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PFUE/Traité de Lisbonne

Published on 11 juin 2008
Entretien du Ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner, avec le quotidien "La Provence".

Paris, 12 juin 2008

[*Q - Que peut apporter la France à l’Europe, lors des six mois de sa Présidence ?*]

R - Nous souhaitons que les Français participent à cette Présidence. Nous voulons redonner le goût de l’Europe à la France. Peut-être l’avait-elle perdu ? Nous voulons aussi une présidence modeste, c’est-à-dire être à l’écoute de nos concitoyens et de nos partenaires. La relation des Français avec l’Europe va de soi, sauf lorsqu’on leur demande leur avis. Je vous rappelle le "non" au traité constitutionnel ! Cette relation est donc compliquée. Les Français doivent être impliqués. Car la réponse à la globalisation, à l’anxiété et à la crise, s’appelle l’Europe.

[*Q - Est-ce que l’Europe peut freiner les réformes en France ?*]

R - Au contraire, elle les impose ! L’Europe a déjà accompli des réformes et nous sommes en retard. Mais notre pays le rattrape à grands pas.

[*Q - En tant que président du Conseil des ministres des Affaires générales, serez-vous le Premier ministre de l’UE ?*]

R - Je vois mon rôle comme celui d’un écoutant, d’un facilitateur, convivial et fraternel… Il faut changer le style de l’Europe, qu’elle ne soit plus perçue comme cette armada de voitures noires qui débarquent, qu’elle soit moins grand-messe, plus rigoureuse et plus souple.

[*Q - Comment la France va s’y prendre pour plafonner la TVA sur les carburants ?*]

R - L’objectif est de limiter les effets de la hausse des prix du carburant sur les plus vulnérables. Nous allons exiger, et nous ne serons pas les seuls, que le surplus de TVA lié à cette hausse, soit utilisé pour aider les gens qui, dans leur métier sont tributaires du prix du carburant. Nous allons proposer la création d’un fonds de compensation pour soulager les secteurs professionnels les plus pénalisés. Il faut aussi développer la recherche sur les carburants alternatifs. A moyen terme, quelque chose doit être fait sur le niveau de la TVA sur les carburants. Nous essaierons de convaincre et je pense que nous y parviendrons. Le président de la République y est décidé et moi aussi.

[*Q - Quelles vont être vos grandes priorités ?*]

R - Il s’agit tout d’abord de mettre en place un pacte sur l’immigration, qui est en bonne voie. Contrairement à ce que l’on pense, la position de la France est beaucoup plus humaine et plus souple que la majorité des autres pays. On ne peut plus, comme disait Michel Rocard, accepter toute la misère du monde, mais nous devons en prendre notre plus large part. Autre priorité, une défense européenne mieux partagée. En ce qui concerne l’environnement, nous voulons que chacun prenne sa part de responsabilité en matière de réchauffement climatique. Enfin, on mettra en place un bulletin de santé de la politique agricole commune qui devra s’inscrire dans la préoccupation alimentaire mondiale.

[*Q - Que préconisez-vous concrètement pour lutter contre la faim dans le monde ?*]

R - Comme on a fait un fonds mondial pour lutter contre le Sida, nous devons mettre en place un fonds mondial pour la sécurité alimentaire et l’agriculture afin de soutenir les cultures vivrières dans les pays en développement.

[*Q - Les Irlandais s’expriment aujourd’hui sur le Traité de Lisbonne. Selon les sondages, ils y seraient défavorables. Vous êtes inquiet ?*]

R - Je croise les doigts. Je les sais assez réalistes pour voter en faveur de l’Europe qui nous a tous bien servis. Pour réussir dans la mondialisation, il faut être ensemble. Le monde entier nous regarde. Car c’est l’Europe qui montre le chemin.

[*Q - Le référendum prévu dans la réforme des institutions vise la Turquie. Ne risque-t-elle pas de traîner des pieds au sein de l’Union pour la Méditerranée ?*]

R - Cette réforme n’est pas encore en place. Je crains qu’il ne soit pas très adéquat d’instaurer un référendum dirigé contre l’entrée dans l’Europe de la Turquie. Nous devons offrir à ce pays sa participation à l’Union pour la Méditerranée sans que l’une soit conditionnée par l’autre.

[*Q - Il y un an, l’ouverture. Etes-vous un ministre de gauche heureux ?*]

R - Ce n’est pas facile d’être attaqué par la gauche et la droite en même temps. Mais oui, je suis plutôt heureux. Je pense faire mon travail. J’ai rejoint Nicolas Sarkozy car je savais que la gauche était incapable de faire les réformes dont la France a besoin et qui sont, aujourd’hui, en chemin. J’espère que dans quelques mois, elle sera capable de proposer un programme plus hardi encore…/.

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