celui du développement, nous devons honorer—je l’ai dit—la promesse de 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020, pour lutter contre le réchauffement climatique. Là aussi, la France doit être exemplaire. Nous avons donc rehaussé notre contribution financière, le budget de l’aide publique au développement a augmenté en 2016, 106 millions d’euros et en 2017—les arbitrages ont été faits par le Premier ministre et par moi-même—nous aurons une nouvelle hausse de l’aide publique au développement pour être à la hauteur de nos engagements.

Aujourd’hui, la moitié de la taxe sur les transactions financières est notamment affectée à la lutte contre le réchauffement, nous irons au-delà l’année prochaine pour qu’une part encore plus substantielle de la taxe puisse être affectée à ces objectifs. Nous avons d’autres décisions qui vont bientôt aussi être connues. D’abord, la fin du processus de rapprochement entre la Caisse des Dépôts et l’Agence Française de Développement, dont nous allons célébrer le 70ème anniversaire.

Je rappelle que c’est le Général de GAULLE qui avait eu cette intuition, y compris pendant les heures les plus sombres, pour que nous puissions dire aux pays qui s’engageaient à nos côtés et qui n’étaient pas tous, à ce moment, indépendants, que nous serions là à travers cette Agence.

Les fonds propres de l’Agence vont être augmentés d’ici la fin de l’année et sa capacité d’intervention passera de 8 milliards à 12 milliards. Au mois de novembre le Premier ministre, Manuel VALLS, convoquera un comité interministériel pour la coopération internationale et le développement et, à cette occasion, la France se dotera de nouveaux moyens d’action pour les pays les plus vulnérables.

Par ailleurs j’ai décidé de maintenir, malgré toutes les contraintes qui sont les nôtres, la contribution de 360 millions d’euros par an au fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, pour la période 2017-2019. C’est très important que la France soit là encore conforme aux paroles qu’elle a pu prononcer. C’était déjà Jacques CHIRAC qui avait voulu que nous puissions avoir cette volonté avec UNITAID—je salue ici Philippe DOUSTE-BLAZY—parce que c’était ce que la France voulait montrer, qu’elle était capable. Ensuite nous avons pu maintenir à haut niveau cette contribution pour le Fonds sida.

Le rayonnement de la France est également sa capacité à promouvoir la culture. En ces temps où l’obscurantisme menace, où nous devons défendre la diversité, le dialogue des civilisations, c’est finalement notre premier devoir. La victoire sur la barbarie ne sera pas seulement militaire ou politique, elle sera aussi morale, spirituelle, culturelle.

A l’initiative de la France et des Emirats Arabes Unis, une grande conférence ministérielle pour la protection du patrimoine de l’Humanité—celui qui est en danger—se tiendra à Abu-Dhabi au mois de décembre prochain. Jack LANG est chargé de son organisation. Notre objectif est que la communauté internationale, les grands musées du monde, les mécènes de tous horizons, prennent des engagements concrets : lutter contre le trafic des biens culturels, mais aussi créer les conditions d’un asile pour les œuvres qui sont menacées et réhabiliter les sites détruits.

Sur un autre terrain, celui de la démocratie et de la transparence—mais qui contribue également à la promotion de nos valeurs—la France accueillera le 4e Sommet mondial du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert. Soixante-dix pays sont représentés, la société civile y est largement associée et là l’objectif est de promouvoir la participation citoyenne et la démocratie.

Ce qui est, dans toutes ces initiatives, en cause—je le disais—c’est le rayonnement de la France, c’est la volonté qui nous anime pour porter la grande idée de la francophonie.

La francophonie, c’est bien plus que la défense d’une langue qui n’est pas seulement la nôtre et qui est celle parlée par de plus en plus de locuteurs dans le monde. Il s’agit également d’une vision, d’une conception même de la planète, de son organisation, de ses valeurs. C’est un message que nous adressons au nom de la liberté et des droits. C’est pour cela que le Sommet de la francophonie au mois de novembre prochain à Madagascar sera l’occasion de prendre de nouvelles initiatives. Mais il n’y a pas de francophonie si les Français eux-mêmes n’y contribuent pas. Ce ne sont pas forcément les plus vaillants à le faire, mais ils doivent prendre conscience que la diversité linguistique est un atout, pas simplement pour notre pays mais pour le développement de beaucoup de continents. A cet égard, je veux saluer tout ce qui est fait par nos personnels d’enseignement dans les lycées et les établissements scolaires à l’étranger. Je veux également souligner combien nos représentants des Français de l’étranger, les Français de l’étranger dans leur ensemble, contribuent également au rayonnement de la France, à la francophonie, à la culture et à l’économie.

Combien de fois suis-je allé, dans les pays que je visite, rencontrer les Français de l’étranger, avec une diversité là aussi très grande, de doubles nationaux, là depuis toujours et qui aiment la France sans avoir à craindre de perdre pour autant le lien qui les unit avec leur pays d’origine ? Mais aussi, des acteurs économiques qui se dévouent pour la promotion de nos exportations et des jeunes, beaucoup de jeunes, qui s’engagent, soit pour des actions de volontariat, soit pour aller vers les entreprises ou vers la culture ou l’action humanitaire. Je veux saluer cette mobilisation de la France, de toute la France, pour les valeurs que nous portons.

Le grand sujet qui va nous mobiliser encore pendant ces prochains mois, peut-être même ces prochaines années, c’est l’avenir du continent européen. Ce qui s’est produit avec le Brexit, ce n’est pas une crise de plus, c’est la crise-même de l’Union européenne. La campagne du référendum britannique a montré où pouvait conduire la tentation souverainiste et a illustré les arguments que les populistes utilisent partout—pas simplement au Royaume-Uni, pas seulement en Europe, même aux Etats-Unis—pour prôner le repli et pour utiliser les peurs. Ce processus-là mine la construction européenne et conduit inexorablement à la dislocation et au retour aux frontières nationales si nous n’y mettons pas un coup d’arrêt.

