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Inauguration du Louvre Abu Dhabi

Published on 9 novembre 2017
L’aboutissement d’une coopération culturelle exceptionnelle entre la France et les Emirats Arabes Unis, au service de la connaissance, du dialogue des cultures, de la tolérance et de la diversité culturelle

 

• Inauguration du Louvre Abu Dhabi

• Discours du Président de la République, M. Emmanuel Macron, lors de l’inauguration du Louvre Abu Dhabi, Émirats Arabes Unis

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Inauguration du Louvre Abu Dhabi

spip_logoL’aboutissement du projet Louvre Abu Dhabi témoigne d’une coopération culturelle exceptionnelle entre la France et les Emirats Arabes Unis, au service de la connaissance, du dialogue des cultures, de la tolérance et de la diversité culturelle.

Il est le premier musée universel au sein du monde arabe. Dessiné par l’architecte Jean Nouvel, il offre au public une collection de plus de 600 œuvres, parmi lesquelles environ 300 œuvres prêtées par le Louvre et 12 autres musées français réunis au sein de l’agence "France Museums" qui a présidé à la conception de ce musée et qui en est l’opérateur.

Son inauguration par le président de la République et le prince héritier d’Abou Dabi, Cheikh Mohammed Ben Zayed al-Nayan—en présence de Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, de Françoise Nyssen, ministre de la culture, et de Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie et des finances—clôture une saison culturelle franco-émirienne initiée sur proposition de la France et élaborée par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, le ministère de la culture et l’Autorité d’Abou Dabi pour le tourisme et la culture.

Cette saison a privilégié la culture contemporaine dans toute sa diversité, en présentant des créations originales et pluridisciplinaires allant de la musique aux arts visuels, en passant par le spectacle vivant. En donnant la priorité à la rencontre entre les artistes vivant en France et aux Émirats, elle a voulu favoriser ceux qui œuvrent, par leur action, à la circulation, à l’échange et à l’ouverture interculturelle qui sont les fondements de l’amitié franco-émirienne.

La France poursuit son partenariat culturel avec les Émirats arabes unis pour promouvoir le dialogue des cultures.

Discours du Président de la République, M. Emmanuel Macron, lors de l’inauguration du Louvre Abu Dhabi, Émirats Arabes Unis

Altesse ; majesté ;
Messieurs les présidents ;
Mesdames et messieurs les ministres ;
Mesdames et messieurs.

Au moment d’inaugurer le Louvre Abu Dhabi aux côtés de mon ami le Prince héritier Mohamed Bin Zayed, que je remercie très chaleureusement pour son invitation, une phrase me revient qui semble définir ce qui nous unit aujourd’hui. Cette phrase n’est ni de votre culture ni tout à fait de la mienne, c’est la phrase prononcée par le personnage d’un roman russe, un personnage de Dostoïevski qui dit « la beauté sauvera le monde ». Et il serait naturel que je vous parle de culture, d’éducation, de civilisation mais un mot s’impose d’abord à nous ce soir qui sommes réunis, c’est précisément celui de beauté.

Elle est le cœur et le fondement de la culture. Elle est la raison d’être de l’Education. Elle connaît plusieurs formes, plusieurs expressions, elle s’est parfois alliée au bon de manière indéfectible. Elle est une recherche permanente, une poursuite. Elle a ceci de commun que nous la reconnaissons quand nous la voyons. Elle nous frappe en plein cœur quand nous la croisons.

Alors aujourd’hui ce qui nous réunit ici, ce qui, quelles que soient les vicissitudes du temps présent qui est le nôtre et quel que soit l’ampleur de nos défis, ce qui me rend optimiste, c’est que nous sommes au milieu de cette beauté qui sauvera le monde.

