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« La France, un pays innovant et attractif pour l’investissement. »

Published on 1er octobre 2016
Intervention de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international, devant la chambre de commerce américaine en France - AMCHAM (Paris, le 29 septembre 2016)

spip_logoMadame l’Ambassadrice, Chère Jane Hartley,
Monsieur le Président de la Chambre de Commerce américaine en France, Cher Robert Vassoyan,
Mesdames et Messieurs les Présidentes et Présidents,
Mesdames et Messieurs,

Merci d’être là ce matin, c’est un moment important, un moment d’échanges avec des chefs d’entreprises et des cadres dirigeants qui ont choisi la France pour développer leurs activités. Il y a une semaine, jour pour jour, j’échangeais à New York avec vos homologues français aux États-Unis, les conseillers du commerce extérieur de la France. Nous avons eu des échanges très utiles et très fructueux que je vais prolonger avec eux à l’occasion de leur congrès qui se tiendra dans quelques jours à Deauville.

Ce que je peux affirmer ici, parce que c’est une évidence que vous connaissez bien, c’est que nos économies, celles des États-Unis et de la France, sont étroitement liées. Les États-Unis sont devenus, en 2015, le deuxième client de la France et sont depuis de nombreuses années le premier investisseur étranger en France. La présence des entreprises américaines dans notre pays est massive et créatrice d’emploi : plus de 4.800 entreprises employant 460.000 salariés. Plus de 1.200 filiales américaines en France exportent une partie de leur production, pour un montant de 30 milliards d’euros. Ce qui me permet d’affirmer et de réaffirmer que la France est un pays ouvert, innovant et attractif pour l’investissement.

En 2015, la France a été le troisième pays d’accueil en Europe des investissements étrangers. Elle occupe la première place pour les projets d’investissement dans l’industrie. Elle attire en outre davantage les acteurs de la finance : Paris est la première place en Europe continentale pour la gestion d’actifs. Je rappelle ces éléments parce qu’on entend beaucoup de caricatures et de préjugés sur la France, et que c’est mon devoir non seulement de défendre la France, mais aussi de vous défendre pour le choix que vous avez fait de travailler dans notre pays.

Quant à la participation de la France au développement économique des États-Unis, elle est très importante car la première destination des IDE français, avec 153 milliards d’euros fin 2013 en stock, ce sont les États-Unis. Ce sont 3.500 filiales d’entreprises françaises qui sont implantées aux États-Unis et y emploient plus de 600.000 personnes.

Il y a une réciprocité et ces chiffres témoignent de la qualité de notre relation commerciale bilatérale. Mais il ne s’agit pas de s’en satisfaire et nous voulons et pouvons faire mieux et plus. L’attractivité, je le sais, est notre priorité commune. Et votre Chambre de commerce est à cet égard une source très utile de recommandations, notamment à travers les baromètres régulièrement publiés sur l’attractivité française, que nous étudions avec attention.

Comment améliorer encore les conditions de l’investissement en France ? Je veux bien sûr vous entendre à ce sujet et je compte sur vous pour essayer de m’aider. Je participe régulièrement au Comité stratégique de l’attractivité de la France, qui a été mis en place il y a plusieurs années lorsque j’étais Premier ministre. C’est un moment important pour étudier quelles sont les conditions qui permettraient de rendre cette attractivité plus forte, plus lisible et plus simple.

Le premier chantier que nous avons lancé c’est l’accélération de la simplification administrative. Nous avons pris des mesures concrètes, notamment pour faciliter les échanges commerciaux à travers des procédures simplifiées—je pense à la dématérialisation des démarches douanières à l’export. Nous avons aussi travaillé à faciliter la circulation et l’entrée en France de salariés d’entreprises étrangères, c’est le cas avec la délivrance accélérée des visas. Plus largement, nous avons cherché à simplifier l’activité économique elle-même, par exemple en ce qui concerne les régimes d’autorisation pour les grands projets énergétiques. Les résultats de ces efforts sont déjà perçus par les entreprises. Nous les accentuerons encore, et plus ce sera simple, plus ce sera efficace.

Nous avons lancé aussi, depuis 2013, des chantiers de modernisation et de simplification du droit du travail qui permettent d’assouplir, d’adapter et de le faire aussi davantage par la méthode de la négociation et du dialogue social. Je pense que cela permet de prendre en compte la spécificité de certaines situations d’entreprises. Hier soir, je recevais les entreprises du secteur du numérique et c’est un point sensible pour elles que cette souplesse, qui ne doit pas être interprétée comme un recul des droits des salariés. C’est une autre approche, c’est une méthode différente et je pense qu’elle est nécessaire.