Il faut prendre conscience de ce qui est en cause. Nous avons toujours l’habitude de penser que ce que nous avons connu pourra toujours demeurer : la démocratie, l’Europe, les valeurs, la laïcité. Nous avons toujours imaginé que ce qui a été sera, mais non, c’est un combat, c’est une lutte et cela suppose d’en avoir l’exacte conscience pour se mobiliser en conséquence.

Nous avons eu une autre illustration de ce que pouvait, hélas, ne pas faire l’Europe, ou faire de manière désordonnée : l’afflux de réfugiés en 2015 qui a révélé des fractures profondes au sein de notre continent. Il a conduit certains pays à se refermer, d’autres à s’ouvrir, pour ensuite constater—et c’était la position de la France, elle méritait d’être entendue dès le départ—qu’il fallait tout simplement, mais c’était déjà un choix courageux, protéger nos frontières extérieures, assurer le respect de l’espace Schengen, pour accueillir ceux qui devaient l’être et raccompagner ceux qui n’avaient pas de droit à pouvoir prétendre vivre en Europe et le faire dignement, de le faire solidairement et de le faire efficacement.

Alors, rien ne sera possible en Europe si la confiance n’est pas retrouvée. Confiance des peuples—beaucoup ne comprennent plus le sens du projet européen—confiance entre les Etats qui voient l’Union soit comme un excès de discipline, soit comme un excès de solidarité. Confiance envers les institutions européennes, dont les procédures—mais cela ne vaut pas que pour l’institution européenne—ne sont plus adaptées à l’urgence de la période. Une nouvelle impulsion est donc nécessaire.

Arrive le Sommet de Bratislava, le 16 septembre. C’est l’occasion d’en poser les bases politiques, avec une feuille de route pour les prochains mois. Il y a, à mes yeux, deux enjeux essentiels pour l’avenir de l’Europe : la protection des citoyens et la préparation de l’avenir. C’est ce qui peut permettre de retrouver une confiance et un sens. Ce n’est pas une négociation institutionnelle dont nous n’aurons pas besoin, c’est de changements profonds et concrets.

Je soumets donc cinq propositions pour le Sommet de Bratislava.

La première est un plan pour la protection des frontières extérieures de l’Europe. C’est une nécessité absolue pour la sécurité, c’est ainsi que nous pourrons maîtriser l’immigration et accueillir dignement ceux qui relèvent du droit d’asile. Cela passe par un contrôle systématique de chaque entrée et de chaque sortie et par le déploiement de nouveaux gardes-frontières européens et la France a pris, là encore, sa part de responsabilité.

La deuxième proposition concerne la défense européenne. C’est un sujet qui est vieux comme l’Europe, mais il se fait que, par l’Histoire, nous n’avons pas commencé par la défense, mais par l’économie et ensuite par la monnaie. Il est sans doute maintenant temps d’inverser le processus, non pas de remettre en cause ce que nous avons fait, mais de se dire que ce qui fait une solidarité c’est d’abord de nous préserver dans ce que nous avons d’essentiel et de pouvoir agir, comme la France le fait à sa place, pour maîtriser le destin du monde et le nôtre. Alors l’Europe doit se doter de toutes les capacités militaires, des ressources industrielles nécessaires, pour construire son autonomie stratégique et je propose qu’un fonds européen de sécurité et de défense puisse être constitué. Puis, à terme, les Etats qui veulent souscrire à des objectifs plus ambitieux pourront constituer une coopération structurée permanente, elle est prévue par les traités.

La troisième proposition, c’est l’investissement pour l’avenir. Il y a eu le plan Juncker et je veux saluer ce qu’a été l’initiative du Président de la Commission européenne. Je propose aujourd’hui de doubler le plan Juncker en le prolongeant, pour la recherche, pour la formation, pour les infrastructures numériques et énergétiques.

Dans la zone euro, nous avons besoin d’une harmonisation fiscale et sociale. Il n’est pas possible d’avoir la même monnaie, d’avoir les mêmes disciplines s’il y a des distorsions qui demeurent et qui empêchent la construction d’un véritable espace commun.

J’ai fait la proposition, elle n’est pas nouvelle, d’une capacité financière supplémentaire pour la zone euro. La zone euro a des projets qui lui appartiennent et qu’elle doit absolument financer par ses moyens propres.

La quatrième proposition est d’agir pour que nous puissions lutter ensemble contre le dumping social et fiscal et pouvoir aller plus loin pour faire payer l’impôt aux grandes multinationales du numérique qui viennent ici nourrir de la valeur, parfois la capter, sans jamais restituer le bénéfice que ces grandes sociétés constituent dans les pays où justement cette richesse a été créée.

Enfin, la dernière proposition, c’est que l’Europe doit donner un espoir à la jeunesse. Si la nouvelle génération ne croit plus en elle, il n’y aura plus d’Europe. Alors il y a des éléments qui permettent à cette jeunesse de penser que la mobilité, la libre circulation est un atout, mais pour qui et pour combien ?

Il y a Erasmus qui était déjà élargi aux apprentis. C’est bien mais nous devons aller beaucoup plus loin. Tout jeune devrait pouvoir accéder à un programme européen, réaliser une mobilité pour une formation, pour un emploi, pour un engagement civique, pour découvrir le patrimoine en Europe, pour l’engagement climatique.

La jeunesse européenne a besoin d’espérance et surtout quand des avancées qui avaient été celles de l’histoire, sont remises en cause.

Justement, la décision du peuple britannique de sortir de l’Union européenne n’est pas une décision conjoncturelle, elle n’est pas une décision de circonstance et nous ne devons pas forcer le choix qu’ont fait les Britanniques, nous devons simplement le respecter. Cette décision est irréversible et nous devons en tirer les conséquences.

Le Royaume-Uni ne pourra plus, une fois sorti, participer aux décisions européennes. Qui pourrait le comprendre ? Le Royaume-Uni ne pourra pas non plus accéder au marché intérieur, sauf s’il en accepte les quatre libertés, c’est-à-dire notamment la liberté de circulation, s’il accepte l’ensemble de la régulation, et même la contribution budgétaire.

