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Sommet de l’OTAN à Varsovie (8 et 9 juillet 2016)

Published on 11 juillet 2016
Déclarations du président de la République François Hollande et des chefs d’État et de gouvernement participant à la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord.

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Déclaration de Varsovie sur la sécurité transatlantique

Publiée par les chefs d’État et de gouvernement participant à la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord tenue à Varsovie les 8 et 9 juillet 2016

1. Aujourd’hui, nos pays sont face à un éventail de défis de sécurité sans précédent, notamment le terrorisme, qui a frappé durement nombre de nos pays, les actions de la Russie, en particulier en Ukraine, qui portent atteinte à l’ordre fondé sur des règles en Europe, et l’instabilité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nous sommes solidaires, et nous agissons ensemble, pour assurer la défense de notre territoire et de nos populations, ainsi que de nos valeurs communes. Unie par notre lien transatlantique immuable, et par notre attachement à la démocratie, aux libertés individuelles, aux droits de l’homme et à l’état de droit, l’OTAN continuera d’œuvrer en faveur de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans l’ensemble de la zone euro-atlantique en se conformant aux principes énoncés dans la Charte des Nations Unies.

2. Grâce aux décisions que nous prenons ici, à Varsovie, lesquelles sont présentées de manière détaillée dans notre communiqué, l’OTAN sera plus forte pour ce qui est de la défense et de la dissuasion, et elle fera davantage pour projeter la stabilité au-delà de nos frontières.

3. La défense collective demeure la responsabilité fondamentale de l’OTAN. Notre dispositif de dissuasion et de défense repose sur une combinaison appropriée de capacités nucléaires, de capacités conventionnelles et de capacités de défense antimissile. Nous avons déjà amélioré la préparation et la capacité de l’OTAN, et les budgets de défense des pays de l’Alliance commencent à augmenter, tendant vers les objectifs sur lesquels nous nous sommes engagés au pays de Galles.

4. Nous prenons à présent de nouvelles mesures pour consolider notre dispositif de dissuasion et de défense face aux menaces, d’où qu’elles viennent. Nous appuyant sur le plan d’action « réactivité », adopté au pays de Galles, nous renforcerons la présence de nos forces dans la partie orientale de l’Alliance. Nous développons nos moyens de défense et améliorons notre résilience face aux cyberattaques et aux menaces hybrides. Et nous renforçons notre défense contre les attaques de missiles balistiques qui proviendraient de l’extérieur de la zone euro-atlantique. Toutes ces mesures sont défensives, proportionnées, transparentes et pleinement conformes aux obligations juridiques et aux engagements politiques de l’Alliance, ce qui témoigne de notre respect de l’architecture européenne de sécurité, fondée sur des règles. Nous restons attachés à la maîtrise des armements, au désarmement et à la non-prolifération.

5. L’OTAN ne constitue une menace pour aucun pays. Dans cet esprit, nous restons prêts à un véritable dialogue avec la Russie, afin de communiquer clairement nos positions et, au premier rang des priorités, de réduire autant que possible les risques associés aux incidents militaires, y compris au travers de mesures de transparence réciproques. Nous continuons d’aspirer à établir une relation constructive avec la Russie, lorsque les actions de cette dernière le permettront.

6. Plus de stabilité pour nos voisins, c’est plus de sécurité pour nous. Cela est d’autant plus vrai aujourd’hui, compte tenu de l’arc d’instabilité observé au-delà de nos frontières. Ensemble, nous sommes solidaires dans la lutte contre le terrorisme, qui constitue une menace immédiate et directe pour nos pays et pour la communauté internationale. Nous sommes prêts à faire davantage pour aider nos partenaires à assurer leur sécurité, à se défendre contre le terrorisme et à développer leur résilience face aux attaques.

7. L’OTAN intensifiera dès lors le dialogue politique et la coopération pratique avec ses partenaires du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Elle développera les activités de formation et de renforcement des capacités destinées à l’Iraq, et les avions AWACS de l’OTAN seront mis à disposition pour apporter un soutien à la coalition contre l’EIIL. L’OTAN contribue de manière efficace à la gestion de la crise des réfugiés et des migrants en mer Égée, et elle est prête à envisager un éventuel soutien supplémentaire à l’action internationale en Méditerranée, en complémentarité et en coopération avec l’Union européenne. Par ailleurs, nous maintiendrons notre soutien à l’Afghanistan, partenaire à l’égard duquel nous nous sommes engagés dans la durée.

8. Nous croyons en une Europe libre, entière et en paix. L’OTAN apportera un soutien accru à l’Ukraine et à la Géorgie, et elle continuera d’aider la République de Moldova. Nous approfondirons nos relations avec les partenaires des régions de la mer Noire et de la mer Baltique, et avec ceux des Balkans occidentaux. Nous maintiendrons en outre notre importante opération au Kosovo.

