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Déplacement de Laurent Fabius aux États-Unis

Published on 9 mai 2014
Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du développement international, du 11 au 13 mai à Chicago puis à Washington.

Conférence de presse du ministre à l’Ambassade de France

Washington, 13 mai 2014

M. le Ministre :

Je parle français, hein ? Bien je vais vous dire dans quel cadre se situe mon déplacement et ensuite je suis à votre disposition pour répondre à vos questions. Je suis donc aux Etats-Unis depuis dimanche. J’ai commencé par Chicago où j’ai eu l’occasion, d’une part, de me rendre à l’université de Chicago où j’ai été pendant longtemps professeur ; ensuite de voir le gouverneur de l’Illinois ; de discuter, puisque maintenant ça fait partie de mon portefeuille, des questions de tourisme ; d’avoir un contact avec des représentants d’affaires qui investissent en France.

J’ai également inauguré ce qu’on appelle « Innovation week », qui est organisée à Chicago. Comme son nom l’indique c’est une semaine où on montre les innovations qui sont liées à la France que ce soient les innovations auxquelles on pense, au plan culinaire ou autres, ou les innovations industrielles. En particulier, j’ai assisté à une démonstration tout à fait spectaculaire d’une invention de Valéo, qui est un grand groupe français, et qui permet – c’est un rêve pour nous tous – que les voitures se garent toutes seules. C’est-à-dire qu’on arrive, on dépose sa voiture à l’entrée du parking et la voiture avance toute seule, regarde où il y a des places libres et se gare. Et après quand on revient, on appuie sur un petit bip et la voiture revient comme un chien. Ça s’appelle « valet - je ne sais pas quoi » ; j’aurais dit « Valé-o » - ça pourrait s’appeler. Mais c’est vraiment spectaculaire et c’est une fierté que ce soit une entreprise française qui développe cela.

Et puis j’ai eu un entretien avec les responsables du Chicago Tribune. Chicago est une ville que je connais bien pour y être allé pendant pas mal d’années et que j’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir. Je crois que c’est important que des responsables français aillent non seulement comme on le fait souvent à New York et à Washington, mais aussi dans d’autres régions de l’Amérique.

Ensuite je suis arrivé ici hier. J’ai d’abord – je ne sais pas si plusieurs d’entre vous y étaient – j’étais invité comme l’un des invités d’honneur d’AJC, c’est-à-dire « American Jewish Committee », et j’ai fait un discours sur à la fois comment nous Français traitions les questions d’antisémitisme et aussi quelles étaient nos positions sur les questions du Proche et Moyen-Orient, en particulier sur l’Iran - j’y reviendrai. Et puis j’ai donné une interview à vos collègues de CNN. Ensuite j’ai dîné avec un certain nombre de responsables du tourisme aux Etats-Unis parce que je veux absolument que nous développions l’accueil des touristes américains en France – ils sont déjà très nombreux. C’est la deuxième communauté extra-européenne – les Américains et les Chinois, mais il y a encore des progrès à faire.

Ce matin après avoir rencontré mon collègue israélien qui avait demandé à me voir, j’ai rencontré de grands éditorialistes de la presse, puis je suis allé il y a quelques instants pour discuter avec mon ami John Kerry – nous passons la moitié de notre vie ensemble. Et je suis maintenant avec vous. Ensuite j’irai à la Brookings Institution, et puis si j’ai un peu de temps libre, je rentrerai à Paris. J’y serai demain matin pour accueillir mon collègue Steinmeier, que j’ai invité au conseil des ministres. C’est la première fois qu’un ministre des Affaires étrangères assistera au conseil des ministres, sur l’invitation du président de la République et la mienne. Et moi je me rendrai comme visite de retour bientôt au conseil des ministres allemands. Mais ça tombe bien puisque nous traitons ensemble notamment les questions d’Ukraine et je serai donc demain à Paris et vendredi matin nous avons une réunion de ce qu’on appelle le « core group » sur la Syrie à Londres et ensuite je partirai pour cinq jours en Chine où je dois me rendre jusqu’à la semaine prochaine pour traiter de sujets que j’ai aussi traités ici qui concernent le climat.

Je commencerai par-là : nous avons 500 jours pour éviter un chaos climatique à partir d’aujourd’hui. Vous savez que la France va accueillir à la fin de l’année prochaine, en décembre 2015, ce qu’on appelle la « COP 21 », enfin nous l’appelons la conférence de Paris Climat 2015, où normalement doivent être prises les décisions pour limiter la progression des températures. Cette limite a été fixée à 2 degrés, alors que les dernières études des scientifiques du GIEC nous disent que ça pourrait atteindre 4 ou 5 degrés. Ce qui est non pas comme on dit parfois un réchauffement climatique, non pas même un changement climatique, mais ce que j’appelle « a climate chaos » parce que si cela se produisait, ça veut dire que toutes les activités humaines seraient complètement perturbées dans des conditions absolument dramatiques. Et c’est à Paris que doivent être prises normalement des décisions permettant d’éviter cela. Et donc l’un des aspects principaux de la diplomatie française - puisque c’est la France qui va présider cette conférence - sera de préparer si possible un succès de cette conférence. Et pour obtenir un succès, nous avons besoin en particulier de l’appui des Etats-Unis d’un côté et de la Chine de l’autre puisqu’à eux deux ce sont les deux principaux pollueurs du monde. Et donc vous allez m’entendre tout au cours de ces mois traiter beaucoup de ces sujets parce qu’ils sont absolument capitaux.

Avec John Kerry, nous avons bien évidemment - même si c’était rapide, mais enfin nous nous téléphonons et nous nous voyons tout le temps - abordé les questions de l’Iran - je vais vous en dire un mot si ça vous intéresse, mais j’attendrai les questions ; les questions qui concernent la Syrie ; les questions qui concernent l’Ukraine. Nous avons un peu parlé bien-sûr aussi du Proche et du Moyen-Orient.

