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Irak – Réunion de haut niveau pour la stabilisation de Mossoul

Published on 20 octobre 2016
La France et l’Irak ont co-présidé une réunion ministérielle visant à garantir les conditions d’une paix durable à Mossoul dans le pays, le 20 octobre 2016 à Paris.

La réunion de Paris s’est tenue à un moment décisif de la campagne des forces irakiennes et de la Coalition internationale pour défaire l’organisation terroriste Daech, alors que les opérations de libération de la ville de Mossoul et de sa région viennent d’être lancées.

La réunion a rassemblé les pays et organisations suivants : Allemagne, Arabie Saoudite, Bahreïn, Canada, Chine, Corée, Egypte, Emirats Arabes Unis, Etats-Unis, Espagne, Iran, Italie, Japon, Jordanie, Koweït, Oman, Pays-Bas, Qatar, Royaume-Uni, Turquie, ainsi que les Nations unies, l’Union européenne et la Ligue arabe.

Les participants à la réunion ont salué le courage des forces armées de la République d’Irak et des Peshmergas, ainsi que des membres des différentes forces armées de la Coalition qui les appuient. Ils ont également rappelé la mémoire des combattants tombés dans la lutte contre Daech (l’armée et la police irakiennes, les forces de la mobilisation populaire et tribale et les Peshmergas), et les sacrifices considérables endurés par la population irakienne.

Les participants à la réunion ont souligné le parcours remarquable accompli par l’Irak face à Daech depuis l’été 2014 et la formation de la Coalition internationale : le coup d’arrêt donné aux offensives du groupe terroriste, puis les contre-offensives des forces coalisées et les victoires successives enregistrées depuis un an sur l’adversaire. Ils ont réaffirmé leur attachement à l’unité, à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de l’Irak. Ils ont exprimé leur solidarité et leur détermination pour continuer à appuyer, à sa demande, l’Irak, dans le plein respect de sa souveraineté, dans la lutte contre Daech et pour la libération de Mossoul.

Convaincus que la destruction de Daech en Irak contribuera à débarrasser le monde de cette menace, ils ont souligné leur détermination à ce que les opérations de libération de Mossoul, planifiées et conduites par l’Irak avec le soutien de la communauté internationale, garantissent avec la plus grande efficacité possible la neutralisation des terroristes.

La réunion a permis de rappeler l’impérieuse nécessité de mettre tout en œuvre pour garantir, dans le respect des droits de l’Homme et du droit international humanitaire, la protection des populations civiles, aujourd’hui victimes de la barbarie de Daech et encore piégées dans Mossoul ou exposées en zones de combat.

Les participants ont exprimé leur solidarité et leur mobilisation auprès des Irakiens face à l’ampleur des besoins humanitaires et sont convenus de poursuivre les efforts déployés dans le domaine de l’aide humanitaire d’urgence et de la stabilisation immédiate auprès du gouvernement irakien et des autorités locales, notamment sous la coordination des Nations Unies, Les partenaires de l’Irak ont également marqué leur disponibilité à assister l’Irak dans ses efforts de reconstruction, notamment par l’apport d’expertise et de savoir-faire et un soutien financier approprié.

Les participants ont souligné la priorité stratégique et humanitaire que représente la stabilisation de Mossoul et de sa région, ainsi que de l’ensemble des zones libérées de Daech afin de permettre le retour volontaire, durable, dans la dignité et en toute sécurité des millions de déplacés internes dans leurs foyers.

Afin que Daech soit défait durablement, les participants ont appelé à un accord politique global entre les autorités nationales irakiennes et acteurs locaux, pour garantir une gouvernance renforcée de Mossoul et de sa région, qui soit inclusive, respectueuse de la diversité de la population et garante d’une coexistence pacifique.

Les participants ont salué la détermination du gouvernement irakien à mettre en œuvre les réformes de gouvernance et de réconciliation nationale, indispensables pour répondre aux aspirations de l’ensemble de la population irakienne dans sa diversité et dans le respect de l’unité de l’Irak.

DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Monsieur le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies,

Mesdames et messieurs les ministres,

Je veux remercier d’abord Jean-Marc AYRAULT de pouvoir nous accueillir ici, au Quai d’Orsay, dans une démarche qui est liée à l’Irak et à son gouvernement ; je salue le ministre des Affaires étrangères irakien parce que, pour résumer notre pensée, au moment où je parle, la bataille de Mossoul est engagée.

Je souhaite adresser à tous les pays, qui marquent leur mobilisation, leur soutien à cette opération, toute ma reconnaissance, car c’est une étape majeure dans la lutte contre daech et contre le terrorisme.

Cela fait déjà des mois que nous pensons à cette opération. Comment reconquérir Mossoul.

Il faut avoir, pour aborder un événement comme celui-là, suffisamment de mémoire pour être capable de préparer l’avenir.

Il y a deux ans, un peu plus de deux ans, nous étions à l’été 2014 ; la situation en Irak était extrêmement grave. Daech s’était emparé de morceaux entiers du territoire, et avait fait de Mossoul la capitale de son « califat ».

Cette organisation terroriste voulait non seulement porter des attaques sur le territoire irakien, mais également faire une jonction avec ses alliés en Syrie, et perpétrer des attentats qui étaient organisés de Mossoul ou de Raqqa. La France et d’autres pays en ont été victimes ; les preuves ont été apportées du lien entre ce qui se passait à Mossoul, côté irakien, à Raqqa, côté syrien et qui, à chaque fois, impliquait Daech, qui lui-même reconnaissait son forfait et sa barbarie.

Depuis 2014, et à la demande des autorités irakiennes, la coalition internationale a agi avec détermination et patience, mais aussi efficacité. Je veux ici vous en remercier.