9. Le partenariat stratégique entre l’OTAN et l’Union européenne est de plus en plus essentiel à la sécurité de nos pays et de la zone euro-atlantique. C’est pourquoi nous intensifions la coopération OTAN-UE, s’agissant d’assurer la défense contre les menaces hybrides, de mener des opérations en Méditerranée et d’aider les pays partenaires à assurer leur sécurité.

10. Nous restons attachés à la politique OTAN de la porte ouverte, qui a permis de renforcer l’Alliance et qui contribue à la sécurité euro-atlantique. Nous nous réjouissons à la perspective d’accueillir un nouveau pays membre, le Monténégro, au sein de notre communauté de valeurs.

11. Nous rendons hommage aux hommes et aux femmes en uniforme qui servent ou ont servi, avec bravoure, sous le commandement de l’OTAN. Nous avons une dette solennelle envers ceux qui ont perdu la vie ou ont été blessés en assurant la protection de notre sécurité.

12. Notre Alliance est confrontée à des défis de sécurité complexes, en constante évolution. L’OTAN continuera d’évaluer les changements survenant dans l’environnement de sécurité, et elle continuera de s’adapter pour jouer les rôles essentiels qui sont les siens, forte du lien transatlantique immuable qui unit nos pays.

Conférence de presse du président de la République lors du Sommet de l’OTAN

Varsovie – Samedi 9 juillet 2016

LE PRESIDENT : Mesdames, Messieurs, le sommet de l’OTAN s’est tenu, ou se tient encore, dans le contexte international que vous connaissez, avec notamment une insécurité grandissante au Sud : le conflit de la Syrie, ce qui se produit en Irak, le terrorisme de l’Etat islamique, et ses conséquences aussi sur les mouvements de réfugiés, de migration.

Nous avons également à l’Est, depuis ce qui s’est produit en Ukraine, une tension que nous devons réduire.

Notre premier devoir, dans le cadre de l’Alliance - et c’est ce que nous avons fait - c’est d’affirmer notre unité, avec un seul but : garantir la sécurité des pays membres de l’Alliance. Nous avons donc décidé de poursuivre l’adaptation de l’outil militaire. C’est ce que nous avions déjà engagé lors du sommet du Pays de Galles, il y a deux ans. Aujourd’hui, c’est ce que nous avons décidé d’amplifier et de préciser avec la force de réactivité, puisqu’il y aura cette présence avancée rehaussée, et la France y participera. Le déploiement se fera dans le cadre d’une compagnie, une fois par an, en Estonie, avec nos amis Britanniques dès 2017 ; et puis l’année suivante, en 2018, avec l’Allemagne en Lituanie, dans le cadre de la brigade franco-allemande.

L’Alliance a confirmé ce que la dissuasion nucléaire pouvait apporter comme garantie. Il y a à la fois ce que doivent faire les forces conventionnelles, et ce que nous devons opérer à travers la cyber-sécurité, et la dissuasion nucléaire. La France a, à cet égard, une responsabilité particulière. Notre autonomie est le fondement de notre stratégie. Et c’est cette spécificité qui fait que nous pouvons à la fois jouer tout notre rôle dans l’Alliance, et également assumer un certain nombre de nos responsabilités.

J’ai évoqué la cyberdéfense, parce que la France a voulu que cette question puisse être véritablement portée au niveau le plus élevé, dans le cadre de ce sommet. Des dispositions seront prises. La cyberdéfense fait par exemple partie des priorités de la loi de programmation militaire. Dans le budget que nous avons à préparer pour 2017, nous lui accorderons les moyens nécessaires.

Nous avons également évoqué - ce n’était pas la première fois, puisque cela avait déjà été dans nos discussions en 2012, à Chicago - la capacité anti-missiles. Cette décision a été prise dans le respect de la position de la France. Je la rappelle : le contrôle politique est absolument nécessaire, et il doit être commun ; cette capacité de défense anti-missiles ne vise qu’à répondre à des menaces hors de la zone Euro-Atlantique. Pour être clair, cette défense anti-missiles ne concerne pas la Russie.

La posture de l’Alliance est d’ailleurs strictement défensive. L’OTAN ne se cherche pas d’ennemis, elle n’est pas dans une position agressive. Elle prend les mesures nécessaires à la défense des Alliés, et elle ne menace aucun pays. C’est d’ailleurs ce qui est repris dans la conclusion du sommet. Je l’ai réaffirmé dès le debut de ce sommet. C’est pourquoi il était très important que nous puissions aborder ces questions lors d’un prochain conseil OTAN – Russie, qui se tiendra donc après le Sommet.

La France, qui est membre de l’Alliance, intervient parfois dans le cadre d’une coalition, parfois au nom de la communauté internationale. La France est une puissance militaire, donc, là encore, la vocation est de servir la paix, et de lutter contre le terrorisme. C’est ce que nous faisons au Sahel, c’est ce que nous faisons au Levant. Je l’ai rappelé, notre capacité de dissuasion est au service de la sécurité du continent. Nous sommes solidaires aussi de nos Alliés à l’Est, et nous le montrons à travers les décisions pour la présence avancée.