Et puis on ne peut pas ne pas aborder aussi les questions qui concernent ce qui se passe au Nigéria avec la tragédie de Boko Haram. Vous savez que nous avons envoyé une équipe là-bas qui est à pied d’œuvre, de spécialistes sur lesquels il est normal de garder la confidentialité, et le président de la République a invité pour samedi prochain à Paris - malheureusement je ne pourrai pas y être parce que je serai en Chine - les présidents de plusieurs pays d’Afrique (le Nigéria, bien-sûr, le Niger, le Bénin, le Tchad et le Cameroun) et nous avons invité aussi mes collègues américain, britannique et Mme Ashton. Et il s’agit d’essayer de voir ce que l’on peut faire pour aider le Nigéria et les pays voisins à faire face aux graves problèmes de sécurité qu’ils ont dans la perspective bien-sûr d’essayer de retrouver ces pauvres petites filles. Je dois dire d’ailleurs qu’en France on parle parfois de mariages forcés. C’est un terme totalement inadéquat. Il s’agit du viol massif de petites filles puisque quand il s’agit de petites filles qui pour certaines d’entre elles ont 11 ou 12 ans, plus de 200 d’entre elles qui ont été raptées et ensuite soumises en esclavage, c’est un viol de masse. Et il doit être poursuivi et puni comme tel. Donc je suis à votre disposition pour aborder tous les sujets que vous voulez. Allez-y.

Journaliste – Laurence Haïm (Canal Plus/Itélé) :

Merci monsieur le ministre. Il y a une heure à l’Assemblée Nationale vous avez été interpelé sur la question du Nigéria. Quelqu’un vous a demandé précisément « que vaut l’indignation sans l’action ? », et quels sont les points d’appui que le gouvernement français a avec le gouvernement nigérian ? Qu’avez-vous à répondre là-dessus ?

M. le ministre :

Je n’étais pas là donc vous me l’apprenez. J’avais déjà été interrogé là-dessus la semaine dernière, sur ce que nous allions faire. Et j’avais été d’ailleurs dans ma réponse applaudi sur tous les bancs. Je ne sais pas ce qui s’est passé cette fois-ci. J’avais dit la formule « l’indignation et l’action », les deux. L’indignation ça va de soi lorsque plus de 200 petites filles sont raptées, menacées d’être violées, violées par un groupe dont le mot d’ordre c’est « non à l’éducation » il n’y a qu’une réaction possible ; c’est une ignominie, c’est un crime, et l’émotion a été extrêmement forte à travers le monde, et la France, bien évidemment qui est proche des Africains, proche du Nigéria et qui est très attachée à la défense des droits, et en particulier des droits des femmes, se devait de réagir. Alors nous avons fait ce que nous ont demandé immédiatement les Nigérians, c’est-à-dire que nous avons envoyé, Jean-Yves Le Drian et moi-même, une équipe d’experts sur place et en particulier – vous comprendrez que je ne sois pas plus spécifique – des équipes capables de repérer d’où viennent non pas les menaces mais les enlèvements et de remonter la filière.

C’est une région que nous connaissons parce que vous vous rappelez peut-être que nous avions eu l’occasion et la chance et la possibilité de sortir des griffes de Boko Haram une famille entière - la famille Moulin-Fournier -, un religieux, le père Vandenbeusch et M. Colomb. Et donc c’est une région à la frontière entre le Cameroun et le Nigéria que malheureusement nous connaissons bien. Nous nous sommes mis à la disposition des autorités nigérianes, et là aussi en termes d’action, la France est le pays qui a proposé que l’ensemble des pays d’Afrique concernés - les six dont j’ai parlé - se retrouvent à Paris samedi prochain avec bien-sûr d’autres responsables.

L’indignation elle est là ; l’action elle est là aussi.

Journaliste – Anne-Marie Capomaccio (RFI) :

Sur le Nigéria toujours, est-ce que ca signifie que les Nigérians, qui étaient réticents au départ, ont accepté le survol de leur territoire par les Français ou les Américains éventuellement ? Et qui participera à Paris à la "réunion Nigéria" des Etats-Unis, quel est le participant américain ?

M. le ministre :

Nous agissons bien sûr en accord avec les autorités Nigérianes. Il est absolument impossible, cela n’aurait aucun sens, de le faire sans leur aval, leur accord et leur approbation. Ont été invités les à la fois les présidents de plusieurs pays limitrophes d’Afrique, (Nigéria, bien sûr, Niger, Tchad, Bénin et Cameroun). Peut-être d’autres, mais voilà la liste discutée avec le PR de la République avant mon départ. L’invitation a été transmise aux Ministres des Affaires étrangères de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et à la Haute Représentante de l’UE. Je ne sais pas encore, aujourd’hui, qui de ces personnalités sera là ou sera représentée, mais en ce qui concerne les responsables d’Etat, les derniers contacts que j’ai eus avec mes bureaux parisiens c’est que les chefs d’Etats qui devaient venir, parce qu’ils étaient évidemment intéressés, allaient venir.

Journaliste :

Relance de la question (inaudible)

M. le ministre :

Je vous ai répondu, les choses ne peuvent être faites évidemment qu’avec l’accord des autorités.

Journaliste – Laurence Haïm (Canal Plus/Itélé) :

Les Américains donnent précisément des chiffres sur le nombre de soldats et de diplomates qui se trouvent au Nigéria. Est-ce que vous pouvez vous, côté français, nous dire précisément si par exemple des soldats français sont en ce moment au Nigéria et combien de personnels vous avez qui travaillent sur ce dossier ?

M. le ministre :

Les services sont investis mais je ne donnerai pas de précision sur les chiffres.

Journaliste :

Monsieur le Ministre, sur l’Ukraine...

M. le ministre :

...Oui...