Le troisième chantier vise à stimuler l’innovation et le numérique. La France est reconnue à l’étranger pour sa capacité à innover. Le gouvernement s’est attaché à garantir une spécificité française, qui est un atout pour notre attractivité, qui est le crédit impôt recherche. Clair et simple, ce crédit n’est pas conditionné et c’est un atout très important pour notre compétitivité.

Récemment, je discutais avec le responsable des chantiers navals de Saint-Nazaire, qui fabriquent des bateaux de croisière magnifiques. Il rappelait les atouts qui lui ont permis de réussir. D’abord, les atouts de l’entreprise elle-même, qui a su se réorganiser et améliorer sa compétitivité et sa capacité d’innovation, en offrant la meilleure technologie et le meilleur savoir-faire. Dans le même temps, il s’est félicité de la baisse du coût du travail, des mises en place du CICE et du crédit impôt recherche et aussi des lois qui lui permettent de négocier, depuis 2013, des accords de compétitivité avec les partenaires sociaux dans l’entreprise. C’est intéressant que cette entreprise internationale implantée à Saint Nazaire ait su relever le défi du renouveau industriel par sa propre énergie et que, dans un contexte favorable, elle ait pu se développer. Et les armateurs américains n’ont pas manqué de passer des commandes à cette entreprise française

Un rapport réalisé par Capgemini et Altimeter au début de l’été montre que Paris occupe la troisième position, derrière la Silicon Valley et Londres, dans le classement des pôles mondiaux d’innovation. Pour John Chambers, patron de Cisco : « la France est la Silicon Valley de l’Europe ». Il y a des choses concrètes qui illustrent ces atouts avec, notamment, la décision de Facebook de choisir Paris en juin 2015 pour l’installation de son centre de recherche sur l’intelligence artificielle. C’est le choix aussi d’Alexion, spécialisée dans les biotechnologies et le traitement des maladies rares, qui a inauguré en juin 2015 son premier centre de recherche et développement hors des États-Unis à Paris, au sein de l’Institut Imagine de l’hôpital Necker.

Pour innover, nous devons aussi attirer toujours plus de talents en France. Je voudrais citer ce chiffre car la France veut être de plus en plus accueillante pour les étudiants étrangers. En 2015—c’est une première—, la France a dépassé le nombre de 300.000 étudiants étrangers, devenant ainsi le troisième pays au monde en la matière. L’objectif défini par la France et les États-Unis en 2014 est de doubler la mobilité étudiante entre nos deux pays d’ici 2025. Cette année, 17.000 étudiants américains sont accueillis en France et 8.300 étudiants français aux États-Unis.

Nous avons également décidé de faciliter l’insertion professionnelle des étudiants étrangers sur notre territoire. C’est le sens du « Passeport talents » qui, depuis mars 2016, facilite l’arrivée en France de hauts potentiels étrangers. C’est également dans cet esprit qu’a été développé le « French Tech Ticket », programme d’attraction de startupers étrangers. Sa première promotion de 50 lauréats—dont 7 Américains—, est actuellement hébergée au sein d’incubateurs à Paris. Ils seront 200 pour l’édition 2017.

La French Tech, c’est aussi le soutien à l’internationalisation de nos jeunes pousses. À ce sujet, j’ai eu l’occasion de mesurer la semaine dernière tout le potentiel et le dynamisme de la communauté French Tech de New York en visitant une start-up française, Datadog, installée dans la tour du New York Times. Ce sont deux jeunes créateurs qui continuent d’avoir un bureau de recherche et développement en France et, dans le même temps, sont à New York où ils ont un potentiel de développement avec, notamment, un accès aux financements très performant. Aujourd’hui, ils dirigent 250 personnes et c’est une entreprise très récente. Voilà une illustration de ce qui peut être fait grâce aussi au talent. Ces jeunes patrons de start-ups m’ont dit que, pour la formation des ingénieurs, ils trouvaient que le modèle français de formation est plus performant que le modèle américain.

Nous sommes aussi engagés pour attirer en France les fonctions stratégiques. La perspective du Brexit place cette question sous un jour nouveau. Les entreprises ont dès à présent besoin de visibilité. Et nous nous devons d’apporter des solutions concrètes à celles qui s’interrogent quant à leur éventuelle implantation en Europe. Notre message est clair. Nous sommes disposés à accueillir de nouvelles entreprises et nous offrons des conditions particulièrement attractives dans cette perspective.

