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France/Allemagne

Published on 16 juin 2010
Conférence de presse conjointe du Président de la République, Nicolas Sarkozy et de la Chancelière de la République Fédérale d’Allemagne, Angela Merkel - Propos de M. Sarkozy.

Berlin, 14 juin 2010

Mes premiers mots sont d’abord pour féliciter mes amis allemands du remarquable démarrage de l’équipe de football allemande dans la coupe du monde. Nous en sommes heureux pour vous, c’est même assez spectaculaire.

Deuxièmement, et plus sérieusement, plus que jamais, l’Allemagne et la France sont décidées à parler d’une même voix, à assumer des initiatives communes pour donner à l’Europe les moyens de ses ambitions légitimes et, pour tirer les conséquences de crises financières à répétition dont nous ne voulons plus.

Nous avons donc, comme l’a dit la Chancelière, décidé de prendre des initiatives communes s’agissant du G20 de Toronto. Nous allons envoyer une lettre au Premier ministre canadien Stephen Harper, pour lui demander d’être plus ambitieux sur la régulation financière, pour porter un projet de taxe sur les transactions financières et l’Allemagne et la France, nous porterons le même projet pour réclamer la création d’une taxe bancaire que nous appliquerons dans le même mouvement, l’Allemagne et la France. Donc, à Toronto, l’Allemagne et la France, nous voulons faire bouger les choses rapidement.

S’agissant de l’Union européenne, naturellement, notre position est commune sur la soutenabilité et le renforcement du pacte. Sur les sanctions et la proposition que nous faisons ensemble c’est celle d’une suspension des droits de vote. Là aussi, Mme Merkel et moi, nous allons soumettre des propositions communes à Herman Van Rompuy. S’agissant également de la stratégie de croissance au Conseil européen de jeudi, nous dirons, Mme Merkel et moi-même, la même chose à M. Barroso sur la stratégie de croissance.

Enfin, je veux dire mon accord plein et entier et ma joie d’entendre dans la bouche de la chancelière la nécessité du renforcement du gouvernement économique de l’Europe. Il y a un problème de cohérence et c’est très important à mes yeux. Naturellement, ce gouvernement économique, il est dans le cadre du Conseil européen à 27 et nous nous sommes mis d’accord pour qu’en cas de nécessité, les 16 chefs d’Etat et de gouvernement puissent se réunir sur les sujets propres à la zone Euro. Je suis convaincu, comme Mme Merkel, que la solution aux problèmes de l’Europe ne réside pas dans la création de nouvelles institutions mais dans la possibilité de réunions opérationnelles, pragmatiques, rapides. Et je voudrais terminer par cela, on l’a bien vu dans la crise, les marchés, les spéculateurs - qui ne sont pas la même chose -, peuvent réagir au millionième de seconde. Nos procédures doivent être plus opérationnelles et plus pragmatiques. Donc, gouvernement économique à 27 et, en cas de nécessité, des réunions pour les problèmes de l’Euro dans la Zone euro. Je crois que c’était très important que l’Allemagne et la France une nouvelle fois puissent partager une vision commune. C’est ce que nous avons fait et je remercie Angela pour son invitation que nous allons poursuivre par un diner.

Q - Je voudrais un commentaire sur les Espagnols qui ont dit que leurs banques avaient des difficultés à se financer à l’étranger. Est-ce qu’un plan d’intervention européen est envisageable si le plan de soutien des banques espagnoles n’est pas suffisant ? Et je voudrais savoir si dans vos discussions et dans les propositions que vous allez faire, est envisagée ou non la possibilité de restructurer la dette d’un pays de la zone euro qui serait en difficulté ? Monsieur Sarkozy, j’en déduis donc que vous avez renoncé à ce qu’il y ait un secrétariat de l’Eurogroupe comme la rumeur en avait couru ?

(…)

R - Sur l’Espagne, je partage exactement la réponse de la Chancelière et sur ce que nous avons dit pour le gouvernement économique, Mme Merkel et moi-même nous avons discuté de façon approfondie : comment pouvions-nous tirer les leçons de la crise que nous avons connue ? Tout le monde est d’accord aujourd’hui sur la nécessité d’un gouvernement économique de l’Europe, pour renforcer la cohérence économique en Europe. Ce gouvernement, naturellement, il est à 27 puisque l’Europe, c’est 27 ; mais nous avons choisi également d’être pragmatique puisqu’à l’intérieur des 27, il y a 16 pays qui ont la même monnaie. En cas de nécessité, s’agissant des problèmes de la zone euro, nous nous réservons de réunir les 16. Ensuite, sur la question du secrétariat, chacun peut avoir des idées en la matière. Il y a quelque chose que nous avons en commun Mme Merkel et moi, c’est que l’on doit être opérationnel et sortir des débats institutionnels. Il se trouve que c’est grâce à la présidence de Mme Merkel que l’on a pu avoir Lisbonne et par ailleurs M. Socrates y a joué un rôle et que j’ai également prêté la main à cela. Qu’est-ce que l’on avait dit Mme Merkel et moi ? Que Lisbonne serait la dernière étape des réformes institutionnelles et qu’après il fallait se consacrer de manière opérationnelle et pragmatique.

