Skip to main content

Décoration de Mme Jane Hartley, Ambassadrice des Etats-Unis d’Amérique en France

Published on 18 janvier 2017
Le président de la République M. François Hollande lui a remis la Légion d’honneur le 16 janvier 2017.

Monsieur le Premier ministre,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs les amis de Jane HARTLEY,
Madame l’Ambassadrice,

La Légion d’honneur distingue des personnalités françaises—ici il y en a de nombreuses qui ont été ainsi récompensées, reconnues—mais aussi des personnalités étrangères parmi les plus éminentes et qui doivent avoir œuvré auprès de la France pour porter ces valeurs. C’est votre cas.

Vous êtes, Madame HARTLEY—je n’apprendrais rien à personne ici et ce n’est pas un secret que nous partageons—l’ambassadrice des Etats-Unis en France pour quelques heures ou pour quelques jours. Vous êtes une femme engagée, une femme de convictions : vous avez rejoint très tôt le Parti démocrate et en 1974, vous étiez de l’équipe qui menait campagne pour l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Vous avez rejoint l’administration du Président CARTER d’abord au département du Logement et du Développement urbain, puis au bureau des Relations publiques de la Maison-Blanche.

C’est là aussi que vous avez eu l’opportunité, la chance de rencontrer votre mari, Ralf, ce qui a permis de conjuguer l’engagement professionnel et l’engagement personnel. Votre mari lui-même est président de la Banque d’investissement, EVERCORE PARTNERS, et vous avez deux enfants : votre fille Kate dont on me dit qu’elle va bientôt se marier mais je ne veux pas faire d’annonce précipitée et votre fils, Jimmy.

Cette expérience politique, vous avez pensé qu’elle pouvait être mise au service de groupes de médias et pendant dix ans, vous y avez exercé dans de nombreuses entreprises de grandes responsabilités. Vous avez pris la tête de G7 GROUP, une société de conseil spécialisée dans l’analyse des politiques publiques—nous aurions sans doute encore besoin de vos lumières pour quelques mois—et à partir de 2007, l’Observatory Group.

Et je veux aussi souligner votre engagement auprès de l’Agence du service civique américain qui prouve là aussi une forme de convergence entre nos systèmes puisque nous sommes très fiers d’avoir, nous aussi, introduit le service civique et de l’avoir même généralisé.

La France a toujours occupé une place particulière dans votre cœur. Vous aimez à rappeler que Paris fut le lieu de votre lune de miel ; vous y avez fêté vos 40 ans—c’était hier—et vous y êtes revenue fréquemment. Vous appréciez l’art de vivre, la gastronomie, les paysages, la culture de notre pays mais vous connaissez aussi très bien les entreprises—beaucoup sont représentées ici—les créateurs, les acteurs économiques et sociaux de tous niveaux et sur tous les territoires.

Je me souviens très bien de votre nomination—il y a des jours que l’on n’oublie pas—c’était le 6 juin 2014, jour symbolique de l’amitié franco-américaine ; nous étions rassemblés sur les plages du Débarquement et le Président OBAMA m’avait annoncé votre nomination au poste d’ambassadrice à Paris. Et au moment de son départ, celui du Président OBAMA, vous allez vous-même quitter vos fonctions ici à Paris.

La France est la plus vieille amie de l’Amérique et j’insiste sur « vieille »—nous n’acceptons d’être vieux ou vieilles que quand il s’agit d’amitié. Nous sommes également sa première alliée. Cette ambassade, la vôtre, fut la première des Etats-Unis d’Amérique et aussi dans le monde. Depuis 238 ans, près de 60 ambassadeurs s’y sont succédés, parmi lesquels John ADAMS, Thomas JEFFERSON et une seule femme avant vous, Pamela HARRIMAN, au début des années 90. Je n’ai pas compté le nombre de rois ou de Présidents de la République de la même époque pour ne pas créer une comparaison qui aurait pu ne pas être flatteuse.

Durant cette période—je parle de la vôtre—vous avez sillonné notre pays à la rencontre de vos compatriotes qui sont nombreux ici en France mais également des élus de nos territoires—et ils sont nombreux ici—vous avez rencontré aussi beaucoup de nos administrations et vous avez voulu qu’il y ait des coopérations actives car vous avez approfondi les relations dans de nombreux domaines entre nos deux pays.

D’abord sur le plan culturel : vous avez accueilli ici les plus grands artistes américains, au point que l’on a fini par vous surnommer « l’ambassadrice des Arts ».

Mais également dans le domaine économique—les Etats-Unis, je le rappelle, sont la première destination des investissements français à l’étranger. Et nos entreprises y sont représentées par plus de 3 500 filiales et emploient 600 000 Américains—j’insiste là-dessus pour que cette information puisse être transmise : nous employons aux Etats-Unis 600 000 personnes. Les Etats-Unis sont aussi le premier investisseur étranger en France et nous en sommes heureux et fiers. Les entreprises américaines au premier rang des employeurs étrangers dans notre pays, occupent 300 000 salariés.

Mais vous avez aussi développé les relations citoyennes : vous avez lancé l’initiative « Job for all » qui vise à rapprocher les jeunes des quartiers de l’emploi à travers des partenariats, grâce à de grandes entreprises américaines. Je vais les citer : COCA COLA, JPMorgan, GOOGLE ou encore GENERAL ELECTRIC ; elles font en sorte de pouvoir susciter chez les jeunes sur tous nos territoires des envies d’entreprendre.