Je le rappelle, nous avons consacré 40 milliards d’euros à la baisse du coût du travail, et nous avons aussi cette perspective de l’harmonisation du taux de l’impôt sur les sociétés en Europe. Actuellement, le taux français est de 33,3% et nous voulons le ramener à 28% pour les petites et moyennes entreprises, en 2017, puis pour toutes les entreprises d’ici 2020. Hormis l’Irlande, c’est le taux moyen que l’on retrouve en Europe et, en particulier, dans la zone euro. Et, avec la Commission européenne, il y a un travail effectué sur l’assiette de l’impôt sur les sociétés, car il n’y a pas que le taux, mais il y a aussi les bases sur lesquelles sont appliqués ces impôts.

Nous allons prochainement mettre en place un guichet unique, pour accompagner très concrètement les entreprises dans leur choix d’implantation et leur donner l’information et l’appui nécessaires. Ce guichet unique sera animé par notre opérateur Business France, la Région Ile-de-France, la Ville de Paris, la métropole du Grand Paris et la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Par ailleurs, le gouvernement s’est engagé à accompagner les régions pour construire de nouveaux lycées internationaux.

Concernant le Brexit, il ne faut pas prendre le risque d’un accord à la va-vite mais, en même temps, il ne faut pas perdre de temps. Je vais à Londres cet après-midi et je vais rencontrer mon homologue, Boris Johnson, que je vois souvent—même si ce n’est pas forcément lui qui est en charge directement des négociations de sortie de l’Union européenne. Il y a un besoin de clarification de la position britannique et je ne suis pas sûr qu’elle soit totalement arrêtée. Nous pensons que c’est à la fois de l’intérêt des britanniques et de l’Union européenne d’engager ces négociations le plus vite possible et dans la plus grande clarté. Tout en respectant les grands principes qui sont ceux du marché unique européen. Il ne s’agit pas de revenir en arrière. Les 27 chefs d’État et de gouvernement qui se sont réunis à Bratislava, il y a quelques jours, l’ont rappelé. Il y a quatre libertés fondamentales que nous voulons à tout prix garder : la liberté de circulation des personnes, c elles des capitaux, des marchandises et des services. Ces quatre libertés ne sont pas négociables. Il faut partir de ces bases pour négocier le Brexit. Et Boris Johnson me disait très clairement « nous assumons le Brexit, donc nous allons le faire ». Cela se fera, et cela doit se faire en bon ordre et dans la clarté.

C’est d’autant plus important que pour les Britanniques qui souhaitent négocier des accords bilatéraux de libre-échange, ils sont dans l’incapacité de le faire tant qu’ils n’ont pas clarifié leur position juridique avec l’Europe. Seule l’Union européenne négocie.

Et j’en viens à une autre négociation, c’est celle dite du TTIP. Le gouvernement américain, le président Obama, mon homologue, John Kerry, poussent car ils veulent aller vite. Nous ne pouvons pas aller plus vite que le rythme qui a été arrêté jusqu’à présent parce que le compte n’y est pas. Aujourd’hui nous sommes dans l’incapacité de signer cet accord. Si l’on veut un bon accord, alors il faut un accord de réciprocité, équilibré et qui réponde à la feuille de route qui a été adoptée à l’unanimité par le Conseil européen. Feuille de route qui comporte un certain nombre de critères que les Européens se sont donnés et que l’on doit pouvoir retrouver dans la conclusion de la négociation. Nous en sommes loin.

Nous n’allons pas conditionner la conclusion d’un accord à l’élection présidentielle américaine. Ce n’est pas possible et tout le monde l’admet, y compris aux États-Unis maintenant. Je vois que, dans la campagne américaine, la question du TTIP est une question qui provoque des prises de position, y compris de la part de la candidate démocrate. Ce n’est pas simple et il faut davantage de transparence dans les négociations commerciales internationales mais, soyons clairs, la France n’est pas opposée à des accords de libre-échange. Et je prends un exemple que je considère comme positif, c’est l’accord qui a été négocié avec le Canada. On va rentrer dans la phase de ratification et la position française est claire : c’est un bon accord. Il a fallu du temps pour y arriver et il y a un équilibre qui a été trouvé entre les intérêts des uns et des autres et un certain nombre de critères qui avaient été fixés ont été respectés.

Aussi, on peut négocier mais il faut le faire dans de bonnes conditions et nous allons poursuivre nos efforts, je crois que c’est nécessaire.

Voilà, Mesdames et Messieurs, Madame l’Ambassadrice, Monsieur le Président, quelques mots que je voulais vous dire avant de vous laisser la parole.

Merci et bienvenue encore.

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