Aujourd’hui en ces lieux, c’est elle qui nous accueille. D’abord parce que Jean Nouvel et son équipe ont conçu ici un lieu qui va rayonner vers le monde entier. Cette ville-musée abritée par un dôme monumental qui multiplie les jeux de lumière, cette ville qui est aussi une île où l’eau miroite et se reflète, ce musée composé de petites maisons rappelant les villages émiriens ; tout cela, cet entrelacs du dedans et du dehors, du lieu clos et toujours ouvert ; tout cela constitue un ensemble où l’œil à chaque détour s’émerveille parce que cette complexité infinie, ce chef d’œuvre d’architecture réveillent des émotions profondes, parce qu’il y a là quelque chose qui rappelle les édifices sacrés du monde entier. Vous avez construit, cher Jean Nouvel, un temple pour la beauté, ici.

Ce lieu si sophistiqué et si simple à la fois accueille des œuvres d’exception. C’est le génie de l’humanité qui converge ici à travers ses plus grands artistes ; et pour un pays comme la France - je dois vous l’avouer - cher Prince héritier, cher ami, pour un pays comme la France se séparer - même sous forme de prêt - de quelques une de ses plus belles œuvres ne va pas de soi. C’est une forme de torture, et vous l’avez compris tout au long du périple que nous venons de partager, pour les conservateurs qui ont contribué à ce projet, pour les ministres, et je dois bien le dire aussi, pour le président.

Mais vous savez que nous sommes un pays qui n’a eu de cesse d’acquérir les chefs d’œuvres du monde entier et de construire des musées somptueux dont le Louvre et le vaisseau amiral. Et l’idée de faire sortir ces œuvres de nos frontières nous est parfois moins naturel, même si nous le faisons régulièrement pour les grandes expositions des musées du monde entier.

Mais cette fois ce qui se joue ici est profondément différent. Car nous n’avons rien de plus urgent en réalité, ni de plus important à faire que de promouvoir la culture, l’éducation, la beauté, et ce qui nous semble exprimer le plus haut degré de l’humanité.

En réunissant les chefs d’œuvres de l’Antiquité arabe et de l’art islamique, avec l’art précolombien et l’art chinois, avec des artistes d’au-delà des âges comme des artistes contemporains venant du Maroc, des Emirats Arabes Unis ou de Chine, c’est toute la fresque des civilisations qui se compose sous nos yeux ; c’est alors que la beauté devient une clé vers l’universel, un lien spécial qui se tisse entre nous, parce que nous élevons l’humanité vers ce qu’elle a de meilleur.

La beauté est en soi une éducation parce qu’elle nous incite à viser plus haut, à sortir de nous-mêmes, de notre condition ; parce qu’elle nous apprend que nous sommes au monde pour agir mais aussi pour contempler, pour réfléchir, pour dialoguer. Parce qu’elle nous met face à notre condition humaine dans un monde qui s’emploie tellement à nous ravaler au pire de nous-mêmes. Parce qu’elle nous apprend que la beauté est aussi d’ailleurs et que la beauté d’ailleurs est parfois tellement semblable à la nôtre. Elle construit un pont entre les continents qu’aujourd’hui certains voudraient diviser, elle construit un pont entre les générations.

Que ce musée ait émergé à Abu Dhabi a pour la France beaucoup de sens ; vous êtes aujourd’hui à l’épicentre de ce monde dont la globalisation s’accélère. Vous êtes le point névralgique où se rencontrent le monde occidental et le monde oriental. Vous êtes tournés vers l’Europe autant que vers le monde arabe et vers l’Inde et la Chine.

Vous tenez ce point d’équilibre entre le continent européen, le continent africain et le continent asiatique. Vous êtes au cœur des tensions géopolitiques qui secouent le monde. Vous êtes partie prenante à ces défis civilisationnels et religieux, éminemment complexes, mais aussi aux crises climatiques déterminantes qui nous traversent.

Aussi ce qu’ensemble ici nous édifions c’est en quelque sorte la concrétisation vivant de ce "musée imaginaire" rêvé par Malraux ; ce sont ces chefs-d’œuvre de tant de continents et de tant d’époques ainsi rassemblés, ainsi résumés. Et le faire ici a un sens tout particulier.