Vous avez aussi accompagné l’administration américaine en France pour que nous puissions agir en commun sur de grands sujets, partager de grandes causes. Je pense notamment à l’accord de Paris sur le climat où l’administration OBAMA a été essentielle et vous y avez participé et où le Président des Etats-Unis a été un acteur clé pour que nous puissions, Ségolène ROYAL peut en témoigner, avoir dans les dernières heures de la négociation cette conclusion heureuse.

L’administration américaine avec la nôtre et d’autres pays, a également contribué à l’accord sur le nucléaire iranien et nous tenons à ce que cet accord puisse être respecté par toutes les parties, et notamment par l’Iran, mais nous tenons aussi à ce que nous puissions faire perdurer cet accord car il est une condition de la paix et de la lutte contre la prolifération.

Ensemble, Madame l’Ambassadrice, nous avons traversé des moments terribles. Vous étiez là avec nous, je m’en souviens, le 11 janvier pour le défilé ; vous étiez là dans la nuit du 13 novembre 2015 quand à Paris, à Saint-Denis, nous étions frappés ; vous étiez là le 14 juillet 2016 quand la ville de Nice était endeuillée par des crimes atroces. Mais je parle des attentats qui ont lieu et qui ont été des facteurs de désolation et de malheur et je pense aussi aux attentats qui ont été déjoués, ici même j’avais reçu les trois jeunes soldats américains, qui, dans le Thalys qui reliait Amsterdam à Paris, avaient empêché un épouvantable carnage, c’était le 21 août 2015. J’avais tenu à les distinguer parce qu’ils ont sauvé des vies et ils ont fait preuve d’un courage extraordinaire, rappelant d’ailleurs le courage des soldats américains pour notre propre liberté.

Pour marquer cette solidarité dans les épreuves, vous êtes à l’origine de l’initiative de l’artiste américain Jeff KOONS avec qui vous aviez organisé en novembre 2014, votre première réception culturelle à Paris et c’est grâce à vous que Jeff KOONS a offert à la ville de Paris un « bouquet de tulipes »— je prononce en français—cette œuvre monumentale inspirée de la main de la statue de la Liberté et qui est appelée à devenir un symbole du souvenir après les attentats qui ont endeuillé Paris. Cette sculpture devrait être installée cette année devant le Musée d’art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo.

Nos deux pays ont été côte à côte, toujours, dans bien des combats par le passé, mais ils sont encore ensemble pour relever des défis communs, des menaces en Irak, en Syrie, contre le terrorisme islamiste. Au moment où s’installe une nouvelle administration à Washington, je voudrais rappeler que les relations entre l’Europe et les Etats-Unis ont toujours été fondées sur des principes et des valeurs ; ces valeurs s’appellent le respect, le soutien mutuel en cas de péril mais aussi l’attachement à la démocratie, la défense des libertés et cette égalité entre les femmes et les hommes, la dignité de l’être humain.

Nous partageons aussi depuis longtemps la même conception du droit d’asile pour celles et ceux qui fuient les persécutions et les conflits ; ce principe est d’ailleurs un de ceux qui a fondé la Nation américaine. Alors je vous le réaffirme ici : l’Europe sera toujours prête à poursuivre la coopération transatlantique. Mais elle se déterminera en fonction de ses intérêts et de ses valeurs. Elle n’a pas besoin de conseils extérieurs pour lui dire ce qu’elle a à faire. Nous sommes suffisamment nombreux à l’intérieur de l’Europe pour savoir comment trouver les compromis et faire les choix.

Nous avons à définir notre propre voie parce que l’Europe est une création originale qui est fondée sur des nations qui ont fait ce choix pour relever un certain nombre de défis. L’Europe doit également prendre ses responsabilités et notamment pour sa défense, pour sa sécurité et c’est sans doute un des choix qui devra être encore fait pour aller plus loin dans le respect de nos alliances mais pour être davantage présents dans le monde, pour porter la voix de l’Union Européenne qui est également une puissance pas simplement économique mais politique, en tout cas qui doit s’affirmer.

Nous avons aussi à faire comprendre que nous sommes attachés à nos alliances, que nous sommes aussi capables d’être autonomes sur le plan stratégique. C’est ce que la France a toujours défendu au nom de son indépendance, en pleine complémentarité avec l’OTAN car l’Alliance Atlantique a été conçue pour renforcer la capacité de ses membres à se protéger collectivement et elle ne sera obsolète que lorsque les menaces le seront devenues elles aussi.

Voilà Madame l’Ambassadrice, le message que je voulais adresser, en espérant qu’il puisse être entendu.

Mais je voulais enfin m’adresser à vous, chère Jane HARTLEY. Vous avez mené votre mission avec passion, avec affection, avec talent et élégance et en vous distinguant aujourd’hui, la République française adresse à vous, à votre famille, un geste d’amitié mais également à tout le peuple américain parce que vous êtes une Américaine et vous êtes fière d’être Américaine.

En étant américaine, vous aimez la France car on ne peut pas être différent, c’est-à-dire qu’on ne peut pas être fier d’être Américain et ne pas aimer la France. Les femmes et les hommes changent dans les fonctions qu’ils occupent mais ce qu’ils ont fait, reste ; ce que vous avez fait, va rester. Les équipes passent, pas les liens qui ont été créés. Les ambassadeurs, les ambassadrices se succèdent ; la relation entre les pays, elle, demeure et perdure. C’est l’amitié entre nos deux pays qui s’en trouve ici renforcée.

Vous aurez, dans votre mission, beaucoup fait pour encore porter à un plus haut niveau l’amitié entre la France et les Etats-Unis. C’est au nom de cette amitié que je voudrais vous souhaiter pleine réussite dans tous vos projets car je sais qu’ils sont nombreux, car une Américaine même à Paris, a toujours des projets aux Etats-Unis.

Merci.

      haut de la page