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Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale

Published on 14 octobre 2013
Conférence de presse de fin des assemblées annuelles FMI-Banque mondiale de M. Pierre MOSCOVICI, Ministre de l’Economie et des Finances

Washington, October 12, 2013

La session 2013 des assemblées annuelles du FMI et de la Banque Mondiale est en train de se terminer. Vous le ; savez, ces réunions sont à la fois l’occasion de faire le point sur l’état de l’économie mondiale et de déterminer ensemble nos priorités de travail pour répondre aux risques et aux enjeux identifiés en commun. C’était tout l’enjeu des réunions du G20, du G7, du CMFI, du Partenariat de Deauville du G8 pour les pays arabes en transition, et du comité du développement, auxquelles j’ai participé.

C’est aussi l’occasion de nombreux contacts de haut niveau - j’ai eu pour ma part des entretiens bilatéraux, au cours des deux derniers jours, avec Mme Lagarde, avec Jim Kim (Président de la Banque mondiale,), avec Joseph Kaberuka (président de la Banque africaine de développement), avec Joe Hockey qui prendra la présidence du G20 Finances pour l’Australie dans quelques semaines, avec mes homologues de Corée du Sud (HYUN Oh-Seok) et d’Israel (Yahir LAPID).

Que peut-on retenir de ces échanges ?

1- Sur l’agenda croissance/ régulation financière/ lutte contre l’évasion fiscale, je constate que l’analyse - équilibrée - que nous avions atteinte au sommet du G20 de St Petersbourg début septembre, reste très largement d’actualité. Le communiqué du G20 est d’ailleurs, vous l’avez vu, relativement court.

La seule nouveauté, s’agissant du contexte macroéconomique, est l’ajout d’une phrase qui souligne la nécessité urgente de trouver une solution à la crise budgétaire américaine. Il était assez naturel que le G20 évoque ce risque et les Etats Unis ne s’y sont pas opposés, au contraire : je crois que tous sont conscients de ces enjeux importants pour l’économie domestique et mondiale.

Sur la coordination des politiques économiques nous en restons à l’équilibre défini à St Petersbourg, en rappelant l’importance de définir des stratégies de finances publiques de moyen terme flexibles, prenant en compte les conditions économiques de court terme. C’est le bon équilibre entre consolidation budgétaire, toujours nécessaire, et priorité donnée à la croissance et l’emploi,

Nous avons également rappelé l’importance des objectifs de régulation financière et de lutte contre l’évasion fiscale et contre les juridictions non coopératives, pour lesquels le sommet de St Pétersbourg a marqué des avancées importantes, et surtout de mettre en œuvre les engagements pris dans le calendrier agréé.

J’ai, à ce sujet, eu avec Joe Hockey un échange très agréable et très fructueux sur la façon dont il voit les priorités du G20 sous présidence australienne : nous partageons les mêmes préoccupations pour :

- poursuivre un agenda de coordination économique favorable à la croissance - avec un angle d’approche proposé par mon collègue australien autour des infrastructures, qui permettent d’aborder beaucoup de sujets liés au financement de l’économie et aux réformes structurelles, qui me semble très intéressant,

- pour poursuivre nos travaux sur l’agenda fiscal, car il sera très important tenir le calendrier très ambitieux arrêté à St Pétersbourg : dès février prochain, l’OCDE nous présentera sa première proposition de standard international sur l’échange automatique d’information. Nous avons aussi un plan d’action avec l’OCDE sur l’érosion des bases fiscales sur 2 ans, qui nous permettra de remettre à plat les règles internationales de coopération fiscale pour les adapter aux nouveaux enjeux économiques, notamment ceux qui sont liés à l’économie numérique. Nous devons aussi renforcer notre appui aux travaux du Forum Mondial sur l’évaluation des juridictions non coopératives. Ce sont des sujets très concrets, sur lesquels nos concitoyens attendent des résultats rapides, et nous partageons la même détermination à aboutir ;

- et enfin nous poursuivrons nos travaux sur la régulation financière, pour lesquels le G20 offre une enceinte sans équivalent pour traiter, de façon coordonnée, la mise en œuvre des règles que nous avons déjà adoptées, pour le secteur bancaire notamment, et la poursuite de nos initiatives vers le reste du secteur financier - autour du "shadow banking" en particulier.