Journaliste - Nicolas Révise (AFP)

...les Etats-Unis ont exprimé publiquement, récemment et depuis longtemps, leur inquiétude à propos de la vente de navires de guerre du type Mistral par Paris à la Russie. Alors vous sortez d’un entretien avec le secrétaire d’Etat. Est-ce que M. John Kerry vous a demandé de renoncer ou de suspendre la livraison de ces bateaux à Moscou et si oui qu’est-ce que vous lui avez répondu, est-ce que vous êtes prêts dans le cadre de nouvelles sanctions contre Moscou à renoncer ou à suspendre à ce contrat. Et si non, est-ce que vous pensez que ce contrat doit être honoré pour préserver l’emploi en France ou les bonnes relations entre paris et Moscou, merci ?

M. le ministre :

Alors non, l’expression de John Kerry n’a pas été celle-là. Alors je vais peut-être à cette occasion vous dire un certain nombre de choses sur l’Ukraine et puis traiter la question que vous me posez.

La situation en l’Ukraine est extrêmement difficile, situation de crise grave, avec les derniers événements, dimanche dernier, ce référendum qui n’a aucune valeur. Il n’y a aucun recensement d’aucune sorte et que les pays d’Europe, pas seulement eux, ont considéré comme n’ayant pas de valeur probante, mais là-bas une situation extrêmement tendue.

Quelle a été notre démarche dès le début ? Quand je dis notre démarche, c’est celle de la France, et d’une façon plus générale, celle des Européens. Fermeté et dialogue, les deux. Fermeté parce que les actions qui ont été menées, en particulier par les Russes, ne sont pas acceptables. Vous rappelez l’annexion de la Crimée. On ne peut pas accepter sans réagir qu’un pays en annexe un autre ; si les frontières peuvent être violées sans aucune réaction ça signifie que tous les pays sont menacés donc fermeté. De la même façon, fermeté par rapport à un certain nombre de comportements vis-à-vis de l’Ukraine de l’Est et c’est la raison pour laquelle nous avons pris des sanctions - j’y reviendrai pour répondre à votre question. Nous avons pris deux degrés de sanctions et hier encore, je n’étais pas là car j’étais aux Etats-Unis, mais j’ai donné les instructions nécessaires, il y a eu un accord, un accord européen, nous avons ajouté à la liste des sanctions, 13 personnalités, plus deux entités, dont certaines concernent les Russes. Donc, une attitude de fermeté pour dire "il y a des choses qui ne sont pas acceptables" et, en même temps, nous continuons à dire qu’il faut aller vers une solution, il n’est pas question, personne de raisonnable ne peut proposer de faire la guerre à la Russie, j’imagine, donc il faut qu’il y ait à la fois cette pression par les sanctions et le dialogue. Et c’est la raison pour laquelle, depuis le début, dans des circonstances qui ne sont pas toujours faciles, nous dialoguons avec à la fois les Ukrainiens, bien sûr - j’ai fréquemment au téléphone, le Premier ministre, M. Iatseniouk -, et avec les Russes, j’ai moi-même mon collègue Lavrov régulièrement, le Président de la République s’entretient avec M. Poutine et il y a toute une série de contacts, à mon niveau et au niveau du Président de la République, avec les différentes parties prenantes.

L’objectif que nous poursuivons, j’insiste là-dessus, c’est de parvenir à ce que comme il est normal, il y ait une élection présidentielle le 25 mai. Pourquoi ? Parce que, quand on est dans une telle situation de crise, et que, au demeurant, même les adversaires du pouvoir - surtout les adversaires du pouvoir -, considèrent qu’il n’y a pas d’autorité en place, il faut pour sortir de la difficulté, avoir une élection. Et donc, nous plaçons tous nos efforts pour essayer de faire en sorte que cette élection ait lieu le 25 mai. Je vous signale à ce propos, ce qui n’est pas su, que cette élection a déjà 23 candidats :plus de la moitié sont des candidats qui viennent de l’Est, ou du Sud, on ne connaît pas par définition quel sera le résultat et nous allons envoyer énormément d’observateurs, pour que ces élections se passent sous les meilleurs contrôles possibles. Voilà où nous en sommes.

Alors les sanctions, je disais que nous avions établi trois degrés de sanctions, les deux premiers ont été franchis et pour savoir si nous devons ou non nous orienter vers un troisième degré, nous voulons voir ce qui va se passer en matière d’élections. Si les élections ont lieu, ce qui est la voie démocratique, à ce moment-là il n’y aura pas lieu de faire de pressions supplémentaires. Si, par obstruction, les élections étaient impossibles, à ce moment-là, nous devrions examiner un échelon supplémentaire, qui pourrait évidemment concerner toute une série de sujets, le sujet de l’énergie - je vais y revenir - le sujet de la finance, voire le sujet de la défense.

A propos de ces contrats concernant deux bateaux, je tiens à dire qu’ils ont été signés en 2011, c’est-à-dire il y a maintenant trois ans, qu’ils concernent deux bateaux, qu’ils ont un montant d’un milliard deux cent millions, dont plus de la moitié ont déjà été versés et la règle dans le domaine des contrats c’est que les contrats qui ont été passés sont honorés et nous n’avons pas juridiquement la possibilité de ne pas les honorer. Mais la décision finale devra être prise en octobre, c’est à ce moment-là que nous verrons quel sera le background juridique de cette décision. Bien évidemment la France fait toute sa part du chemin mais il faut bien réaliser que les sanctions sont dirigées contre les Russes et pas contre l’Europe.