Tous ces défis, vous les affrontez avec un esprit de responsabilité auquel je veux rendre hommage. Vous les affronter cher Mohamed avec une détermination, un courage, qui font que la France sera toujours à vos côtés comme elle l’est aujourd’hui pour ce défi du beau comme pour tous les autres défis.

Ce musée est le fruit d’un accord entre nos deux pays signé en mars 2007 par le ministre français de la Culture et de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres, que je salue et qui est ici avec nous, et son homologue émiriens Cheikh Sultan Ben Al-Nahyane.

C’était aussi la vision portée par votre père et par le président Jacques Chirac. Et je veux l’un et l’autre ici les remercier.

C’est accord qui a créé une agence dénommée depuis France Muséum pour piloter ce projet. Monsieur Marc Ladreit de Lacharrière, à qui je souhaite rendre hommage aussi ce soir, a présidé son conseil d’administration depuis sa création. L’agence France-Muséums coordonne les prêts de 13 musées français, 13 institutions qui sont avec nous ce soir, avec vous depuis tant et tant d’années. Il m’est impossible de les citer tous mais tous ont mis leur savoir-faire au service de la création de ce musée en prêtant des œuvres majeures de leur collection dans un esprit coopératif et engagé. Nous les avons vues en parcourant des impressionnistes à l’art précolombien, des statues Nok aux peintures du XIXe siècle français.

Mais je veux ici tout particulièrement saluer l’engagement des deux présidents directeurs du musée du Louvre qui ont conduit ces travaux : l’actuel, Jean-Luc Martinez et son prédécesseur Henri Loyrette.

Mais le Louvre Abu Dhabi est avant tout le fruit d’une vision. La vision de votre Altesse, qui avez su la déployer pour votre pays comme votre père avant vous, celle mise en œuvre par son excellence Monsieur Mohamed Al-Moubarak, à qui la France doit aussi, à bien des égards, beaucoup.

C’est aussi celle de ceux d’abord qui ont eu l’audace de coucher ce projet sur le papier, de celles et ceux ensuite qui ont eu la force de le concrétiser malgré l’ampleur de sa tâche.

La France sait qu’elle doit tenir son rang dans ce dialogue des cultures, dans ce rayonnement de l’art et du patrimoine. Nous inaugurons là un lien tout particulier entre nos deux pays.

Ce Louvre du désert et de la lumière que vous avez voulu c’est évidemment un lien pour au moins les trois décennies qui viennent, mais je le crois très profondément, bien davantage encore.

Mais c’est surtout la réponse que la France à vos côtés doit pour lutter contre tous les obscurantismes. Nous voyons tout à l’heure en passant le visage bien connu de Napoléon. Il fut un homme de conquête et
il a parfois ramené—je pense aux conquêtes d’Egypte—nombre de grandes œuvres qu’on peut retrouver au Louvre comme dans d’autres musées français.

C’est une autre conquête dont il s’agit aujourd’hui, celle qui consiste non pas à aller chercher les plus grandes œuvres de civilisation pour les ramener dans notre pays mais celles de permettre ici dans cet épicentre de tous les combats dont je parlais de ramener les plus belles œuvres du monde entier et en particulier celles qu’abrite aujourd’hui la France, pour les donner à voir à vos côtés, au monde entier.

Ce Louvre du désert et de la lumière, que vous avez voulu et que nous avons fait ensemble, c’est cette volonté de porter ici ce message d’universel ; c’est cette volonté de comparer ensemble nos cultures ; c’est d’avoir cette humilité de rappeler que le beau d’ici a quelque chose de semblable avec le beau d’ailleurs, qu’il y a quelque chose d’universel dans ce qui nous paraissait irréductible dans chacune de nos cultures. C’est qu’il y a à chaque fois une passerelle qui nous unit et qui est ce pont tendu qui doit nous rendre profondément déterminés contre toutes les formes de repli.

Ce Louvre de la lumière et du désert c’est ce message envoyé contre tous les obscurantismes, c’est ce message envoyé et ce courage que vous avez voulu, celui de remettre votre religion dans ce qu’elle a toujours fait et que vous venez de rappeler avec beaucoup de courage.

