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Portrait : Tangi Quéméner, correspondant à la Maison-Blanche

Published on 2 novembre 2012
Reporter à l’AFP, il suit le Président américain au quotidien depuis 2009

Tangi Quéméner, 38 ans, journaliste à l’Agence France-Presse, a réalisé le rêve de nombreux journalistes à travers le monde : il est depuis fin 2009 le seul Français à suivre au jour le jour le Président des Etats-Unis, et le seul dont l’anglais n’est pas la langue maternelle.

Tangi Quéméner est né à Brest, en Bretagne. Son père, lui-même journaliste, lui transmet sa passion pour la presse, qui conduira le jeune homme à Paris pour étudier à Sciences Po puis au Centre de Formation des Journalistes (CFJ). Son premier professeur le jugea « dénué de toute aptitude au journalisme d’agence ». Sa carrière allait rapidement démontrer le contraire.

Entré à l’AFP en 1999, il travaille au bureau international à Paris avant de s’envoler pour Chypre, où il couvre le Moyen-Orient, puis à Los Angeles, où il est correspondant de l’agence pour la côte ouest américaine. En 2008, il couvre la convention démocrate de Denver et la soirée électorale de Barack Obama à Chicago. C’est fin 2009 qu’il intègre le club très fermé des correspondants permanents à la Maison-Blanche, et prend place dans les quartiers quelque peu exigus des journalistes, à une vingtaine de mètres du Bureau ovale.

La White House Correspondents’ Association joue le rôle d’interlocutrice avec l’administration, et en particulier avec le porte parole de la Maison-Blanche, pour la procédure d’accréditation. Cette même association détermine la place de chacun dans la salle de presse, « construite sur une ancienne piscine », précise Tangi Quéméner. L’AFP est au 3ème rang : une place honorable.

Pénétrer le cercle fermé des correspondants à la Maison-Blanche est synonyme d’un « rythme effréné » de travail, reconnaît Tangi Quéméner, qui se relaie avec un confrère de l’AFP pour couvrir les déplacements du Président. Lorsque leur tour arrive d’être dans le « pool » - un groupe restreint de journalistes embarqués avec la délégation présidentielle dans l’avion Air Force One -, « nous sommes alors les yeux et les oreilles de tous nos collègues » restés à Washington. Trait caractéristique de ces correspondants : la « paranoïa ». « S’il ne se passe rien, c’est qu’il est en train de se passer quelque chose et que vous n’êtes pas au courant », résume le journaliste.

Tangi Quéméner explique que ses interlocuteurs à la Maison-Blanche ne sont pas toujours conscients de l’importance de l’AFP, et ont tendance à donner la priorité aux grands médias américains. « Aux Etats-Unis, on n’est pas sur notre terrain, on a un problème de visibilité », admet le journaliste, qui doit constamment rappeler « l’écho qu’a l’AFP dans le monde entier, et notamment dans le monde arabophone ». L’Agence France-Presse, une des trois plus grandes agences de presse du monde, compte 112 agents en Amérique du Nord, dont 73 basés à Washington, le plus grand bureau de l’organisation en dehors de Paris.

Certaines particularités du système politique américain sont difficiles à faire comprendre au public français. « Il est difficile d’expliquer à un Français que le président américain a moins de pouvoir dans son pays que François Hollande en France », explique le journaliste. La langue peut également être un obstacle : très à l’aise en anglais, Tangi Quéméner reconnait toutefois que certaines expressions lâchées par le Président ou son porte parole - « gorilla dust », « fiscal cliff »,… - ont pu lui poser problème au moment de la traduction.

Comment garder recul et objectivité lorsque l’on est plongé en permanence dans la communication millimétrée de la Maison-Blanche ? « On essaie de mettre en perspective, de donner du contexte », explique l’agencier, qui parle d’un « jeu » avec l’administration. « Quand on rédige une dépêche, on fait appel à des experts, des think tanks qui donnent leur éclairage », détaille le journaliste, qui précise son objectif : « on essaie de débusquer la vraie info derrière le beau paquet cadeau fourni par l’équipe de presse présidentielle ».

Très actif sur Twitter, Tangi Quéméner a publié en septembre « Dans les pas d’Obama », dans lequel il revient sur ses trois dernières années passées au cœur du pouvoir politique américain.

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