Aujourd’hui, Daech recule partout ; recule en Irak, recule en Syrie. En Irak, ce sont les forces irakiennes et les Peshmergas qui mènent, sur le front qui s’est ouvert, des opérations particulièrement courageuses et qui permettent d’ores et déjà de regagner du terrain.

Les forces de la coalition, dont la France fait partie, font en sorte d’appuyer les forces irakiennes et tous ceux qui peuvent se joindre à elles.

Aujourd’hui, mon pays prend sa part de l’effort militaire ; 4000 de nos hommes sont déployés sur zone, une grande partie sur le porte-avions et donc sur le groupe qui nous permet d’effectuer des frappes. Nous avons également annoncé la présence d’un groupement tactique d’artillerie mobilisée autour de Mossoul, dans le secteur de Kagera.

Les ministres de la Défense se retrouveront ici, à Paris, le 25 octobre, avec tous ceux qui, là encore, contribuent à organiser des frappes pour permettre la reconquête de Mossoul.

Il y a donc deux temps dans ce que nous faisons ici, à Paris. Un premier temps, les ministres des Affaires étrangères, pour mettre clairement un nom politique sur la démarche que nous engageons et préparer l’après-daech à Mossoul ; puis il y aura, la semaine prochaine, une réunion des ministres de la Défense pour fixer la stratégie et les moyens pour chasser Daech le plus loin possible.

La bataille de Mossoul -je le disais-, est décisive parce qu’elle frappe Daech au cœur de son sanctuaire, là où il voulait lui-même construire son califat ; là où cette organisation pensait qu’il était possible de mener des initiatives en Irak et en Syrie. Mais la bataille de Mossoul est aussi décisive pour d’autres raisons. Bien sûr, la première est de chasser Daech ; mais nous devons le faire à la fois avec efficacité sur le plan militaire, et exemplarité sur le plan humanitaire et politique.

Tout doit être mis en œuvre pour assurer la protection des populations civiles, aujourd’hui exposées en zone de combat. Nous ne confondons pas les populations qui vivent dans une ville avec des terroristes qui leur imposent leur joug et leur domination. Nous ne considérons pas qu’il faille frapper tous ceux qui sont à Mossoul, au prétexte qu’aujourd’hui, Daech y est installé. Nous avons comme premier devoir humanitaire de faire que l’opération militaire touche les seules cibles qu’elle entend viser et réduise toutes les pertes, autant de pertes que possible ; qu’elle les réduise pour que les populations civiles soient épargnées.

Nous agissons avec l’autorisation expresse du gouvernement irakien, dans le plein respect des Droits de l’Homme et du Droit international. Tout est également mis en œuvre pour apporter une aide humanitaire nécessaire aux habitants de la plaine de Ninive, qui risquent de fuir massivement les opérations de Mossoul.

Nous devons être également exemplaires sur le plan de la poursuite des terroristes qui déjà quittent Mossoul pour rejoindre Raqqa. Nous ne pouvons pas admettre qu’il puisse y avoir simplement, comme réussite, une translation, une évaporation de ceux qui étaient à Mossoul vers d’autres lieux où ils pourraient, là encore, mener des actions.

Enfin, la bataille de Mossoul est décisive sur le plan politique ; cette opération s’inscrit dans la durée. Elle va être longue sur le plan militaire, mais elle ne sera réussie que si elle s’installe dans la durée sur le plan politique. Nous devons donc créer les conditions d’un retour à la stabilité de Mossoul et de l’ensemble des zones libérées de Daech.

Nous devons également redonner espoir aux populations irakiennes qui ont fui la barbarie de Daech, il y a déjà plusieurs mois, pour ne pas dire plusieurs années. Nous devons également prendre grand soin des populations, des victimes qui sont restées à Mossoul et attendent beaucoup de notre intervention.

Il faut également veiller à déminer tous les lieux de vie qui ont été piégés par Daech et garantir l’ordre et la sécurité. Je sais qu’il y a aujourd’hui, grâce à la mobilisation du Fonds de stabilisation portés par le PNUD, des contributions importantes qui permettront d’assurer le soutien à la population de cette ville.

Mais ce qui doit être fait aussi, c’est une organisation politique, d’administration de Mossoul ; car Mossoul et la plaine de Ninive sont le creuset de la diversité irakienne.

Daech a voulu anéantir les Yézidis, chasser les Shabaks, persécuter les chrétiens, poursuivre les Kurdes et tous ceux qui ne partageaient pas son idéologie, tout en faisant un grand nombre de victimes parmi les musulmans.

Avec le gouvernement irakien, une fois Daech parti ou écrasé à Mossoul, nous devons tout faire pour qu’une administration puisse permettre une vie, une vie paisible, une vie harmonieuse, une vie organisée à Mossoul.

Le défi de Mossoul, c’est un défi militaire, c’est un défi humanitaire et c’est un défi politique. Voilà pourquoi il était si important que vous puissiez être rassemblés ici, non seulement pour montrer l’engagement de vos pays respectifs dans l’opération qui est désormais engagée, mais pour être conscient que nous serons ensemble, autant de temps qu’il sera nécessaire, pour que l’Irak puisse avoir notre plein soutien, puisse retrouver l’intégrité de son territoire et puisse travailler en paix.

Mesdames et messieurs, nous ne devons pas regarder Mossoul comme un point sur une carte, comme un objectif militaire à atteindre. Nous devons regarder Mossoul comme devant préparer l’Irak de demain. Si nous infligeons à l’Etat islamique, à Daech, une défaite, si nous montrons que nous sommes capables de rassembler tous ceux qui ont vocation à se retrouver dans l’avenir de l’Irak, nous aurons non seulement gagné une bataille, mais je pense que nous aurons gagné la guerre. Merci.

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