Je sais bien que ce sont des décisions difficiles à prendre pour le Gouvernement de Theresa MAY. Elle demande du temps, un délai pour préparer la négociation, sans doute, mais le délai d’évocation de l’article 50 ne pourra pas être prolongé au risque de provoquer incertitude et instabilité. Ce qui ne serait ni bon pour le Royaume-Uni, ni acceptable pour l’Europe.

Pour la France tout doit être conclu d’ici 2019. C’est le temps que nous devons laisser pour la préparation et surtout pour la négociation.

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, c’est en restant fidèle au message que la France porte un message de respect, un message d’ouverture, un message de solidarité, un message de démocratie et de liberté et que la France pourra continuer à être écoutée, respectée et attendue.

A l’heure où l’extrémisme prospère sur les peurs, y compris chez nos plus grands partenaires, à l’heure où d’autres voudraient nous faire douter de notre destin collectif, je préfère dire cette évidence que je constate depuis que je suis aux responsabilités de la France. Le monde sait—peut-être plus que les Français eux-mêmes—ce que représente la France. Pas simplement parce qu’elle est la patrie des droits de l’Homme, pas seulement parce qu’elle a toujours été aux côtés des pays qui luttent pour leur liberté, mais parce qu’elle est capable de parler à tous, de prendre des initiatives. Car elle ne conçoit pas son rôle de membre permanent du Conseil de sécurité pour empêcher, pour arrêter—même si cela peut être parfois nécessaire—mais tout simplement pour agir, pour trouver des solutions politiques aux crises.

Alors, céder sur nos valeurs serait non seulement une régression pour notre Etat de droit, mais aussi un risque pour notre cohésion nationale, même si nous connaissons l’ampleur de la menace. Ce serait surtout un discrédit pour notre influence internationale.

La France est forte quand elle est elle-même, pas quand elle se défigure. Alors face à l’intolérance, à la haine, à l’obscurantisme, la France n’a à renoncer à rien de ce qu’elle est. Elle a les moyens d’agir, à l’intérieur par la force du droit, à l’extérieur par notre diplomatie et la force de nos armées mais elle a également les moyens d’agir par l’économie.

Je veux saluer toutes les entreprises qui se mobilisent pour nos exportations, je veux saluer aussi tous ces chercheurs, ces innovateurs qui nous permettent de faire valoir la technologie française dans le monde. Je veux également souligner le rôle des artistes, des créateurs qui permettent justement que la France soit toujours attendue, admirée. Je veux également souligner cette capacité d’accueil qui est la nôtre.

Une France qui se fermerait ; une France qui dirait que les étudiants étrangers n’ont plus à venir travailler ici travailler ; une France qui serait en doute par rapport à ce qu’elle peut faire dans la mondialisation et qui n’aurait de cesse que de regarder comment elle peut se fermer ou s’enfermer ; cette France-là ne serait pas conforme à notre Histoire et n’aurait pas d’avenir.

La France a toujours considéré que son rôle était, au-delà de la défense de ses intérêts, d’être utile au monde, à la paix, au développement et à la préservation de la planète. Nous l’avons montré. Ce qui restera dans l’Histoire, avec cet accord sur le climat, ce n’est pas simplement qu’il ait eu lieu au moment même où la France était frappée par le terrorisme et où tous les pays voulaient ici marquer leur solidarité, c’était un geste très important. Cet accord restera parce qu’il va maintenant se traduire partout et qu’il va changer le monde. La France doit toujours avoir cette espérance en son sein de pouvoir changer le monde.

Tel est le fondement de la politique extérieure que je conduis depuis plus de quatre ans. Hier avec Laurent FABIUS, aujourd’hui avec Jean-Marc AYRAULT et le Gouvernement de Manuel VALLS. Une politique extérieure que vous contribuez à mettre en œuvre dans tous les pays où vous avez l’honneur de représenter la France.

Vive la France, vive la République.

Discours du ministre des Affaires étrangères et du Développement international, M. Jean-Marc Ayrault

Paris, le 2 septembre 2016

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames les Ambassadrices et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Alors que l’édition 2016 de la semaine des ambassadeurs touche à sa fin, il me revient de tirer avec vous les principaux enseignements. Dans le foisonnement et la richesse de nos débats, j’espère que vous avez trouvé les éclairages qui vous permettront de porter le message d’une France lucide sur l’état du monde, mais mobilisée dans la recherche des réponses aux grands défis auxquels elle fait face. J’en remercie les organisateurs, à commencer par le secrétaire général Christian Masset, Hervé Dejean de La Batie, toute son équipe et toutes les équipes.

Lorsque le président de la République m’a confié en février dernier la mission de diriger notre diplomatie, j’avais pleine conscience de la difficulté du moment. 2016 a apporté son lot de tragédie et exposé notre pays aux conséquences dévastatrices du terrorisme. Bien sûr, comme vous, nos pensées vont à toutes les victimes, à tous les membres de leur famille qui vivent cette tragédie dans leur cœur et aussi parfois, dans leur chair. L’année écoulée a aussi confirmé les profonds désordres du monde qui ont vu prospérer les crises. Je ne reviendrai pas sur chacune d’entre elles, le président de la République a exposé la manière dont la France les appréhende.

Le constat, c’est celui de leur diversité et de la variété de leurs origines. Certaines trouvent leur source au sein-même des sociétés et des systèmes politiques des États, d’autres sont le fruit de tensions sociales sur fond de difficultés économiques et des adaptations brutales qu’elles génèrent, provoquant la hantise du déclassement. La mondialisation bouleverse les cadres traditionnels et avivent les inquiétudes identitaires. Les populismes en Europe, aux États-Unis ou ailleurs s’en nourrissent et mettent au défi nos démocraties représentatives. Les affrontements géopolitiques classiques ressurgissent, ils donnent parfois l’illusion nostalgique d’une puissance retrouvée. Pourtant, les rapports de force ont profondément changé, sous le coup de l’affaiblissement des États et de l’émergence d’acteurs, qui tentent de remettre en question les ordres régionaux - c’est le cas de Boko Haram - ou de faire peser une menace à l’échelle mondiale, comme y parvient Daech. La diffusion des technologies leur offre d’ailleurs un moyen encore plus efficace.