C’est le compromis que nous avons fait ensemble et je crois qu’il est bon. Pourra-t-il y avoir d’autres changements ? On en a parlé avec Mme Merkel, c’est toute la question des sanctions. Nos équipes et nous-mêmes nous en avons parlé et nous, nous pensons proposer au groupe de M. Van Rompuy comme sanction, la suspension des droits de vote. Il y aura une analyse juridique. Certains nous disent qu’il faut une modification des traités, dans ce cas on la proposera ; d’autres nous disent qu’il n’y aura pas besoin de modification des traités, dans ce cas là, on ne le fera pas.

Ce que l’on a choisi de faire, c’est d’être pragmatique, d’être opérationnel et de montrer une Europe réactive, proactive, même s’il le faut, et ne pas nous engager dans des débats théologiques qui nous feraient beaucoup de mal. Donc gouvernement économique, l’espace naturel de ce gouvernement économique il est à 27, mais s’il y a un problème dans la zone euro, nous nous réunirons dans le cadre de la zone euro. Et l’on a convenu tous les deux qu’il valait mieux alléger les systèmes européens en ne multipliant pas les institutions pour privilégier le pragmatisme. Je crois qu’en faisant cela, on a fait chacun un pas l’un vers l’autre. Et toute l’Europe, et - pardon de le dire -, peut-être même au-delà de l’Europe, on attendait que l’Allemagne et la France trouve un accord pour tirer les conséquences de la crise que l’Europe et le monde ont connue. Voilà très exactement le résultat auquel nous sommes arrivés.

(…)

Q - Monsieur le Président, dans le livre consacré à votre campagne électorale, Yasmina Reza vous cite en disant que vous vous sentez terrorisé à Berlin. Vous êtes toujours terrorisé à Berlin ou cela a changé ?

R - Est-ce que j’ai l’air terrorisé ? Je vais vous dire une chose, je viens toujours en Allemagne avec plaisir. Et je vais même vous dire une autre chose : j’admire à titre personnel la réussite des entreprises allemandes. J’apprécie les efforts de mes amis allemands et vous n’avez jamais entendu un mot de moi pour mettre en cause cela. Je peux même vous dire une chose : quand j’ai fait campagne pour devenir président de la République, j’ai expliqué aux Français qu’il fallait travailler davantage et je pensais à ce qu’avaient fait nos amis allemands. Donc, c’est toujours un plaisir pour moi de venir, de discuter avec Mme Merkel.

Je pense que ceux qui nous voient vivre de l’extérieur n’ont pas exactement compris comment on fonctionne. Nous sommes deux personnes assez franches, qui avons des convictions et qui avons beaucoup de plaisir à débattre et à confronter ces convictions. Nous n’avons pas une tradition peut-être de facilité, un peu hypocrite. Nous n’évacuons pas les problèmes, ni Mme Merkel, ni moi-même. Quand je vois tout ce que nous avons fait ensemble depuis trois ans, tout ce que nous avons eu comme épreuves à surmonter depuis trois ans, on l’a toujours fait ensemble. Cela ne veut pas dire que l’on a été spontanément d’accord tout de suite, on en a débattu profondément. Mme Merkel aime être convaincue et moi aussi. On a vu quelque chose : c’est quand on était ensemble, que l’on additionnait la force de l’Allemagne et la force de la France qu’on gagnait. Alors peut-être que la prochaine fois, il faudra que j’invite Yasmina Reza.

(…)

Q - La chancelière a parlé de la nécessité de budget assaini et consolidé. Vous-même, Monsieur le Président, vous venez de parler de franchise. Alors, est-ce que le plan d’austérité du gouvernement allemand, Monsieur le Président, vous inquiète ? Est-ce que le plan français, Madame la Chancelière, vous rassure ?

(…)

R - Je n’ai aucunement à m’insérer dans le débat politique allemand. Je comprends parfaitement la politique économique et budgétaire de la chancelière, je ne vois pas d’ailleurs comment on pourrait le lui reprocher. Je voudrais dire que, s’agissant de la France, cela fait trois ans que je suis président de la République, c’est moi-même qui ai mis en place le non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite - 100.000 fonctionnaires de moins en France en 3 ans -, j’ai annoncé la nécessité de la réforme des retraites avant même la crise récente que nous avons connue en Grèce et notre projet sera connu mercredi matin. Par ailleurs, vous voyez bien tout ce que j’essaye de faire pour que la France ait une politique raisonnable et que les objectifs de réduction des déficits et des dépenses publiques soient strictement tenus. Donc sur ce sujet encore, la chancelière et moi-même nous marchons main dans la main. Il ne peut pas en être autrement. Une responsabilité commune de la France et de l’Allemagne, de l’Allemagne et de la France. De surcroit, indépendamment de nos innombrables rencontres, nous nous parlons régulièrement au téléphone. Nos équipes travaillent ensemble. J’étais au courant de ce qui se passait ici et Mme Merkel sait très exactement quel sera le projet de réforme des retraites en France et quel sera le projet de budget 2011. C’est une question de confiance et de proximité. On travaille main dans la main. J’ajoute que je ne connais pas un seul chef de gouvernement dont la situation soit si facile qu’il puisse se permettre de travailler sans le soutien des autres.

Q - Monsieur le Président, vous avez parlé d’un gouvernement économique. Cela entraînera-t-il à long terme en Europe des transferts entre pays riches et pays pauvres ?

R - La politique économique, il s’agit, comme l’a dit la chancelière, d’avoir une stratégie de croissance pour que l’Europe et son modèle puissent prospérer dans le monde, assurer une cohérence des politiques économiques, financières et budgétaires des 27, pour qu’on avance ensemble dans la même direction.

(…)./.

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