Maintenant si on va un petit peu plus au fond, la question qui est posée est celle de l’équilibre entre le dialogue et la fermeté. Et là, mesdames et messieurs, je voudrais absolument être clair : la France n’a de leçon de fermeté à recevoir absolument de personne. Et je voudrais donner quelques exemples. En ce qui concerne la Syrie, dont nous allons parler dans un instant, on se rappelle, mais je vais vous donner de nouveaux éléments intéressants, que lorsqu’il s’est agi de déceler et de tirer les conséquences des armes chimiques, quel a été le pays qui a pris position le plus rapidement et qui a été le plus ferme ? C’est la France ! Quel a été le pays qui a proposé qu’il y ait des frappes sur le régime de M. Bachar-el-Assad, pour tirer les conséquences de l’utilisation des armes chimiques ? C’est la France ! Quel a été le pays qui, ensuite, aujourd’hui, propose de déférer, devant la Cour pénale internationale, les responsables syriens pour les crimes contre l’humanité qu’ils ont commis ? C’est la France ! Et j’ajoute qu’aujourd’hui même je suis en mesure de vous dire que nous avons des indications selon lesquelles le régime de M. Bachar-el-Assad, au cours des dernières semaines aurait utilisé à nouveau des armes chimiques, cette fois-ci du chlore, et que nous sommes en train de vérifier l’utilisation de ce chlore. Nous avons demandé à l’organisation internationale chargée de lutter contre les armes chimiques de faire les vérifications et à d’autres pays, je pense aux Etats-Unis, je pense à la Grande-Bretagne, de faire de même. Donc en matière de Syrie et de fermeté, personne ne peut donner de leçon à la France.

S’agissant de l’Iran, et je pense que vous aurez quelques questions là-dessus, puisque les négociations reprennent aujourd’hui même, vous êtes suffisamment avertis de ces choses, pour savoir que si un accord a pu être trouvé dans des conditions qui ont été jugées satisfaisantes, c’est parce que - en particulier la France et en particulier votre Serviteur -, à un certain moment, a dit non à ce qui était proposé et que le résultat final a été rendu possible parce que la France a fait preuve de fermeté.

Enfin, je n’ai pas besoin de vous dire ce qui s’est passé en Afrique, qu’il s’agisse du Mali ou de la Centrafrique, où le pays qui n’a pas hésité à mobiliser se soldats, au péril de leur vie, pour aller au secours des populations, c’est la France.

Donc qu’il soit bien clair que la France remplit toutes ses obligations, que la France est à la fois pour le dialogue et pour la fermeté, mais qu’il n’y ait pas d’ambiguïté pour repousser sur d’autres la réalité. La France fait son devoir, qu’il s’agisse de l’Ukraine ou qu’il s’agisse d’ailleurs.

Madame ?

Journaliste (Elise Labott, CNN) :

Thank you M. Minister, Elise Labott, CNN.

I’d like to follow up on a few of the things you just said about Syria – there was an incident a few weeks ago about a chemical weapon. Are you talking that Syria is continuing to use chlorine bombs against its people ? And then just on the general sense about France’s firmness, it does seem as though France has been pushing on various areas, as you said. On Syria you were looking to provide more robust weapons, perhaps to the rebels ; you’ve been talking about the ICC ; in Nigeria, in Mali, in a lot of areas in Africa, France seems to be taking the lead. Do you think that is in any way indicative of France taking more of a leading role on the world stage and America taking a backseat ? There’s all this talk about America leading from behind but it seems as if France is the one leading the Americans right now, and just very quickly on Nigeria, you talked about force rape, and I would just like to see...

Monsieur le ministre :

...Massive rape...

Journaliste (Elise Labott, CNN) :

...Massive rape. Are you talking that you have intelligence that these girls have in fact been raped ? Are you just talking about your concern, that perhaps this would happen, that they would be raped and sold into slavery, or do you believe that these crimes have already occurred ? Thank you.

M. le ministre (en anglais puis en français) :

On the last point, unfortunately, when those guys, I mean Boko Haram, are menacing with tortures, usually they implement what they are saying. And you have heard, maybe, this horrible video by the chief of Boko Haram saying and laughing at it, that it will use the young girls as slaves, and that it was considering that this nine years old girl was to be his wife. What is this scandal ? Is it possible to call them human beings ? These are massive rapes, I repeat it. And unfortunately, I said it to you, when there are menaces, this kind of people are implementing what they are saying. And these are people we know because I remind you that we have been able to get out of their hands one large family, family Moulin-Fournier, and two other hostages in the past.

Now, about the general behavior of France. We don’t give lessons to anybody. We are not arrogant, and I will not be in a position, a sort of stupid position, saying to other countries, you have to do this, you have to do that, and in particular to our American friends. But what we’re saying is that it is well-known and recognized by everybody that the position, the international positions of France are accepted and praised by the vast majority of the democratic nations. When we have intervened in Africa, it was always because we have been authorized to do so by United Nations and by African Union, and it is the honor of France to have acted in that way. And when it came to Syria, you remember that we have been among the first and probably the first to say they are using chemical weapons. And we have insisted that, and eventually, those who were saying that there were no chemical weapons, Mr. Bashar el-Assad and even the Russians, had to acknowledge that there were chemical weapons. Now, if I am drawing a sort of balance sheet about where we are with the commitments which have been taken by Syria itself, on the chemical weapons side, you know that they have committed to abolish the chemical weapons. Today, this commitment is fulfilled only to 92 percent, well 92 percent has only been one thing. But so far, as the production facilities are concerned, they have not been destroyed. So far as the remaining 8 percent are concerned, the idea is it is too dangerous because it’s close to Jabat Al Nusra, and we have some reasons to think that the regime has not made everything official, I mean public, and regarding the latest allegations of use of chemical weapons, we have credible witnesses for use – at least 14 use - of employment of chemical agents (je le dirai en français dans un instant), since October 2013, the 25th, and these allegations have been estimated as serious as to compel or to lead the Director General of OIAC to send a mission about what are the facts. We have taken stamps of the use of that – we kept the chlorine, which is difficult to assess because it can evaporate rather quickly. And we are working on that, but it shows that the regime of Bashar Assad is still capable of producing chemical weapons and determined to use them. It is the reason why we are making an inquiry about it. It is the reason why we have asked, and the vote will take place in a few hours, to defer that to the International Criminal Court, and in that context, it’s one other element which shows that the so-called election of Mr. Bashar el-Assad is a tragical mockery, and is such a tragical mockery that we, Frenchmen, and German as well, we refuse to organize, in France and in Germany, these elections, because it would be to be the accomplice of these murderers. And I think I’m clear.