Le bouleversement des rapports de force brouille les cartes et aussi les repères. La montée en puissance des pays émergents est moins linéaire qu’on aurait pu l’imaginer il y a quelques années, elle ne comble pas le vide laissé par un nouvel effacement des États-Unis, notamment au Moyen-Orient.

Les points d’ancrages sont fragilisés, contribuant à rendre le monde plus instable et moins prévisible. L’effet d’attraction de l’intégration européenne pâtit des doutes des Européens eux-mêmes, les BRICS, dont certains sont en crise, ne parviennent pas vraiment à construire leur unité. Aux États-Unis, un candidat aux élections présidentielles propose des ruptures radicales qui inquiètent le monde entier.

Les normes et les institutions sur lesquelles repose l’ordre international sont affaiblies par une contestation sans précédent. Les mécanismes de sécurité collective ne jouent plus suffisamment leur rôle de protection, comme c’est tragiquement le cas en Syrie. L’universalité des droits de l’Homme est remise en cause, les tendances populistes favorisent les dérives autoritaires, voire autocratiques, ainsi qu’une forme plébiscitaire de légitimité, laissant peu de place au contre-pouvoir. Elles promeuvent une conception absolue de la souveraineté.

Enfin, notre monde est un monde d’inégalités. En Europe et aux États-Unis, la poursuite d’un modèle économique qui privilégie la rémunération croissante du capital sur celle du travail accroît les écarts. Conjuguer à une révolution du numérique faiblement créatrice d’emplois, cette évolution pèse sur les classes moyennes et les plus modestes, laissées à la tentation des extrêmes.

Dans les pays émergents, le ralentissement de la croissance freine les processus de modernisation politique et de transformation sociale. Alors que le double défi des inégalités et de la pauvreté demeure, l’Afrique est confrontée à un modèle économique encore trop dépendant des exportations de ses matières premières. Tous ces éléments aboutissent à tracer les contours d’un monde incertain et, face à l’incertitude, il n’y a pas de place pour le découragement. Il n’y a pas de place pour la résignation, c’est toute la force de la France dans les situations les plus difficiles, ne jamais renoncer. Vous le savez bien, c’est précisément pour cette raison que notre pays est attendu et respecté. C’est parce que la France a une relation solidaire au monde que, lorsqu’elle est frappée au cœur par la barbarie abjecte du terrorisme, un élan planétaire de sympathie se manifeste.

Votre mission, Mesdames et Messieurs, c’est d’être fidèles à l’engagement de notre pays en faveur de la paix, fidèle à notre pays en faveur de la construction d’un monde plus juste et solidaire, offrant la possibilité à tous les peuples de trouver le chemin d’un développement durable, fidèles à l’engagement de notre pays en faveur des valeurs universelles de liberté qui, en dépit du relativisme ambiant, n’ont rien perdu de leur sens. C’est dans cet esprit que vous avez reçu, il y a quelques jours, des orientations pour renforcer notre action de promotion des droits de l’Homme qui n’est en rien incompatible avec la défense de nos intérêts, y compris économiques.

Car, j’en suis convaincu, notre identité est profondément liée aux valeurs issues des Lumières qui sont aussi les valeurs de notre République. De par le monde, nombreux sont ceux à s’être approprié les trois mots de notre devise nationale - liberté, égalité, fraternité - qui constituent une promesse de progrès pour les peuples. Nous ferions preuve d’esprit de responsabilité si, dans nos débats internes, nous prenions garde à ne jamais l’oublier. Certains d’entre vous sont les témoins de l’impact dévastateur à l’étranger des emballements dont notre vie politique est capable. Il est urgent de retrouver un peu de sérénité. Je lance un appel à un sursaut de raison et de comportement. C’est ainsi qu’il sera possible de revenir à l’essentiel et d’engager le débat des idées. Le risque d’interdire, c’est de stigmatiser et de finir par rejeter. Ce n’est pas la France, et quand la France rejette, elle ne règle aucun problème, notamment pas celui de l’intégration. Elle n’est plus en phase avec elle-même.

Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,

Dans un monde incertain, nos valeurs sont d’un grand secours, je viens de le rappeler. Elles demeurent notre force et nous incite à poursuivre un grand dessein. C’est l’Europe.
Cette Europe a dû faire face, en quelques années, selon l’expression de Jean-Claude Juncker, à une « polycrise » qui l’a mise à l’épreuve : crise financière, crise économique, crise sécuritaire, crise des réfugiés, crise humanitaire. À chaque fois, elle a su trouver les réponses, même si, à force de sommets de la dernière chance, le processus a souvent occulté le résultat.

De même, la capacité à décider s’est considérablement améliorée. Qui aurait parié sur un accord en moins de six mois en vue de la création d’un corps européen de garde-frontières qui a été évoqué, en particulier par la France, depuis dix ans ?

Il reste cependant beaucoup de chemin à parcourir. La mise en œuvre doit notamment devenir une véritable priorité politique, car ce dont l’Europe a trop longtemps souffert, c’est de décisions sans impact concret, donnant l’impression d’une impuissance collective. Rien d’étonnant qu’au fil du temps, la confiance des peuples ait fini par s’éroder.

Cette perte de confiance, le résultat du référendum britannique en a révélé l’ampleur. La décision du peuple britannique est une décision grave liée au Royaume-Uni par une amitié historique. La France aurait préféré continuer à construire l’unité européenne avec lui, mais le peuple britannique a tranché et sa décision doit être respectée. Rien ne serait pire pour l’Europe et pour nos démocraties que de laisser perdurer l’incertitude. C’est pourquoi les autorités britanniques doivent tirer les conséquences de ce vote, en activant la procédure prévue par le Traité pour organiser une sortie ordonnée du Royaume-Uni de l’Union européenne.

