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La Transat

Published on 14 novembre 2007
L’âge d’or de la Transat

Plus pacifique, mais tout aussi acharnée que la guerre des mers de naguère, la course au « Ruban bleu » mobilise la fine fleur des armateurs, des ingénieurs, et des marins de l’entre-deux-guerres.
Distancée au XIXe siècle par l’Angleterre des steamers de Samuel Cunard, la France -patrie de Denis Papin, d’Isambard Brunel, le père du gigantesque vapeur Great Eastern qui servira de modèle à la célèbre Ville Flottante de Jules Verne, et de Frédéric Sauvage, le génial inventeur de l’hélice à vis à spirale entière- va enfin prendre une éclatante revanche sur sa rivale maritime de toujours : lancé en 1935 par la Compagnie générale transatlantique -la célèbre « Transat » -le Normandie sera le plus grand, le plus beau, le plus rapide des paquebots jamais mis en service entre Paris et New York : 313 mètres de longueur, 36 mètres de largeur au niveau du pont-promenade, 39 mètres de hauteur du bas de la quille au plafond de la timonerie, pour quelque 83000 tonneaux, propulses à 30 noeuds (soit près de 56 km/in) par les 160000 chevaux de ses machines. Aux dernières innovations techniques, ce fleuron de la French Line joint tous les raffinements du luxe à la française. Témoin sa « salle à manger de 86 mètres de long et 9 mètres 50 de hauteur -les dimensions de la galerie des Glaces à Versailles- aux parois de panneaux de verre moulé, au plafond de stuff doré, cadre féerique où s’alignent, dans une débauche de lumière tombant des appliques, 150 tables conviant 700 personnel à des festins somptueux..." 0u le café-grill ouvrant sur la mer, la piste de danse, le grand salon tendu de tapisseries d’Aubusson, le magasin de mode, la boutique de fleurs, les salles de gymnastique, de massage et d’hydrothérapie, la librairie, le théâtre de 400 places ou peuvent être projetés les derniers films sonores, la piscine en grès émaillé blanc, sans oublier la chapelle avec son chemin de croix en bois sculpté... Le 3 juin 1935, en milieu de journée, le Normandie est accueilli par une foule en délire au quai 88 du port de New York, après une course de quatre jours, deux heures et douze minutes, à près de 30 noeuds de moyenne- une performance sans précèdent qui lui vaudra le « Ruban bleu », ce trophée tant convoité par les compagnies du monde entier, qui récompense le détenteur du record de vitesse sur l’Atlantique Nord. C’est dans ce même port que, le 9 février 1942, un incendie mettra fin, après quelque 150 traversées, à la carrière du plus beau fleuron de la Transat. Rebaptisé La Fayette, le géant, qui avait accueilli à son bord tous les puissants de ce monde, s’apprêtait à servir d’une autre manière, plus modeste mais tout aussi efficace, la cause de l’amitié franco-américaine, en transportant de New York à Paris les soldats venus rendre à l’Europe sa liberté perdue.

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