Ce message d’un syncrétisme profond, on ne peut pas aimer la religion qui est la vôtre ici si on ne rappelle pas que dans cette région tous les grands monothéismes sont nés et que l’islam est né de ce palimpseste de cultures et de civilisations qui font que de manière indétricotable, irréductible, nos religions sont liées, nos civilisations sont liées ; et que ceux qui veulent faire croire où que ce soit dans le monde que l’islam se construit en détruisant les autres monothéismes sont des menteurs et vous trahissent.

Des humanités et des sciences ici avec vous, ce sera le combat pour la langue, la langue française que je veux plus forte et plus rayonnante ici comme dans toute la région à vos côtés. J’ai un rêve secret, mon cher ami, mon cher Prince, c’est que le français reprenne sa place dans ton enseignement secondaire et partout dans les écoles publiques, et je prendrai toute ma part pour y aider, parce que le français n’est pas une longue fermée, c’est une langue de traducteurs, c’est une langue de passage, c’est une langue qui s’est toujours construite dans le plurilinguisme, et la Jordanie le sait bien comme nombre des pays qui sont là, et le Maroc le sait parfaitement. Je veux une francophonie forte parce que je veux une francophonie qui portera avec vous ce combat en Afrique, au Proche et Moyen-Orient, un combat contre l’obscurantisme. Le français c’est la langue de la raison, c’est la langue de la lumière, c’est la langue de ce dôme, parce que ce n’est pas une langue fermée, c’est une langue qui s’est matinée de tous les continents où elle a été, parce que la francophonie ne doit plus être une langue des complexes, les complexe de ceux qui ont colonisé ou de ceux qui ont décolonisé. Ça doit être aussi la langue de la jeunesse, de cette même conquête.

Alors si je suis ici avec vous ce n’est pas simplement pour ouvrir un musée avec des œuvres magnifiques de tous nos continents, c’est pour ouvrir ce merveilleux piège à bêtises qu’a créé Jean Nouvel par votre volonté. Parce que nous allons attraper toute la bêtise du monde et la détruire, parce que ceux qui penseront juste venir voir des œuvres découvriront qu’on ne sort pas indemne de ces passages ; parce qu’ils découvriront que, en croisant des artistes comme Léonard De Vinci, comme les auteurs du Dragon chinois, comme vos photographes, comme des peintres, ils découvriront à chaque fois des esprits rebelles. Tous les artistes ont un point commun, quel que soit leur continent ici. Ils ont maîtrisé la bêtise, ils ont défié l’ordre établi, ils ont cru dans la jeunesse, ils ont aimé la liberté - plus que tous les privilèges - ils ont cru dans la raison, contre l’obscurantisme. Ils ont voulu la tolérance et la fraternité parce qu’ils voulaient passer quelque chose. Plus que la destruction, ils ont peint des visages, ils ont sculpté même des nus parce qu’ils ont voulu tout cela ; et le courage que vous avez eu à vouloir le faire ici c’est ce même esprit de conquête que nous allons ensemble porter pour les prochaines décennies parce que c’est ici la place, parce que c’est ici notre combat, parce que c’est ici notre volonté.

Alors que personne ne se trompe, dans ce lieu où la lumière change à chaque heure, ce qui commence ensemble c’est notre combat pour l’humain, c’est notre combat indéfectible contre tous les replis et tous les discours de haine. C’est notre volonté de défendre le beau, l’universel, la création, la raison, l’intelligence, la fraternité. Parce que c’est ce qui nous a fait les uns et les autres.

Alors mes amis ici commence le combat d’une génération pour notre jeunesse. Ce combat nous le porterons avec l’esprit de conquête parce que nous avons à nos côtés le beau du monde entier.

Merci pour cela et merci pour tous les combats à venir. Merci à vous.

Quelques images...

infographie

Le Louvre Abu Dhabi est le plus grand projet de coopération muséale engagé par la France.

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