C’est de cette manière, dans la clarté et dans le respect mutuel, que l’Europe aura surmonté une épreuve qui pèse d’abord sur le Royaume-Uni. Naturellement, il convient d’examiner avec méthode comment préserver, dans une nouvelle configuration, l’apport de nos deux pays à la place et au rôle de l’Europe dans le monde. Ce travail, la France s’y prépare.

De même, comme je l’ai dit aux ambassadeurs allemands à Berlin lundi dernier, je ne crois pas que notre analyse de la situation de l’Union européenne doit être surdéterminée par le résultat du référendum britannique, parce que d’abord, ce vote tient pour beaucoup, à des facteurs propres au Royaume-Uni et notamment à sa politique intérieure. Ensuite parce que, contrairement aux pronostics, cette décision ne s’est pas accompagnée d’un reflux de l’idée européenne mais a rendu, au contraire, de nombreux Européens conscients de leur attachement fondamental à l’Europe. L’Union européenne aurait donc tort de surestimer l’impact de la sortie du Royaume-Uni et a intérêt à rester ferme dans ses principes, ainsi qu’à retrouver l’envie d’une ambition commune. Pour l’Europe, le principal enjeu est en fait de parvenir à ce que l’Union à 27 soit plus forte que celle des 28 moins1.

Avant même le référendum britannique, la nécessité d’un sursaut avait justifié que je prépare avec mon collègue allemand Franck-Walter Steinmeier, une contribution sur la relance du projet européen, et c’est bien l’objet du débat qui s’est engagé et qui doit donner lieu, le 16 septembre prochain, à l’adoption d’orientations claires lors du sommet de Bratislava. Là aussi nous y travaillons. Le président de la République en a rappelé nos objectifs : protection des frontières extérieures de l’Europe, contrôle du territoire européen face aux menaces, nouvelle impulsion à la défense européenne, doublement du plan Juncker en faveur d’un modèle de croissance reposant sur l’investissement dans les industries de demain, renforcement de la justice sociale et de l’équité fiscale, amplification des programmes pour la mobilité et l’emploi des jeunes.

C’est en se concentrant sur ces priorités que l’Europe répondra aux aspirations des citoyens et regagnera leur confiance. C’est ainsi que les Européens reprendront pleinement conscience que l’intégration de notre continent est une expérience historique unique au monde qui continue à apporter paix et prospérité.

Je crois profondément que les évolutions du monde, la menace du terrorisme, la peur du déclin appellent à la construction d’une Europe qui protège. Je sais que le slogan n’est pas nouveau mais il ne doit pas relever de l’incantation, ni se traduire par la tentation du repli. Aujourd’hui, il convient de montrer qu’il s’inscrit dans la continuité de l’unification de notre continent et surtout de passer à l’acte.

L’Europe doit d’abord protéger ses citoyens en se donnant les moyens d’assurer sa sécurité, de reprendre le contrôle de ses frontières extérieures, d’apporter les réponses aux désordres du monde. Cela ne veut pas dire qu’il faut fermer les frontières et remettre en cause Schengen. C’est un acquis historique de la construction européenne. Nous savons pertinemment que notre combat commun contre le terrorisme exige bien au contraire de renforcer la coopération avec nos partenaires.

L’Union européenne vient de se doter d’une stratégie globale de sécurité. À nous de la mettre en œuvre par des capacités à conduire des opérations, des mécanismes dans cette perspective, l’investissement des États membres dans leur outil de défense et dans le développement de nos industries. Mais surtout, nous avons besoin d’une Europe de la volonté politique pour apporter sa contribution au règlement des conflits qui la menacent, et c’est ainsi que nous construirons une véritable union de défense et de sécurité.

L’Europe qui protège, c’est aussi une Europe qui est capable de promouvoir son modèle social et donc ses intérêts. Pour leur développement international, nos entreprises ont besoin de règles qui découlent du cadre multilatéral ou des accords commerciaux négociés avec les pays tiers. Il faut les consolider, mais l’Europe ne peut pas être la seule à en payer le prix. Ainsi, un partenariat transatlantique n’est concevable que s’il aboutit à un véritable équilibre des concessions et à la pleine réciprocité, sinon, il n’y aura pas de traité avec les États-Unis. L’exemple du Traité avec le Canada montre que lorsque l’on s’en donne les moyens, c’est possible.

Au sein de l’Union européenne, la libre circulation des travailleurs peut et doit être compatible avec la lutte contre le dumping social. Comme l’a rappelé hier le Premier ministre Manuel Valls, c’est tout l’enjeu de la négociation en cours sur le détachement des travailleurs. Sur tous ces sujets il nous faut avancer. Avec l’Allemagne d’abord, parce que nos deux pays ont su se dépasser pour permettre l’intégration de notre continent et qu’ils conservent leurs forces d’entraînement. Avec nos autres partenaires ensuite, parce que l’Europe a besoin d’unité et que nous avons tout à gagner à renforcer notre dialogue avec tous les Européens. Avec Harlem Désir, nous comptons sur vous pour y contribuer, que vous soyez en poste dans un État membre ou dans un pays tiers.

Dans un monde incertain, notre engagement pour la paix est notre boussole. Membre permanent du Conseil de sécurité, la France y contribue par sa capacité à parler à tous. C’est bien entendu le cas en Afrique du Nord et au Moyen-Orient dont la proximité rend les convulsions aussi existentielles pour la France que pour l’Europe.

Regardons les choses en face. La sécurité de cette région est notre sécurité, et cette sécurité est menacée par Daech qui prospère sur le terreau des instabilités et des frustrations. La guerre que nous livrons contre Daech, qui nous l’a déclarée, nous la gagnerons, pas seuls parce que nous faisons partie d’une coalition qui compte des alliés proches et solidaires. Mais si la France est particulièrement ciblée et paie un si lourd tribut, c’est parce qu’elle est la France, parce qu’elle incarne une certaine idée de la tolérance, du dialogue, du vivre ensemble. Toutes ces valeurs qui font notre fierté et qui sont à l’opposé de l’obscurantisme mortifère de cette organisation, nous, nous n’y renoncerons jamais.