Maintenant en français, parce qu’il y a quand même quelques personnes qui parlent le français, heureusement. Le régime de Bashar el-Assad s’est engagé à détruire complètement les armes chimiques. En réalité aujourd’hui, 92 pourcent de ces armes chimiques sont détruites. Nous avons beaucoup d’éléments qui nous amènent à penser qu’un certain nombre de ces armes chimiques ont été dissimulées et d’autre part nous avons des éléments - au moins 14 éléments - qui montrent dans les semaines récentes, de nouveau des armes chimiques - en plus petites quantités - on été utilisées, notamment du chlore, et nous sommes en train de faire examiner les échantillons qui ont été prélevés. Ca montre que le régime de Bachar el-Assad, malgré ses engagements, continue à être dans une capacité à produire des armes chimiques et de les utiliser et c’est un argument supplémentaire pour ce que nous avons décidé, c’est-à-dire porter devant la cour pénale internationale la situation en Syrie. Nous avons demandé que dans les jours qui viennent qu’il y ait un vote au conseil de sécurité des Nations Unies sur la saisine de la cour pénale car, pour nous, il ne peut pas y avoir d’impunité. L’impunité n’est pas une issue.

Journaliste :

Thank you. As you noted, France was supportive last year when the United States indicated it was willing to launch a military strike against Syria in response to its use of chemical weapons. If it’s proven that the regime has again used chemical weapons—or continued to use them, as you say—would you again support a military strike ? And secondarily, during his visit here, President Jarba of the Syrian Coalition, has said publicly many times, and privately to the Administration, that they believe that they need to have surface-to-air missiles. The United States has said it does not want to do that, and other countries so far have respected that view of the United States. What would France’s position be toward that request from the Coalition ?

Monsieur le ministre :

Je vais répondre en français car je crois que c’est une traduction simultanée. [Commentaire inaudible]. D’accord, merci beaucoup.

Sur la question des armes chimiques, vous rappelez que la première fois il s’agissait d’une utilisation massive des armes chimiques. A l’époque, un grand dirigeant avait dit "c’est la ligne rouge" et nous nous avions décidé de nous préparer à une frappe avec, notamment, les Britanniques et les Américains. Cela n’a pas été possible parce que la demande parlementaire a été faite aux Britanniques et le Parlement britannique l’a refusée et ensuite le Président américain a dit que finalement il n’y aurait pas d’attaques dans ces conditions et il n’est pas question que la France agisse toute seule. Nous pensons - et nous le regrettons parce que nous pensons que cela aurait changé beaucoup de choses à beaucoup d’égards - mais c’est un fait nous n’allons pas reconstruire l’histoire. Aujourd’hui les éléments chimiques dont nous disposons sont de moindre importance, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître. D’autre part, on ne peut pas dire que la situation se soit améliorée depuis le moment où cette menace avait été formulée et finalement n’a pas été mise à exécution. Donc ce n’est pas quelque chose qui est actuel, mais c’est vrai que s’il est établi que, de nouveau, le régime de Bachar el-Assad a - comme nous le pensons - utilisé des armes chimiques, c’est un élément extrêmement de nouveau écrasant sur sa responsabilité.

Vous avez posé la question des soutiens apportés à l’opposition modérée. Notre position est celle-ci, Monsieur Bachar el-Assad est l’assassin de son peuple. Il faut toujours avoir à l’esprit que, au départ des 150.000 morts syriens, c’est une petite révolte de quelques jeunes gens en Syrie, qui a été réprimée de telle façon que, trois ans plus tard, nous en sommes à 150.000 morts. C’est comme cela que les choses ont commencé, à cause de la réaction scandaleuse, et le mot est trop faible, de M. Bachar el-Assad. Là-dessus, d’autres éléments se sont greffés. Donc, d’un coté Monsieur Bachar El Assad bien évidemment ne peut pas être l’avenir de son peuple, de l’autre coté, il n’est pas question non plus que nous soutenions les groupes terroristes, que nous combattons, Al Qaeda et les autres. Et donc notre soutien va à ce que nous appelons l’opposition modérée représentée par M. Ahmed al-Jarbaqui qui est je crois présent et que j’ai fréquemment au téléphone qui exprime cette opposition modérée qui lui lutte pour une opposition libre, démocratique et faisant sa place à tous les groupes. L’objectif étant, même si c’est extrêmement difficile, de trouver une solution politique où il y aurait un accord entre cette opposition modérée et une partie du régime de M. Bachar el-Assad, sans M. Bachar el-Assad. C’est vers quoi on doit essayer d’aller, même si les efforts menés à Genève ont été jusqu’ici sans résultat.

Ces groupes d’opposition modérée ont besoin de soutien et notamment de soutien armé. Du côté de Monsieur BEA, les armes sont fournies par les iraniens et les russes, en particulier ; du côté des groupes terroristes, ils se procurent beaucoup d’armes et il y a d’ailleurs souvent une complicité objective entre M. Bachar el-Assad et les groupes terroristes ; du côté de l’opposition modérée, il y a des armes qui sont fournies mais en ce qui concerne l’Europe, donc la France il y a es règles qui empêche la fourniture d’armes létales et la France, bien sûr, se conforme à cette réglementation.

Journaliste (Stefan Grobe - EuroNews) :

Vous avez évoqué les sanctions anti russes ; malgré ces sanctions vous avez invité le Président Poutine à assister à la cérémonie du D-Day en Normandie. Pourquoi n’y-a-t-il pas de rencontre bilatérale prévue entre le Président Poutine et le Président Hollande ?

Monsieur le ministre :

Le Président français a invité tous les pays qui ont été partie au conflit à l’époque et c’est vrai que les Russes ont perdu des millions et des millions de personnes dans cette guerre tragique et il était tout à fait normal, au nom de l’Histoire, au nom de tous ceux qui sont morts, que soient invitées, bien sûr, les autorités qui représentent cette population. C’est cela qui explique et justifie l’invitation au Président Poutine. Parallèlement, il est prévu qu’il y ait un contact entre le Président Poutine et le Président Hollande puisque le Président Poutine sera en France à ce moment là.