Je suis donc très heureux d’avoir pu échanger sur ces priorités avec joe Hockey et de l’avoir trouvé aussi proche de nous sur ces enjeux importants.

2- Ces réunions ont également été l’occasion d’échanges importants sur les politiques de développement - qui sont une priorité forte de la France.

2.1. D’abord, nous avons concrétisé ce matin avec Jim KIM un projet auquel je suis très attaché, qui a pu voir le jour à l’initiative de la France avec l’appui de la Banque Mondiale : il s’agit de la création de l’Initiative pour des industries extractives soutenables en Afrique. Celle ci a pour but de fournir une assistance juridique afin d’aider les pays africains à mieux gérer leurs filières extractives et minières pendant la négociation des grands contrats internationaux et dans leur mise en œuvre, de telle sorte que ces pays, qui ont souvent des ressources naturelles considérables, puissent en tirer les fruits au profit de leur population, et en soutien de leur propre croissance.

Nous avons donc signé ce matin avec Jim Kim l’accord de création de ce fonds, auquel la France apportera 10 millions de dollars - ce qui montre que notre engagement est très concret. Je suis très heureux de cette intiative, très concrète et dont attendons un véritable progrès - nous en avions aussi parlé lors de la réunion ministérielle de la zone franc il y a quelques jours à Paris. C’est une pierre utile à l’édifice que nous essayons de contribuer, et qui sera l’enjeu du sommet Afrique France à Paris, début décembre, dont les thèmes seront la paix et la sécurité, le développement et la lutte contre le changement climatique.

2.2 Nous avons également eu un débat sur les grandes orientations pour l’activité de la Banque mondiale, sur les propositions de Jim KIM, devenu président il y a un an et demi. J’y ai souligné en particulier le soutien aux Etats fragiles et en particulier au Sahel et la mise en place d’un modèle financier permettant d’accroitre la capacité de prêt de la Banque. Les problématiques transversales de lutte contre le changement climatique ou d’intégration régionale doivent également y avoir leur place.

2.3 J’ai également participé à la réunion du partenariat de Deauville du G8 pour les pays arabes en transition, en appelant à une forte mobilisation des bailleurs bilatéraux et multilatéraux, et un élargissement du cercle des contributeurs au Fonds de Transition au-delà des membres du G8.

3- Enfin j’ai profité de cette occasion pour continuer le travail de persuasion et de pédagogie sur la France et l’Europe – à l’occasion d’un discours au Center for European Studies à Harvard ce matin et d’une discussion sur la France et l’Europe au Council on Foreign Relations à Washington demain matin.

Je suis heureux de constater, chez mes interlocuteurs, une prise de conscience des efforts que la zone euro a fait pour la stabilité, et des efforts qu’elle fait maintenant pour évoluer vers un soutien plus marqué à la croissance.

Je constate aussi, même s’il y a encore de la pédagogie à faire, que la stratégie française de politique économique est bien comprise, que tous ont conscience des réformes que la France est en train de mettre en œuvre et de la cohérence de nos choix dans le temps, que ce soit dans notre stratégie budgétaire ou dans la façon dont nous abordons, l’une après l’autre, les grandes réformes structurelles nécessaires à la restauration de notre compétitivité.

4. Ainsi, à l’occasion de ces assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, j’ai pu insister sur les quatre messages suivants - et je pense qu’ils ont été entendus :

Restauration de la compétitivité des entreprises, consolidation budgétaire et soutien à la reprise sont les principaux ressorts de la politique économique française.

  • Les institutions financières internationales et le G20 doivent continuer à faire du soutien à la croissance et à la création d’emploi leur objectif premier.
  • Les stratégies de sortie de crise, y compris la normalisation des politiques monétaires, doivent être calibrées de façon à limiter leurs effets potentiellement négatifs.
  • Les réformes du système financier doivent se poursuivre et l’effort de régulation du système bancaire, déjà considérable, doit s’étendre à la régulation des marchés financiers et de l’ensemble des activités financières non-bancaires.
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