Alors que Daech recule sur le terrain, l’enjeu est aussi de nous préparer à gagner la paix. Et nous n’y parviendrons pas par la seule voie militaire mais par la recherche de solutions politiques et la négociation. En Syrie, en Libye, comme entre Israël et la Palestine, c’est particulièrement le cas.

Dans une Syrie dévastée où Daech et le régime de Bachar al-Assad rivalisent dans l’horreur, les armes ne règleront pas ce conflit. Personne ne gagnera cette guerre et, quoiqu’il arrive, après cinq ans d’atrocités et plus de 300.000 morts, le régime syrien ne pourra pas survivre à cette tragédie. Bachar al-Assad ne pourra plus jamais gouverner ce pays en paix car, malgré la lueur d’espoir suscitée par l’annonce d’une cessation des hostilités, le régime et ses soutiens se sont enfermés dans une spirale de la violence qui empêche le cessez-le-feu et entrave l’aide humanitaire.

La Russie et l’Iran alimentent cette logique qui conduit à l’impasse. Une nouvelle dimension kurde est en passe de s’ajouter à une guerre civile déjà si complexe. Le sacrifice de la population d’Alep est un drame qui heurte les consciences et qui doit à tout prix être arrêté.

Soyons cohérents, tenaces, déterminés.

Le rapport des Nations unies sur l’utilisation d’armes chimiques nous engage à mettre chacun face à ses responsabilités et à revenir à une solution politique. Donnons une chance à la paix, c’est le sens que la France entend donner à ses efforts au conseil de sécurité. Ce que nous souhaitons, c’est une condamnation claire de ces crimes dans le cadre d’une résolution sous chapitre VII plaçant sous sanctions leurs auteurs.

En Libye, la menace terroriste et la prolifération des trafics constituent également des défis urgents. Malgré le scepticisme, le gouvernement d’entente nationale s’est mis en place sous la direction de Fayyez Sarraj, dont je salue à nouveau le courage.

Pour éradiquer Daech, il lui faut désormais prendre le contrôle de toutes les institutions et de l’ensemble du territoire. Mais il lui faut trouver un compromis avec le parlement de Tobrouk et le général Haftar. La France est prête à soutenir ses efforts, notamment en liaison avec les puissances régionales, à commencer par l’Égypte.

Au Proche-Orient, d’aucuns pensent que la situation entre Israël et la Palestine, qui se dégrade pourtant chaque jour, n’est pas la priorité du moment ; c’est une erreur car il n’y aura pas de paix dans la région sans un règlement du conflit qui nourrit la violence et la propagande des radicaux de tous bords. Il est de notre devoir de ne pas nous résigner. Il fallait donc prendre l’initiative. Et la présence d’une trentaine de nos partenaires à Paris le 3 juin dernier nous a donné raison. Certes, le chemin est encore très long. Le plus difficile, réunir autour d’une même table Israéliens et Palestiniens, reste à faire. Mais déjà la France est parvenue à remettre le processus de paix à l’ordre du jour. Elle a réussi, grâce à ses efforts, à remobiliser la communauté internationale, les initiatives de certains partenaires parfois modestes mais réelles, comme les États-Unis, l’Égypte et la Russie en témoignent. La France ne se résignera pas et fera tout pour atteindre l’objectif d’une conférence avec les parties d’ici la fin de l’année.

Je redis à nos amis Israéliens et Palestiniens : si vous croyez vraiment que la solution des deux États est la seule possible, osez la mettre en œuvre, prenez le risque de la paix. C’est un choix difficile qui nécessite des compromis douloureux. Il n’y a pas d’alternatives, la France et la communauté internationale seront à vos côtés.

Il y aurait beaucoup d’autres conflits à évoquer, notamment les tensions à l’est de l’Ukraine que l’Allemagne et la France s’emploient à dissiper dans le cadre du format Normandie. À cet égard, le cessez-le-feu obtenu à l’occasion de la rentrée scolaire doit être respecté et peut servir de base à des progrès sur la mise en œuvre du volet politique de l’accord de Minsk.

Dans le Donbass et ailleurs, notre capacité à établir un dialogue avec la Russie est en jeu et, pour la France, la Russie est un partenaire et un grand pays qui aspire légitimement à jouer son rôle sur la scène internationale. Notre intérêt est de faire en sorte que nos efforts convergent et, lorsque ce n’est pas le cas, de ne pas hésiter à assumer nos divergences pour mieux travailler à rapprocher nos points de vue. Il n’y a pas d’autres voies, notamment si nous voulons trouver une solution en Syrie. Mais il faut être conscient qu’il ne suffit pas de proclamer une alliance avec Moscou pour qu’elle produise des miracles. De même, la levée des sanctions, nous la souhaitons ; elle ne pourra résulter que de la mise en œuvre des engagements pris par la Russie dans le cadre des accords de Minsk.

Et je souhaite que nous continuions les grands partenariats que nous avons tissés en quelques années sur les continents américain et asiatique. Avec, à l’esprit, les intérêts à long terme de la France, l’émergence économique et politique de ces régions peut paraître aujourd’hui freinée par le ralentissement de la croissance et par la lenteur des évolutions dans les domaines de la démocratie et des droits de l’Homme, mais je reste convaincu que les opportunités économiques et le rôle politique que l’Asie et l’Amérique latine sont appelés à jouer à l’échelle du monde justifient que nous continuions à bâtir avec ces deux régions des partenariats solides dans la durée.

Quelques mots enfin sur l’Afrique, qui est à la fois terre de croissance, d’innovation, d’accession à la classe moyenne mais aussi trop souvent fragilisée par une démographie mettant sous tension économie et société, à laquelle s’ajoute une faiblesse chronique des États. Sur ce continent, également, les groupes terroristes en profitent dans le bassin du Lac Tchad, au Sahel ou dans la Corne de l’Afrique. Au Mali et en Centrafrique, la France a pris ses responsabilités. Elle l’a fait dans bien d’autres pays, comme récemment au Burundi en jouant tout son rôle au conseil de sécurité.