La France veut également que l’Union européenne puisse prendre davantage encore qu’aujourd’hui sa part dans la défense de notre continent. Il est très important que l’Union européenne et l’OTAN puissent travailler en bonne intelligence et en pleine coopération. Et c’est ce que nous devons là encore illustrer, dans le nouveau mandat de l’opération Sophia contre les trafics d’armes en direction de la Libye, que l’OTAN a vocation à soutenir. C’est l’Union européenne qui en est à l’initiative.

L’OTAN peut également nous être utile dans les opérations, les missions en Mer Egée, pour mettre à mal les filières des passeurs. C’est ce qui s’est d’ailleurs produit, et c’est ce qui doit être renforcé.
Quelques mots pour finir, sur le lien transatlantique. Nous considérons que ce lien est très important. Je l’exprime à la veille d’élections qui vont avoir lieu aux Etats-Unis, et qui ne doivent pas remettre en cause ce lien entre la France, l’Europe et les Etats-Unis. Nous avons besoin de ces relations, pour la paix, pour la sécurité. Mais en même temps, nous devons montrer que ce lien peut être efficace dans la lutte contre le terrorisme. C’est ce que nous avons pu illustrer ces derniers mois.

Si le lien est important, il ne peut cependant pas conduire les Européens à considérer qu’ils n’auraient pas d’efforts supplémentaires à faire pour leur défense. La décision qu’a prise le Royaume-Uni de quitter l’Union européenne est sans conséquences sur les relations que le Royaume-Uni continuera d’avoir, dans le cadre de l’Alliance, mais dans le cadre aussi d’accords bilatéraux, comme avec la France, pour assurer la sécurité et la défense de notre continent, et même des opérations que nous pouvons conduire à l’extérieur du continent.

Mais en même temps que j’évoque le lien transatlantique, que j’évoque le Royaume-Uni, je veux parler de la nouvelle impulsion qu’il faut donner à l’Europe. Nous en avons parlé lorsque nous nous sommes retrouvés, avec la chancelière MERKEL et le président Matteo RENZI, à Berlin, il y a quelques jours. Dans cette nouvelle impulsion que la France veut porter pour les prochains mois, la dimension de sécurité, de protection, de défense, est essentielle. Ce qui veut dire que nous, les Européens, devons mettre davantage de moyens, davantage de forces, davantage aussi de règles entre nous, pour cette dimension de sécurité, de protection - protection des frontières, sécurité dans la lutte contre les trafics, et défense par rapport à des menaces qui existent à l’extérieur même de l’Union européenne. Ce qui veut dire que nous devons lui donner cette dimension, pour que l’Europe puisse apparaître aux yeux des citoyens pour ce qu’elle est : un espace de protection et de solidarité.

Mais il y a une conséquence à cette étape nouvelle que nous voulons donner à l’Union européenne : c’est que les efforts de défense doivent être plus substantiels. Nous la France, nous avons pris notre part, ces dernières années. La France est un des pays européens qui fait le plus pour sa défense. La France assure une part aussi de la solidarité, de la responsabilité collective, y compris dans nos interventions en Afrique, au Moyen-Orient. La France fait face, comme tous les autres pays, à des contraintes budgétaires. On doit nous aussi réduire notre déficit, maîtriser notre endettement. Mais d’autres pays doivent également faire un effort de défense plus substantiel. Et c’est ce que j’ai rappelé ici, dans ce sommet.

Ce n’est pas pour rentrer dans une forme de course aux armements, il ne s’agit pas de cela. Il s’agit simplement de nous doter des moyens nécessaires, y affecter les ressources indispensables, pour que nous puissions être plus forts ensemble, et davantage encore qu’aujourd’hui, au service de la sécurité et de la paix dans le monde. L’Europe a aussi une responsabilité à l’égard du monde. Il n’y a pas qu’une réponse militaire, d’ailleurs ; il y a aussi une réponse politique, avec la recherche de solutions aux conflits, je pense notamment en Syrie, je pense à la Libye, et puis faire en sorte que l’Irak puisse avoir un gouvernement qui puisse inclure toutes les composantes.

Et puis il y a des réponses en termes de développement. J’ai voulu ici, au sommet de l’OTAN où on parle - et c’est bien légitime - de sécurité, d’armement, de défense, j’ai voulu insister sur la dimension de développement, sur la dimension aussi de solidarité à l’égard des pays d’Afrique, et à l’égard des pays du Moyen-Orient. C’est aussi une façon de répondre aux menaces que nous pouvons connaître à l’extérieur de nos frontières.

Voilà, Mesdames et Messieurs, le sens que j’ai voulu donner à la présence de la France à ce sommet de l’OTAN, et je suis prêt à répondre à vos questions.

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