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Afghanistan : Attaque contre les Forces françaises

Published on 20 janvier 2012
Conférence de presse du Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères et européennes, Alain Juppé

Paris, 20 janvier 2012

Je voudrais, comme le président de la République l’a fait ce matin à l’occasion des vœux qu’il adressait au corps diplomatique, exprimer, tout d’abord, ma profonde émotion devant la tragédie qui vient de se dérouler en Afghanistan, en début de matinée, sur la base militaire de Gwan, partagée entre des forces afghanes et le contingent français. Quatre de nos soldats ont été tués, une quinzaine ont été blessés - dont huit sont dans un état grave - par un soldat de l’armée afghane.

Ce bilan est encore provisoire, les blessés ont été évacués à l’hôpital militaire français de Kaboul et à l’hôpital militaire américain de Bagram.

Je voudrais bien sûr avoir une pensée pour les familles qui sont aujourd’hui dans le deuil, dans la peine.

Je rappelle que cette attaque fait suite à une autre attaque, perpétrée le 29 décembre dernier, par un soldat afghan contre des soldats français. Nos soldats sont en Afghanistan pour aider le peuple afghan et son armée dans leur combat pour la liberté et la démocratie. Il est donc incompréhensible et inacceptable que des soldats de l’armée nationale afghane assassinent des soldats français.

Le président de la République a donc pris la décision de suspendre immédiatement toutes les actions de formation et d’appui au combat des forces afghanes. Il a demandé au ministre de la Défense, M. Longuet, et au chef d’état-major des armées, l’amiral Guillaud, de se rendre immédiatement sur place.

Ils auront d’abord pour mission d’établir les conditions et les responsabilités de cette tragédie et, ensuite, de faire rapport au gouvernement français des mesures que les autorités afghanes s’engagent à prendre pour clarifier les modalités de recrutement de l’armée afghane et assurer au contingent français la sécurité dans ses relations avec les troupes afghanes.

Sur la base de ce rapport, le président de la République et le gouvernement apprécieront si ces conditions de sécurité sont crédibles et peuvent être réunies pour ce qui concerne nos troupes sur le terrain. Si tel n’était pas le cas, nous en tirerions les conséquences, y compris l’accélération du retrait complet de notre contingent qui, vous le savez, est aujourd’hui prévu pour la fin de l’année 2013.

Le président de la République s’entretiendra de toutes ces questions avec le président afghan Hamid Karzaï qui doit venir à Paris le 27 janvier pour signer un traité de coopération et d’amitié avec la France. Par ailleurs, nous sommes d’ores et déjà en contact avec nos alliés et avec le commandement américain de la Force internationale de Sécurité en Afghanistan - la FIAS -, le général Allen.

Voilà les informations que je souhaitais vous communiquer. Je répondrai volontiers à vos questions si vous le souhaitez.

Q - Est-ce que vous pensez que le gouvernement afghan a vraiment les moyens d’assurer lui-même de meilleures conditions de sécurité pour les soldats français sur place, en recrutant peut-être plus sérieusement les soldats afghans ?

Deuxième question. Laurent Fabius a déjà demandé un retrait accéléré d’Afghanistan. Est-ce que cette décision que pourrait éventuellement prendre le président, est liée aussi peut-être à des motivations de politique intérieure, à la demande de l’opinion publique ou de l’opposition qui demandent ce retrait ?

R - Sur le premier point, je vous ai indiqué que c’était précisément la mission confiée à Gérard Longuet et au chef d’état-major des armées : s’assurer auprès des autorités afghanes des mesures qu’elles comptent prendre pour changer ce qui doit être changé, afin de sécuriser le recrutement des forces afghanes et de faire en sorte que, dans les relations entre ces troupes de l’armée nationale afghane et le contingent français, les meilleures conditions de sécurité soient assurées.

À la lumière de ce que Gérard Longuet et l’amiral Guillaud apprécieront sur place, le gouvernement prendra ses décisions.

Pour ce qui concerne votre seconde question, je crois que, face à des tragédies aussi bouleversantes que celle que l’on vit aujourd’hui, que les familles éprouvent et traversent, je dois vous dire que les considérations de savoir si cela compte ou pas dans la campagne électorale ne nous effleurent pas l’esprit.

Q - La France avait augmenté son contingent en Afghanistan, il ya deux ans, avec l’idée que l’ensemble des alliés devraient d’abord renforcer leur présence et, ensuite, partir ensemble. Est-ce que la France, en envisageant un retrait complet anticipé avant la date prévue par les partenaires de l’OTAN en 2014, ne rompt pas avec une position de solidarité entre les pays engagés en Afghanistan et de départ parallèle, ensemble ?

Par ailleurs, quelle est exactement la part de responsabilité que vous imputez aux autorités afghanes dans la mort des ces quatre soldats ?

R - Je ne répondrai pas à cette deuxième question pour la bonne raison que, je vous l’ai dit, Gérard Longuet et l’amiral Guillaud partent cet après-midi même sur place afin, précisément, de nous apporter des éléments de réponse.

Sur le premier point, je vous rappelle que c’est en 2001 - si je ne me trompe -, que le président de la République de l’époque, M. Chirac, et le Premier ministre de l’époque, M. Jospin, ont décidé d’envoyer un contingent français en Afghanistan. Le président de la République actuel, M. Sarkozy, a confirmé cette décision et a effectivement augmenté notre contingent.

Au mois de novembre 2010, nous avions - vous vous en souvenez - adopté avec nos alliés une stratégie de repli progressif qui est en œuvre aujourd’hui puisque, d’ores et déjà, 200 militaires français ont regagné la France en octobre et que 200 militaires supplémentaires la regagneront dans les jours qui viennent. Au total, d’ici la fin de l’année 2012, c’est un millier de soldats français qui auront été rapatriés. Nous étions donc effectivement dans ce processus de transition arrêté avec nos alliés.

Aujourd’hui, il y a bien évidemment un fait nouveau. Ce n’est pas la première fois qu’un soldat afghan - j’ai choisi le mot « assassine » à dessein, parce que c’est un véritable assassinat - assassine des soldats français.

C’est faire preuve de responsabilité que d’adapter notre calendrier de retrait compte-tenu de ces circonstances nouvelles. Je le répète, si nous n’avions pas des assurances crédibles que, désormais, lorsqu’ils opèrent avec des soldats de l’armée afghane, nos propres soldats ont des conditions de sécurité satisfaisantes, alors nous en tirerions les conséquences.

Q - Comment expliquez-vous cette décision de retrait, dans la mesure où cela sert les intérêts des Taliban de voir le retrait des alliés ?

R - Ce n’est pas comme cela que se pose le problème. Le problème, pour le président de la République et pour le gouvernement français est le suivant : pouvons-nous accepter que l’on continue à assassiner des soldats français en dehors des combats ? Lorsqu’il y a des victimes au combat, les conditions sont différentes et les autorités françaises assument ces risques. Je voudrais évidemment rendre hommage au courage exceptionnel de nos troupes sur le terrain.

Cette fois, il s’agit de quelque chose de tout à fait différent : je le répète, il s’agit d’un assassinat à l’intérieur d’un camp partagé entre l’armée afghane et l’armée française et ce n’est pas acceptable./.

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