C’était ça votre question ?

L’invitation est au début du mois de juin. Nous espérons que l’élection présidentielle aura eu lieu et de toutes les manières, il y a des contacts directs et indirects, aussi bien entre le Président Poutine et le Président Hollande qu’avec les autres Présidents, et qu’entre moi-même et mes homologues. Toutes ces personnalités se parlent bien sûr.

Sur l’Iran je voudrais - puisque les négociations reprennent aujourd’hui et qu’il s’agit d’un point extrêmement important- vous donner quelques éléments. Je ne sais pas si certains d’entre vous étaient présents pour l’allocution que j’ai faite hier devant l’American Jewish Committee, j’ai défini et je le fais à nouveau en quelques mots devant vous, quelle est la position de la France dans cette négociation qui reprend et qui, normalement si c’est possible, doit aboutir avant le 20 juillet.

La position de la France repose sur quelques éléments. D’abord nous considérons que la prolifération nucléaire est un danger sérieux, et même très sérieux, peut-être le plus grand danger, pour la paix et la sécurité dans le monde. Nous travaillons avec cinq autres partenaires, qui sont les quatre autres membres que nous permanents du Conseil de sécurité, plus l’Allemagne, et jusqu’à présent nous avons réussi - ce qui est très important - à être unis. Nous avons adopté ce qu’on appelle "la double approche", c’est à dire d’un côte des sanctions, mais des sanctions devant permettre un processus politique. Nous espérons, nous travaillons pour cela, que notre dialogue va déboucher.

Notre position repose sur trois principes pour cet accord.

Premier principe, l’accord devra être complet. Nous avons fait inscrire dans l’accord provisoire une phrase qui dit qu’en aucun cas l’Iran, et l’Iran l’a signé, ne doit ni rechercher ni posséder d’armes nucléaires. Le nucléaire civil oui, la bombe atomique non. Le nucléaire civil oui, la bombe atomique non. Et nous, nous demandons que l’on tire toutes les conséquences, les conséquences complètes dans tous les domaines, de cette affirmation - en ce qui concerne les centrifugeuses, le réacteur d’A… [inaudible], l’enrichissement et les stocks d’enrichissement - bref tous les sujets pour un accord complet.

Deuxième point : l’accord doit être transparent. Nous demandons, et même nous exigeons, que l’ensemble des travaux auxquels l’Iran a procédé en matière nucléaire soient connus et vérifiés par l’agence internationale de l’énergie atomique pour qu’il n’y ait pas de trou dans la connaissant que nous avons de ce qu’a fait l’Iran en matière nucléaire. Donc un accord complet, un accord transparent.

Enfin, un accord sûr. Nous devons aussi nous placer dans l’hypothèse, qui a existé historiquement, où il y a une signature mais où en l’occurrence l’Iran ne respecte pas sa signature. Nous avons déjà vu ça dans le passé avec en 2003, la Corée du Nord, en 2005 avec l’Iran. Il faut à ce moment que nous prévoyons des mécanismes tels que nous disposions du temps de réagir. C’est ce qu’on appelle "breakout time", si jamais on nous a abusés, si jamais l’Iran, ayant conclu un accord, décidait de changer de point de vue, nous puissions réagir.

Voilà les conditions précises que nous posons. L’accord doit être complet, doit être transparent, doit être sûr. Et on peut faire confiance à la France pour être ferme. C’est encore le terme que j’utilise sur ce plan comme nous l’avons été lors de la première phase de discussion.

On va prendre la dernière question.

Journaliste (Frédéric Carbonne – Radio France) :

(inaudible)

L’ambassadeur a donné sa démission, il était en poste à Andorre en disant qu’il avait été était victime de discrimination, victime de racisme et de racisme social dans les pratiques du Quai d’Orsay. Qu’est-ce que vous répondez ?

Monsieur le ministre :

Que c’est sans aucun fondement.

Journaliste :

Pourquoi ?

Monsieur le ministre :

Parce qu’il n’y a aucun fondement à cela. Lorsqu’on voit les dossiers, les réalités, ça n’a pas le moindre fondement.

Journaliste :

Il dit qu’il devait être ambassadeur… consul général à Anvers, et qu’on lui a dit que vu son profil, il s’appelle M. Kédadouche, il ne pouvait pas, parce qu’en raison de l’extrême-droite là-bas, Vlaams Blok à Anvers, et en raison des diamantaires juifs d’Anvers. Jamais ce monsieur n’a été victime de discrimination ?

Monsieur le ministre :

Ecoutez, moi, pour le dossier que je connais, ça n’a pas le début du moindre fondement.

Journaliste :

Vous regrettez que ça se passe comme ça ?

Monsieur le ministre :

Je viens de vous répondre. Ca n’a pas le début du début du fondement.

Journaliste :

As I understand it, France is engaging with Germany and trying to make more diplomatic talks between the government in Kiev and the separatists in Ukraine. So I’m wondering, from your perspective, do you see this as a way to stave off additional sanctions, or do you believe that there’s actual optimism that President Putin may shift his calculus and may be more willing to abide by a diplomatic pathway ? And does Germany—and France, I suppose—have the support of other major European powers, for pursuing this diplomatic path ? And do you feel, as some believe, that Ukraine is on the brink of a civil war ? Merci beaucoup.

Monsieur le ministre :

Bien sûr nous agissons en liaison avec les autres pays d’Europe, puisque vous savez que dans cette matière, les décisions doivent être prises à l’unanimité. Notre objectif, c’est celui que je vous ai dit tout à l’heure : le dialogue, puisque nous voulons arriver à une solution par le dialogue. Et, en même temps, lorsque le dialogue ne donne pas de résultats suffisants, il y a la nécessité de sanctions.
En l’occurrence, mon collègue M. Steinmeier s’est rendu aujourd’hui à Kiev et devait se rendre à Odessa je crois. Il nous en rendra compte demain puisqu’il est à Paris, je prendrai mon petit-déjeuner avec lui, ensuite il viendra au Conseil des ministres.

