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F. Hollande à Abou Dabi pour protéger le patrimoine menacé

Published on 1er décembre 2016
Le président de la République se rend aux Emirats arabes unis les 2 et 3 décembre 2016 à l’occasion de la Conférence sur la protection du patrimoine en péril.

Cette conférence est le fruit d’une initiative de la France et des Emirats Arabes Unis, préparée depuis plus de trois ans. Elle est le pendant culturel de la lutte menée contre le terrorisme sur les plans militaire et politique.

Le Président de la République a ainsi fait de la protection du patrimoine un des fils directeurs de sa diplomatie culturelle française et ce, dès février 2013, avec la visite au Mali effectuée en présence de la directrice générale de l’UNESCO, Mme Irina Bokova.

Ce déplacement avait été l’occasion de lancer le processus de reconstruction et de restauration des mausolées de Tombouctou, mais aussi d’initier une réflexion internationale sur les moyens de :

  • renforcer la protection des biens culturels menacés par les conflits ;
  • préserver la diversité culturelle mise en péril par le fanatisme terroriste.

A la suite de la visite effectuée au département des Antiquités orientales du Louvre, le 18 mars 2015, jour de l’attaque du Musée du Bardo en Tunisie, le Président avait confié une mission d’étude à Jean-Luc Martinez. Il en a repris les principales orientations lors de la Conférence générale de l’UNESCO, le 17 novembre 2015, quatre jours à peine après les attentats du 13 novembre.

Conférence sur la protection du patrimoine en péril

La conférence d’Abou Dabi, dont le principe a été présenté lors du sommet du G7 d’Ise Shima au Japon en mai dernier, a été préparée conjointement par les représentants personnels des deux chefs d’Etat, Jack Lang, président de l’IMA, et Mohamed al Moubarak, Président de l’Autorité du Tourisme et de la Culture d’Abou Dabi. Elle marque à la fois un aboutissement, afin que les engagements concrets soient pris, et le point de départ d’un processus qui se poursuivra au cours du premier semestre 2017, avec l’adoption d’une résolution cadre au Conseil de sécurité des Nations Unies.

La conférence internationale sur la protection du patrimoine en péril a deux objectifs principaux. Le premier concerne la création d’un Fonds international pour la protection du patrimoine en danger dans les zones en conflit, qui aura pour objectif une levée de fonds de 100 millions de dollars. Sur la base du volontariat, ce Fonds sera ouvert aux contributeurs publics et privés et il sera destiné à soutenir la prévention, l’intervention d’urgence ainsi que l’aide à la reconstruction.

Le second objectif concerne la mise en place d’un réseau international de refuges de biens culturels en danger, en réponse aux demandes des Etats souhaitant mettre à l’abri leurs œuvres en péril. Cette mise à l’abri sera garantie par le respect de principes directeurs : la conservation, la propriété, le retour et l’insaisissabilité des différentes œuvres. Par souci d’équilibre et de transparence, les organisations non gouvernementales y seront associées.

Enfin les Etats présents adopteront une déclaration politique en faveur de la protection du patrimoine en péril.

Le Prince héritier des Emirats s’est personnellement mobilisé pour assurer un haut niveau de représentation de la part des Etats arabes à la conférence sur la protection du patrimoine, à l’heure où ce dernier est visé dans toute la région par les terroristes et les intégristes. Il a tenu à faire coïncider la conférence avec la célébration de la fête nationale des Emirats.

La relation franco-émirienne

spip_logoCet événement illustre l’importance des enjeux culturels dans la relation franco-émirienne. Le Louvre Abou Dabi en est le symbole le plus fort. Le Président de la République en visitera le bâtiment, qui vient d’être achevé, en compagnie de l’architecte Jean Nouvel. Le Louvre Abou Dabi est le premier musée universel du monde arabe qui ouvrira ses portes au public dans les prochains mois. Ce sera là aussi un acte fort des deux pays dans la lutte contre l’extrémisme et l’obscurantisme, alors qu’on assiste à des crises multiples au Moyen-Orient et à une montée du repli identitaire dans les sociétés occidentales.

Le Président rendra également visite à nos troupes présentes aux Emirats et les félicitera pour leur travail qui contribue directement à la sécurité des Français. Il s’entretiendra également avec le Prince héritier de notre partenariat de défense, qui est très intense comme le montre l’exercice « Gulf 2016 », qui s’est déroulé tout au long du mois de novembre et a mobilisé 1 400 soldats français, des centaines de véhicules blindés, une vingtaine d’appareils et une frégate de premier rang.

