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Dixième anniversaire du soulèvement syrien - « Nous n’abandonnerons pas le peuple syrien. »

Published on 16 mars 2021
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Déclaration conjointe des ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne, des États-Unis d’Amérique, de la France, de l’Italie et du Royaume-Uni (15 mars 2021)

Cela fait aujourd’hui dix ans que les Syriens sont pacifiquement descendus dans les rues pour réclamer des réformes. La réponse du régime de Bachar Al-Assad a été d’une violence épouvantable. Le président Assad et ses soutiens portent la responsabilité des années de guerre et de souffrance humaine qui ont suivi. Nous louons l’action des individus et organisations courageux qui ont, durant les dix dernières années, révélé la vérité depuis la Syrie, documenté et suivi les exactions, atrocités de masse et graves violations du droit international afin que leurs auteurs rendent des comptes, et fourni une aide vitale aux populations concernées. Ce travail demeure essentiel.

Après des années de conflit, de corruption généralisée et de mauvaise gestion économique, l’économie syrienne est exsangue. Plus de la moitié de la population, soit environ 13 millions de Syriens, dépendent de l’aide humanitaire. Les millions de réfugiés syriens, généreusement accueillis par les pays voisins de la Syrie, la Turquie, la Jordanie, le Liban, l’Irak et l’Égypte, de même que les personnes déplacées à l’intérieur du pays, ne peuvent toujours pas retourner chez eux sans craindre violence, arrestations arbitraires et torture. Le conflit prolongé a également constitué un terrain à exploiter pour les terroristes, et particulièrement Daech. La prévention de la résurgence de Daech demeure une priorité.

Il est impératif que le régime et ses soutiens s’impliquent sérieusement dans le processus politique et permettent l’acheminement de l’aide humanitaire vers les populations qui en ont besoin. Les élections présidentielles syriennes prévues pour cette année ne seront ni libres, ni régulières, et ne doivent pas conduire à des mesures de normalisation internationale avec le régime syrien. Tout processus politique nécessite la participation de tous les Syriens, y compris la diaspora et les personnes déplacées, afin de permettre à toutes les voix d’être entendues.

Nous, ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Royaume-Uni et des États-Unis, n’abandonnerons pas le peuple syrien. Nos nations s’engagent à redynamiser la recherche d’une solution pacifique, qui protège les droits et la prospérité future de tous les Syriens, sur le fondement de la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies. L’impunité est inacceptable et nous continuerons fermement à œuvrer pour que des comptes soient rendus pour les crimes les plus graves. Nous continuerons à soutenir le rôle important de la Commission d’enquête internationale et du Mécanisme international, impartial et indépendant. Nous accueillons les efforts continus des juridictions nationales pour mener des enquêtes et poursuites relevant de leurs compétences au sujet des crimes commis en Syrie. Nous ne tolérerons pas le non-respect par la Syrie de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et à ce titre, nous soutenons pleinement le travail de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Nous continuerons d’appeler fermement à un cessez-le-feu national, à un accès humanitaire sans entrave, par toutes les voies possibles, pour atteindre ceux qui ont besoin d’aide, y compris grâce au renouvellement de la résolution 2533 et du mécanisme transfrontalier par le Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi qu’à la libération des personnes détenues arbitrairement, et à des élections libres et régulières sous l’égide des Nations unies, avec la participation de tous les Syriens, y compris les membres de la diaspora. À cette fin, nous réitérons notre soutien ferme aux efforts de l’Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies pour la Syrie, Geir Pedersen, pour mettre en œuvre tous les aspects de la résolution 2254 du Conseil de sécurité, seul moyen de résoudre ce conflit. Un progrès manifeste vers un processus politique inclusif et vers la fin de la répression du peuple syrien est essentiel. Nous ne pouvons laisser cette tragédie perdurer une décennie de plus.

Déclaration de M. Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères

10e anniversaire du conflit syrien (15 mars 2021)

Il y a dix ans, des dizaines de milliers de Syriens sont descendus pacifiquement dans la rue pour réclamer le respect de leurs droits les plus fondamentaux. La réponse brutale et aveugle du régime de Bachar Al-Assad et son rôle dans le conflit qui s’en est suivi ont déclenché l’une des entreprises criminelles et des crises humanitaire les plus graves depuis la Seconde guerre mondiale.

La responsabilité de ce drame revient au régime syrien et à ses appuis extérieurs. Les chiffres témoignent de l’ampleur de cette tragédie : plus de 400 000 Syriens sont morts, 13 millions de personnes - soit plus de la moitié de la population - sont réfugiées ou déplacées, et 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. La France n’a cessé de soutenir la population syrienne depuis le début du conflit. Elle réaffirmera son engagement dans le cadre de la prochaine conférence sur l’avenir de la Syrie (Bruxelles V), les 29 et 30 mars prochains.

Le conflit syrien marque la réapparition de l’emploi des armes chimiques, dont l’utilisation est interdite depuis près d’un siècle. Le recours à ces armes par le régime syrien, documenté et irréfutable, à de nombreuses reprises y compris après son adhésion à la Convention d’interdiction des armes chimiques en septembre 2013, est inacceptable - et ne sera pas accepté. La France, à côté de ses alliés, a conduit les actions armées nécessaires en 2018. Elle demeure pleinement mobilisée pour qu’une réponse appropriée soit apportée, tant dans le cadre des Nations unies et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, que dans le cadre ad hoc du Partenariat international contre l’impunité d’utilisation d’armes chimiques ou auprès des juridictions nationales qui ont pu être saisies. La France prend par ailleurs sa part pour permettre à des femmes et des hommes de venir témoigner de ces crimes.

La France s’est engagée de longue date pour que l’ensemble des crimes commis en Syrie ne demeure pas impuni. Il s’agit d’un impératif moral et d’un préalable incontournable à une solution politique de long terme en Syrie. À cette fin, la France continuera de soutenir les travaux de la Commission d’enquête internationale et du Mécanisme international, impartial et indépendant. Plusieurs enquêtes ont également été ouvertes par la justice, en France comme en Allemagne. Le gouvernement français y apportera toute contribution utile pour faire progresser la justice et reculer l’impunité.

La France entend poursuivre son action résolue contre le terrorisme en Syrie, aux côtés de ses partenaires de la Coalition internationale contre Daech et des forces partenaires sur le terrain. Cette action déterminée nécessite, outre son volet militaire, une stabilisation des territoires libérés de l’emprise du groupe terroriste, afin d’en prévenir la résurgence.

La France s’est mobilisée auprès de la population syrienne depuis le début du conflit. En 2018, le Président de la République a alloué 50 millions d’euros au titre d’un programme d’urgence destiné à financer des projets humanitaires et de stabilisation. Visant à répondre aux besoins des populations les plus vulnérables qui subissent une crise humanitaire sans précédent, cette aide annuelle a été renouvelée en 2021 pour la quatrième année consécutive.

La France, avec ses partenaires de l’Union européenne, continuera de conditionner la reconstruction de la Syrie et la normalisation des relations avec Damas à la mise en œuvre d’une solution politique crédible, durable et conforme à la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies. Les élections présidentielles prévues cette année en Syrie ne seront ni libres ni régulières. Elles ne pourront être utilisées comme outil de contournement de cette solution politique. La France poursuivra, avec ses partenaires, son action pour une solution politique en faveur d’une Syrie stable et souveraine, au service du peuple syrien.