Il y a également la démarche de l’OSCE avec M. Hichinger qui va chercher à réunir un certain nombre de personnalités autour de lui. Je pense que dans une situation aussi tendue, c’est vrai qu’on n’est pas très loin de la guerre interne, guerre intestine, certains diraient la guerre civile, il faut utiliser sans faiblesse tout en étant ferme tous les moyens de la diplomatie possibles pour essayer de trouver une solution par la dialogue. C’est ce que nous faisons. Ce n’est pas « ou bien, ou bien », c’est utiliser les voies du dialogue et les appuyer par les voies de la fermeté. C’est cela la position de la France, qui est partagée par nos autres collègues.

Alors là vraiment la fin, allez-y madame.

Journaliste (Corine Lesnes – Le Monde) :

Une autre question : sur la peine de mort, je crois que c’était l’un de vos objectifs quand vous êtes arrivé. Il y a ce soir une exécution au Texas, il y a eu un certain nombre d’exécutions et de problèmes. Qu’est-ce que la France fait et l’Union européenne, est-ce que vous pourriez détailler ? Vous parliez de l’intérêt d’aller dans les provinces américaines. Vous aimez Chicago. Iriez-vous jusqu’à boycotter le Texas ?

Monsieur le ministre :

Ecoutez, j’étais à Chicago hier et j’ai félicité le gouverneur de Chicago, puisqu’il a fait passer une loi qui désormais interdit, comme le savez, dans l’Illinois, la peine de mort. C’est un combat très difficile, de longue haleine. Vous avez vu un certain nombre de situations abominables récemment, je crois que c’était dans l’Oklahoma, où du coup a été décidé pendant un certain temps un moratoire. Un combat très difficile mais très important et qui correspond aux valeurs de la France.

Chaque année, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations Unies – et je le ferai de nouveau au mois de septembre lorsque je serai là-bas –, je réunis, et en général avec 2 ou 3 collègues d’autres continents, tout ceux qui sont opposés à la peine de mort pour élargir le cercle, soit des pays qui pratiquent un moratoire, soit des pays qui ont complètement aboli la peine de mort. A chaque fois, nous disons la même chose : le caractère de dissuasion de la peine de mort n’existe pas. C’est absolument prouvé et avéré. D’autre part, par définition, lorsqu’il y a des erreurs judiciaires - malheureusement, des erreurs existent, on en a encore vu dans le passé - la peine de mort lorsqu’elle est prononcée, appliquée, aboutit évidemment à une situation inadmissible.

Et enfin, il y a cette question philosophique : est-ce qu’une société a le droit de retirer à quelqu’un la vie ? La France, quels que soient d’ailleurs les gouvernements, depuis la décision historique prise sous le gouvernement de François Mitterrand, auquel je participais, est contre la peine de mort. Je demande à tous mes ambassadeurs, partout, donc ça vaut aussi bien sûr pour l’ambassadeur des Etats-Unis, selon des formes à définir, d’expliquer quelle est la position de la France et d’essayer de faire progresser ce combat.

Allez-y monsieur, vous êtes vraiment le dernier.

Journaliste (Philippe Gassot – Tv5) :

Si je comprends bien la position de la France en ce qui concerne l’Iran, ça recouvre d’ailleurs la position de Washington ou plutôt de Barack Obama, mais ça n’est pas exactement la position des Républicains, ce n’est pas non plus la position du gouvernement israélien, pas plus que la position des Saoudiens. Comment allez-vous essayer de convaincre tous ceux qui bloquent des quatre fers ?

Monsieur le ministre :

Sur les Républicains, je ne suis pas expert en politique interaméricaine mais je me rappelle l’expression du sénateur McCain, que je ne veux pas compromettre, mais qui disait avec son plus bel anglais, lorsque nous sommes intervenus dans la négociation en Iran : « J’ai une chose à dire : vive la France ». Et donc je crois que même s’il peut y avoir telle ou telle différence, cette position de fermeté est très largement partagée.

En ce qui concerne Israël, vous savez que nous sommes amis des Israéliens, et des Palestiniens aussi d’ailleurs, et ils nous font connaître leur point de vue. Eux ont un point de vue qui consiste à dire : quelque accord que ce soit, c’était un mauvais accord. En même temps, ils ont rendu hommage, et c’était encore le cas ce matin même, à la position de la France, puisqu’ils considèrent que le premier accord, pas celui-là, qu’on ne connaît pas encore, mais le premier accord n’aurait jamais été aussi solide s’il n’y avait pas eu l’intervention de la France.

Et je dois dire une chose, qui peut-être vous sera sensible : bien évidemment, il faut être très attentif dans cette question du nucléaire iranien aux conséquences que cela peut avoir sur les pays de la région, en particulier pour Israël. Mais la question est plus vaste, et moi j’ai toujours refusé que l’on pose cette question de l’Iran et du nucléaire iranien par rapport à Israël exclusivement. Parce qu’on comprend bien que la question pourrait être retournée : en disant « au fond il n’y pas vraiment de problème, c’est parce qu’Israël... » Non non, c’est une question générale, c’est la question de la prolifération nucléaire. Parce qu’à partir du moment où vous auriez un pays comme l’Iran qui se doterait de l’arme nucléaire, on comprend bien que dans cette région, toute une série de pays voisins et vous les avez à l’esprit comme moi, se diraient « s’il y a un pays qui a l’arme nucléaire, alors nous il faudrait que nous ayons l’arme nucléaire aussi ». Autant dans le passé, la possession d’arme nucléaire a pu être dissuasive, lorsqu’elle était entre peu de mains, autant s’il y a une dissémination, à ce moment-là, c’est la catastrophe assurée