Conférence internationale sur la protection du patrimoine en péril - Déclaration d’Abou Dhabi (3 décembre 2016)

Miroir de notre humanité, gardien de notre mémoire collective et témoin de l’extraordinaire esprit de création de l’humanité, le patrimoine culturel mondial porte en lui notre avenir commun.

Aujourd’hui, les conflits armés et le terrorisme qui sévissent sur tous les continents touchent des millions d’hommes et de femmes sans épargner leur patrimoine plurimillénaire. Les extrémistes portent violemment et parfois délibérément atteinte aux cultures des pays et des peuples qu’ils dévastent, cherchant à détruire le patrimoine culturel, bien commun de l’humanité.

Menacer, attaquer, détruire et piller le patrimoine, revient à s’en prendre aux fondements même de l’identité des peuples, de l’histoire dans laquelle ils s’inscrivent et des repères sur lesquels ils se construisent. Sans ce patrimoine, c’est l’identité entière d’un peuple qui disparaît, sa mémoire qui s’efface et son avenir qui se trouve compromis.

Le patrimoine, dans sa diversité, est une source de richesse collective et incite au dialogue. Il constitue un facteur de rapprochement, de tolérance, de liberté et de respect. Sa destruction représente une menace pour la paix, tout comme le trafic illicite de biens culturels dont le développement est souvent le corollaire des temps de crises.

En conséquence, nous, chefs d’État, de gouvernement, et leurs représentants, organisations internationales et institutions privées, sommes réunis à Abou Dhabi, Émirats Arabes Unis, pour réaffirmer notre volonté commune de sauvegarder le patrimoine culturel en danger de tous les peuples, contre sa destruction et son trafic illicite. Nous avons décidé d’unir nos efforts.

Nous nous félicitons de l’appel lancé par le Directeur général de l’UNESCO et nous exprimons notre soutien à la coalition mondiale « Unis pour le patrimoine » qui a été lancée pour protéger notre patrimoine commun des destructions et des trafics. Nous accueillons favorablement la Stratégie de renforcement de l’action de l’UNESCO pour la protection de la culture et la promotion du pluralisme culturel en cas de conflit armé.

Nous devons veiller au respect des valeurs universelles qui, depuis les Conventions internationales successives de La Haye de 1899, 1907 et 1954 et de ses protocoles de 1954 et 1999, nous imposent de protéger les vies humaines ainsi que les biens culturels en période de conflit arme. Ce processus doit être conduit en étroite liaison avec l’UNESCO, qui œuvre inlassablement depuis 1945 à la préservation du patrimoine, à la lutte contre le trafic illicite de biens culturels et à la promotion de la culture comme instrument de rapprochement et de dialogue entre les peuples.

Aussi, dans un esprit d’universalité et dans le cadre des principes des conventions de l’UNESCO, nous nous engageons à poursuivre deux objectifs ambitieux et pérennes, pour garantir la mobilisation de la communauté internationale en faveur de la sauvegarde du patrimoine :

  • La constitution d’un fonds international pour la protection du patrimoine culturel en péril en période de conflit armé, qui permettrait de financer des actions préventives ou d’urgence, de lutter contre le trafic illicite de biens culturels ainsi que de participer à la restauration de biens culturels endommagés.
  • La création d’un réseau international de refuges pour sauvegarder de manière temporaire les biens culturels mis en péril par les conflits armés ou le terrorisme sur leur territoire, ou, s’ils ne peuvent être en sécurité au niveau national, dans un pays limitrophe, ou en dernier ressort dans un autre pays, en accord avec les lois internationales à la demande des gouvernements concernés, et prenant en compte les caractéristiques nationales et régionales et le contexte des biens culturels à protéger.
  • À l’occasion de cette conférence, nous, chefs d’État et de gouvernement et leurs représentants, organisations internationales et institutions privées, unissons nos efforts en faveur du patrimoine en appuyant l’action internationale destinée à sauvegarder le patrimoine culturel menacé par les conflits armés ou le terrorisme. Une conférence de suivi, organisée en 2017, permettra notamment d’évaluer la mise en œuvre des initiatives lancées à Abou Dhabi et des premiers projets financés par le fonds international.

Nous reconnaissons le rôle éminent des Nations Unies et des institutions qui en relèvent, en particulier l’UNESCO, qui est la seule institution des Nations Unies ayant pour mandat de protéger la culture. Nous appelons le Conseil de Sécurité des Nations unies pour solliciter son appui à la réalisation de nos objectifs, en plein accord avec la Charte des Nations Unies.

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