Nos efforts pour convaincre qu’il ne peut pas y avoir de développement sans sécurité commencent à porter leurs fruits et, en particulier, au niveau de l’Union européenne. Mais, au-delà, ma conviction est que les destins de l’Afrique et de l’Europe sont intimement liés. L’Europe ne réussira pas si l’Afrique échoue. Il est donc essentiel d’accompagner nos partenaires africains dans la concrétisation de leurs aspirations : aspirations à la démocratie et au respect des droits de l’Homme ; aspirations à rattraper le retard économique et à créer les opportunités qui rendront inutiles les départs de leurs jeunes sur les routes migratoires ; aspirations à tirer les bénéfices de la mondialisation et, au total, à faire décoller le développement économique et social.

C’est toute l’importance de la relance de notre politique de développement. Les succès historiques du sommet sur les objectifs du développement durable et de la COP21 en sont la base.
Notre diplomatie a œuvré en donnant le meilleur d’elle-même, elle doit rester totalement mobilisée. L’an dernier, le président de la République avait souhaité accroître à hauteur de 4 milliards d’euros supplémentaires par an d’ici 2020 l’activité de l’agence française de développement, dont la moitié pour le climat. Parallèlement, pour donner corps à notre priorité en faveur des plus fragiles, il avait décidé d’allouer 400 millions supplémentaires par an à la même échéance sous forme de dons.

Avec André Vallini, nous sommes heureux de confirmer que la mise en œuvre de ces engagements a commencé. Grâce à la réforme de l’AFD, que conduit avec énergie son nouveau directeur général, grâce aussi aux 85 millions d’euros de crédits supplémentaires pour notre aide publique que j’ai obtenus dans le cadre du projet de loi de finance pour 2017. Ces évolutions me semblent justifier pleinement, comme l’a annoncé le président de la République, une nouvelle réunion du CICID.

Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,

Les évolutions du monde et les défis qui en découlent pour notre diplomatie ont un impact direct sur les femmes et les hommes qui la font vivre. Ils se traduisent par une transformation du métier de diplomate, oblige à mobiliser de nouvelles compétences, exige un engagement sans cesse renouvelé. Je sais, vous le constatez chaque jour, à votre contact, à la centrale comme dans le réseau, que cet engagement est partagé par tous les agents de notre ministère avec dévouement, professionnalisme et passion.

Au cours de ces dernières années, le ministère a connu de profondes mutations pour s’adapter aux nouveaux enjeux, moderniser le service public et contribuer à l’effort de maîtrise de la dépense publique. Plus de la moitié des mesures qui avaient été identifiées dans le cadre du projet MAEDI 21 ont, par exemple, été mises en œuvre sous le pilotage du secrétaire général. Nos opérateurs ont été réformés dans le sens d’une plus grande cohérence et d’une meilleure efficacité. L’importance cruciale de la transparence sera rappelée à l’occasion du sommet du partenariat pour un gouvernement ouvert, que la France accueillera à la fin de l’année.

De toutes ces réformes, le ministère sort renforcé. L’élargissement de son périmètre nous permet de disposer pour la première fois de tous les leviers de l’action extérieure. Et les propositions découlant du Livre blanc pour un partenariat avec les collectivités territoriales ont pour ambition de renforcer la cohérence de l’action internationale de la France au-delà du rôle de l’État. Il s’agit d’autant plus d’un motif de satisfaction que nos interlocuteurs reconnaissent l’apport de ces évolutions et, notamment, les entreprises.

La diplomatie économique demeure la priorité, vous en êtes conscients puisque vous y consacrez en moyenne 40% de votre temps.

La deuxième édition, lundi, de votre rencontre avec les entrepreneurs a été une nouvelle occasion de nouer des relations directes avec des PME, des TPE, des ETI, dont je forme le vœu qu’elles débouchent sur des courants d’affaires, des contrats et des emplois.

Malgré une conjoncture peu favorable, marquée par un ralentissement mondial, une stabilisation de l’euro et des cours du pétrole qui repartent à la hausse, notre commerce extérieur se redresse. Alors qu’il atteignait 75 milliards d’euros en 2011, notre déficit a été ramené à 45 milliards en 2015. C’est le fruit des réformes engagées dès 2012 qui ont permis d’améliorer la compétitivité de l’industrie française. C’est également le résultat de nos efforts pour structurer les filières industrielles et conduire une action déterminée de promotion des exportations.

Avec Matthias Fekl, nous voulons que Business France facilite l’internationalisation des PME et des ETI, en simplifiant, en rendant plus lisible notre dispositif de soutien, en lien étroit avec tous les acteurs, chambres de commerce et d’industrie comme conseillers du commerce extérieur. Davantage d’entreprises devraient ainsi pouvoir être accompagnées dans leurs projets, avec l’objectif qu’elles soient plus nombreuses à exporter. Elles étaient 117.000 en 2011, elles étaient 125.000 en 2015. Je compte sur vous pour poursuivre avec ardeur tout ce qui a été engagé.

S’il existe un secteur de notre économie qui a souffert des attentats, nous le savons tous, c’est d’abord le tourisme. Après 2015, où le cap des 85 millions de touristes a été franchi, 2016 sera sans doute marqué par une baisse de la fréquentation internationale. C’est aussi le résultat d’une conjoncture de facteurs, y compris la dégradation du contexte économique de plusieurs pays d’origine. Mais doit-on pour autant renoncer d’attirer cent millions de touristes par an à l’horizon 2020 ? Je suis persuadé du contraire. D’abord parce que notre pays fait preuve d’une résilience exemplaire, les résultats dans les régions étant globalement stables en dépit de l’attentat de Nice. Ensuite, parce que les clientèles françaises et européennes se sont souvent maintenues, que certains marchés lointains ont progressé et que certaines activités ont remporté un grand succès. La meilleure réponse est donc là : c’est la mobilisation.

Et pour faire face à la situation préoccupante à Paris, j’ai mis en place un comité d’urgence économique pour le tourisme, je le réunirai à nouveau dans les prochains jours. Avec la maire de Paris et la région, j’ai lancé une campagne de promotion de la destination Paris, qui vient d’être étendue à d’autres régions et dotée de moyens supplémentaires. Et notre travail ambitieux pour mieux structurer une filière industrielle sera poursuivie au-delà de l’urgence et à l’occasion de la deuxième conférence annuelle du tourisme que je présiderai à l’automne avec les professionnels.