Un dernier mot, vraiment un dernier, pour faire un lien entre deux aspects de vos questions, qui à première apparence n’ont pas de lien mais qui en fait ont beaucoup de liens : ce que nous avons dit sur l’Ukraine et ce que nous venons de dire sur le nucléaire iranien. Où est le lien ? Jusqu’en 1994, l’Ukraine avait un armement nucléaire important, c’était même le troisième par l’importance dans le monde. Et puis en 1994, l’Ukraine a accepté de renoncer à l’arme nucléaire à condition que son intégrité territoriale soit garantie. Elle l’a été par trois pays qui sont les Etats-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne et la Russie. Et loin de garantir l’intégrité territoriale, l’un de ces pays, en l’occurrence la Russie, a décidé d’annexer la Crimée, c’est-à-dire de violer l’intégrité territoriale de l’Ukraine. C’est quelque chose de très grave au regard de la non-dissémination nucléaire. Pourquoi ? Parce que, imaginez que l’Ukraine ait conservé sa bombe atomique, ses bombes atomiques, elle pourrait dire … eh bien… on se serait trouvé dans une situation différente. C’est fait. Mais lorsque - laissons de côté l’Ukraine - la question est posée à d’autres pays, je ne parle même pas de l’Iran mais d’autres, est-ce que, au regard de ce qui s’est passé avec la remise des armes nucléaires et la garantie non-tenue, est-ce que certains ne pourraient pas se dire « mais au fond, la seule garantie de l’intégrité, c’est d’avoir la bombe atomique » ?

C’est quelque chose que j’ai dit en particulier à mon collègue M. Lavrov. Je lui ai dit : « tu dis que tu es contre la dissémination nucléaire » - et je pense que c’est réel, parce que personne n’a intérêt à la dissémination nucléaire, en particulier pas des pays comme… - « Mais est-ce que, en violant l’engagement de l’intégrité, tu ne donnes pas un argument extraordinaire à ceux qui vont dire qu’au fond, la seule garantie de l’intégrité, c’est d’avoir l’arme nucléaire ? » Et c’est une raison supplémentaire pour laquelle nous ne pouvons pas être du tout d’accord avec l’annexion de la Crimée.

Merci.


Initiative pour l’amitié transatlantique et la mobilité étudiante :
soutien à l’accroissement des échanges universitaires entre les États-Unis et la France - Déclaration conjointe

Paris, 13 mai 2014

La France et les États-Unis soutiennent l’initiative sur l’amitié transatlantique et la mobilité des étudiants et jeunes chercheurs, intitulée « Transatlantic Friendship and Mobility Initiative ». Cette initiative a pour objectif de doubler, d’ici 2025, la mobilité des étudiants américains vers la France et français vers les États-Unis, avec le soutien de grandes associations de l’enseignement supérieur américain ("Association of American Universities", "Association of Public and Land-grant Universities", "Institute of International Education") et de l’"Association of International Educators".

La France et les États-Unis considèrent que la mobilité étudiante contribue à la force de l’alliance entre nos deux pays et qu’elle est essentielle au développement de la connaissance et de l’économie mondiales. Cette initiative s’appuie sur la vision commune de nos deux pays pour l’enseignement supérieur et la recherche, vision fondée sur la liberté et l’indépendance académique. Elle vise à favoriser la diversité des populations étudiantes ayant accès à cette expérience internationale, les partenariats de recherche entre établissements d’enseignement supérieur français et américains, ainsi que les programmes bilatéraux et multilatéraux facilitant la mobilité universitaire.

L’amitié historique qui lie la France et les États-Unis est ancrée dans les valeurs que nous partageons, notamment en matière de liberté, de démocratie et des droits de l’homme, de protection de l’environnement et de développement durable. En rapprochant le talent et les capacités d’innovation de la France et des États-Unis à travers l’initiative sur l’amitié transatlantique et la mobilité étudiante, nous réaffirmons notre engagement commun en faveur de la croissance économique, de l’emploi et de la compétitivité.


M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du développement international, est aujourd’hui à Chicago, troisième ville des États-Unis, pour y promouvoir l’attractivité économique de la France et les échanges commerciaux, culturels et touristiques.

M. Laurent Fabius assistera notamment à une démonstration du système de parking assisté par téléphone de la société Valeo et s’entretiendra avec des représentants de la communauté d’affaires française et américaine.

Cette visite s’inscrit dans le cadre de la première édition de la semaine française de l’innovation, organisée par le consulat général de France à Chicago en partenariat avec la chambre de commerce franco-américaine et ponctuée par différents événements mettant notamment en valeur :

- le savoir-faire français en matière de design et de gastronomie, avec des stands au "French Market", le plus grand marché couvert du Mid-Ouest américain ;

- l’innovation, avec une présentation sur les "technologies de rupture dans l’industrie automobile" ;

- la qualité de l’éducation et de la recherche scientifique, à l’occasion de la "fête franco-américaine de la science", proposant des conférences de haut niveau sur les dérèglements climatiques et le boson de Higgs ainsi qu’une journée scientifique pour les jeunes des écoles de la ville ;

- l’attractivité culturelle et touristique de la France, dont l’Art Institute de Chicago constitue une splendide vitrine.

A Washington, l’entretien qu’aura le Ministre aura avec le secrétaire d’État américain, John Kerry, sera l’occasion d’un échange de vues sur l’ensemble des sujets internationaux.

Le Ministre y rencontrera également des acteurs du secteur du tourisme, et les médias américains. Il annoncera le lancement de la « Transatlantic Friendship and Mobility Initiative », visant à accroître la mobilité des étudiants, chercheurs et enseignants-chercheurs entre la France et les États-Unis.

Il participera en outre à la conférence annuelle de l’American Jewish Committee, où il rappellera la détermination de la France à lutter contre l’antisémitisme sous toutes ses formes et à contribuer à l’instauration de la paix, de la sécurité et de la stabilité au Proche-Orient.

Enfin, le Ministre s’exprimera à la Brookings Institution sur le thème de « La France dans une ère de bouleversements géopolitiques ».

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