Votre rôle est évidemment essentiel. Grâce à vos réseaux, vous avez la capacité - en lien avec Atout France - d’éviter que ne se propage à l’étranger une image déformée de la réalité de notre pays. Je compte sur notre dynamisme et votre enthousiasme. Dans un monde confronté au fanatisme et à la violence l’engagement de la France sur les grands enjeux de civilisation est essentiel. Le président de la République a évoqué la conférence internationale d’Abou Dabi sur la protection du patrimoine en danger au succès de laquelle vous contribuerez.

Au quotidien, notre diplomatie d’influence favorise le dialogue des cultures. Notre action culturelle extérieure a elle aussi considérablement évoluée, en particulier ces dernières années. Face à la concurrence, nous avons développé une approche globale et intégrée dans une vision nouvelle du continuum entre enjeux culturels, scientifiques et économiques. Nos services et instituts ont vu leurs missions s’élargir à l’exportation de nos industries créatives, à la gastronomie, à la diplomatie sportive ou avec CampusFrance à l’attractivité étudiante. Là encore votre rôle a consisté, tel un chef d’orchestre, à mobiliser nos outils d’influence parmi tous les leviers de notre action extérieure.

Dans ce formidable réseau culturel auquel j’associe les établissements scolaires relevant de l’AEFE, je souhaite que nous poursuivions avec force la promotion des valeurs de tolérance, d’humanisme et d’ouverture. Le succès de nombreuses initiatives dans notre réseau et à Paris pour favoriser le débat d’idées est à l’image de la vitalité du dialogue intellectuel international. Je vous invite donc à accueillir partout dans le monde, intellectuels, chercheurs, artistes et citoyens engagés, Français et Francophones, à la deuxième nuit des idées qui sera coordonnée le 26 janvier prochain par l’Institut français. La culture est essentielle pour l’influence et le rayonnement de la France. Vous pouvez compter sur mon engagement total.

La réaffirmation de la culture sert aussi la cause de la lutte contre la radicalisation. Il appartient au ministère d’y contribuer et c’est l’objet de la stratégie internationale que nous venons de présenter et qui doit désormais être mis en œuvre. Nous pouvons nous réjouir de voir une diplomate occuper une fonction importante dans ce domaine.

Compte tenu du foisonnement de la concertation internationale, je souhaite charger un ambassadeur de coordonner nos efforts en matière de lutte contre le terrorisme et représenter la France dans les réunions consacrées à ce sujet.

Dans chacun de vos pays, il est essentiel que vous fassiez remonter toutes expériences dont nous pourrions nous inspirer, et à l’inverse, que vous expliquiez nos meilleures pratiques.
Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs, je ne voudrais pas terminer sans évoquer nos moyens.

Je suis conscient des efforts qui ont été accomplis par cette maison pour contribuer, c’est légitime, à la maîtrise des dépenses publiques. En 2017, il y aura encore des économies mais d’un niveau conforme aux mesures de rationalisation, de modernisation et de bonne gestion que nous avons déjà engagées. Dans la procédure budgétaire, mon principal objectif consistait à ne pas aller au-delà des suppressions d’emplois que nous avions acceptées dans le cadre du triennium et j’y suis parvenu. Ce qui permet notamment d’éviter, comme vous l’a annoncé le secrétaire général, une nouvelle vague de transformation dans nos ambassades en poste de présences diplomatiques.

Plus encore, j’ai obtenu 62 millions supplémentaires en faveur de la sécurité. Ils seront consacrés à la sécurisation de nos réseaux à l’étranger, y compris nos écoles et lycées, à la sécurité des communautés françaises comme à la lutte contre le terrorisme. 67 emplois seront ainsi créés.

Pour la première fois depuis de nombreuses années, les crédits gérés par la direction de la coopération de sécurité et de défense augmenteront. Les moyens du centre de crise et de soutien, dont les compétences reconnues lui valent de piloter la cellule interministérielle d’aide aux victimes, activée en cas d’attentat, seront aussi renforcés. Cette priorité à la sécurité me paraît justifiée : la transformation du service de la sécurité diplomatique en direction à part entière. Je demande au secrétaire général et à la directrice générale de l’administration et de la modernisation d’y travailler sans délai. Au total, pour la première fois depuis plusieurs années, l’augmentation des crédits consacrés à la sécurité et à l’aide publique au développement permettront au budget du ministère, d’augmenter.

Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,

Il me reste à vous exprimer ma gratitude pour le travail que vous accomplissez chaque jour, vous et vos équipes, sur tous les fronts et dans des conditions parfois périlleuses. Vous méritez la reconnaissance de la Nation.

Face au désordre et à la complexité du monde, votre tâche est sans cesse plus difficile. La meilleure façon de l’affronter est l’exemplarité. Exigence collective d’abord, parce que c’est ce qu’attendent les agents de ce ministère : nos méthodes de travail doivent encore évoluées, notamment dans la perspective d’une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie privée. De nombreux progrès ont été faits et je me réjouis notamment de compter parmi nos chefs de poste 48 ambassadrices, soit deux fois plus qu’il y a cinq ans. Inlassablement nous devons continuer à lutter contre toutes les discriminations, tous les archaïsmes quels qu’ils soient.

L’exemplarité c’est aussi une exigence individuelle parce que nous représentons la France et que nous incarnons ses valeurs. Elle doit s’accompagner d’une indispensable ouverture à la société qui permettra de mieux faire comprendre qui nous sommes et ce que nous faisons. Ainsi nos compatriotes pourront appréhender le travail remarquable, accompli jour après jour, par tous les agents de cette maison au service des intérêts de la France. Car ce qui nous unit, c’est notre amour pour la France, cette fierté pour ce qu’est notre pays, cette passion de la servir partout où vous l’incarnez.

Vive la République et vive la France.

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