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« Plus que jamais, nous avons besoin d’Europe. »

Published on 31 janvier 2020

Allocution du président de la République (Paris, 31 janvier 2020)

Mes chers compatriotes,

A minuit ce 31 janvier, le Royaume-Uni quittera l’Union européenne. Le peuple britannique a en effet pris une décision souveraine lors du référendum de juin 2016. Cette décision nous devons la respecter et la France l’a toujours respectée.

Ce départ est un choc. C’est un signal d’alarme historique qui doit retentir dans chacun de nos pays, être entendu par l’Europe toute entière et nous faire réfléchir. Car en effet pour la première fois en 70 ans, un pays quitte l’Union européenne. Je ne veux pas revenir ce soir sur les raisons de ce vote et ce n’est d’ailleurs pas ma place ou mon rôle, mais je me souviens combien la campagne de 2016 a été faite de mensonges, d’exagération, de simplifications, de chèques qu’on a promis et qui n’arriveront jamais. Il faut là aussi à chaque instant nous souvenir de ce à quoi le mensonge peut conduire dans nos démocraties. Mais nous devons aussi pour nous même en tirer très concrètement les leçons.

En effet, je crois très profondément que ce Brexit est possible, a été possible et rentre en vigueur dans quelques heures parce que nous avons fait de l’Europe trop souvent un bouc émissaire de nos propres difficultés, parce qu’aussi nous n’avons pas assez changé notre Europe. Plus que jamais nous avons besoin d’Europe, soyons lucides. Face à la Chine ou aux Etats-Unis pour défendre nos intérêts nous avons besoin de plus d’Europe. Pour réussir la transition climatique nous avons besoin de le faire au niveau européen. Pour réussir à nous nourrir, pour réussir à faire face aux grandes transformations migratoires, digitales, technologiques, nous avons besoin de plus d’Europe. Et donc je vous mentirais ce soir à vous dire que l’avenir de notre pays pourrait se bâtir dans moins d’Europe ou un retrait. Mais je suis conscient que l’Europe ne pourra continuer d’avancer que si nous la réformons en profondeur, pour la rendre plus souveraine, plus démocratique, plus proche de nos concitoyens et donc plus simple aussi dans son quotidien et que nous réussissions à rebâtir un projet européen plus clair pour vous toutes et tous. Au fond, un projet où le désir de quitter l’Europe ne sera plus la réponse aux difficultés d’aujourd’hui car je pense que c’est une mauvaise réponse. Alors que le Brexit a été l’objet de beaucoup d’approximations et d’exagérations et je veux ce soir vous dire quelles seront les prochaines étapes et les conséquences concrètes pour vous.

Demain de manière très pratique, rien ne changera dans nos relations avec le Royaume-Uni : durant toute l’année 2020 nous vivrons ce qu’on appelle une « période de transition », c’est-à-dire qu’on pourra voyager, exporter, commercer, pêcher exactement comme avant. Vous ne vous réveillerez pas demain matin avec des règles différentes pour votre quotidien. Il n’y aura qu’un changement, il est institutionnel. Dès demain matin, le Royaume-Uni ne participera plus aux décisions européennes. Pour la France, cela signifie que cinq députés supplémentaires siègeront désormais au Parlement européen et remplaceront certains des députés britanniques qui viennent de quitter ce Parlement. Je veux aussi dire à nos concitoyens français vivant au Royaume-Uni que leurs droits seront maintenus, préservés, défendus, qu’ils le sont et que nous avons garanti dans cette période de transition évidemment toutes les règles qui leur permettent de continuer leur vie normale, leurs activités.

Je veux aussi dire à tous les Britanniques qui vivent en France parfois depuis tant et tant d’années, que là aussi demain matin les choses ne changeront pas pour eux. Ils sont en France chez eux. Ils le sont aujourd’hui, ils le seront demain. Il y aura malheureusement quelques conséquences très pratiques. Ils ne seront plus citoyens européens et pour ceux qui n’ont pas demandé la citoyenneté française ils ne pourront plus, par exemple, faire partie des listes aux prochaines élections municipales. Mais ces conséquences sont très réduites.

Ensuite il nous faut préparer la relation future. En effet, nous devons bâtir avec le Royaume-Uni notre relation de demain. C’est tout l’objet de la négociation qui va commencer. Et pour cette négociation nous resterons unis, à vingt-sept. Nous aurons un négociateur et je suis profondément attaché à ce que durant cette négociation, nos intérêts, c’est-à-dire les intérêts de nos pêcheurs, de nos agriculteurs, de nos industriels, de nos chercheurs, de nos travailleurs, de nos étudiants soient maintenus. Mais il y aura une règle simple. Ce partenariat que nous allons bâtir avec le Royaume-Uni, c’est un partenariat que je souhaite le plus proche possible, le plus solide, le plus durable. Mais ce ne sera pas la même chose que la relation que nous connaissons depuis quelques décennies. On ne peut pas être à la fois dedans et dehors. Le peuple britannique a choisi de quitter l’Union européenne. Il n’aura plus les mêmes devoirs, il n’aura donc plus les mêmes droits.

Ainsi durant les prochains mois nous aurons à négocier ce nouveau partenariat. Je le veux fort mais je le veux aussi exigeant car je veux vous protéger, vous défendre, protéger l’unité de notre Europe qui est indispensable.

Néanmoins, au-delà de cette relation future, entre la France et le Royaume-Uni, c’est une histoire longue, faite de sang, de liberté, de courage, de combat que nous avons en partage. Je ne les oublie pas non plus. C’est pourquoi notre relation bilatérale continuera à être forte. Nous célèbrerons le 18 juin prochain le 80ème anniversaire de l’appel du Général de Gaulle à Londres. Et les Français savent ce qu’ils doivent au peuple britannique et ne l’oublieront jamais. C’est pourquoi en matière de défense, de science ou de culture, nous continuerons d’avoir des liens forts, bilatéraux. Et je continuerai de les défendre. Je me rendrai prochainement au Royaume-Uni pour les entretenir et les renforcer.

Voilà mes chers compatriotes ce que ce soir, en quelques mots, je voulais vous dire. Sur ce qui ne changera pas demain pour éviter les angoisses inutiles mais aussi sur ce qui va changer en profondeur dans notre Europe car un pays vient de manière très concrète de décider de nous quitter et à minuit nous quittera de manière effective.

C’est un jour triste, ne nous le cachons pas. Mais c’est un jour qui doit aussi nous conduire à procéder différemment. A bâtir avec plus de détermination encore une Union européenne puissante, efficace et qui parvienne à vous convaincre davantage et à retrouver le fil de cette histoire qui fait de l’Union européenne une aventure unique et à mes yeux, irremplaçable.

Vive l’amitié entre le Royaume-Uni et la France, vive l’Europe, vive la République et vive la France.

Lettre du président de la République aux Britanniques (Paris, 1er février 2020)

Chers amis britanniques,

Votre pays vient de quitter l’Union européenne, après 47 ans de vie commune.

C’est le résultat de la décision souveraine du peuple britannique exprimée lors du référendum de juin 2016, un choix démocratique que la France a toujours respecté.

Mais je dois aussi vous dire, comme allié et plus encore comme ami, comme Européen sincère, ma profonde tristesse face à ce départ. Et je pense, en ce jour, aux millions de Britanniques—d’Angleterre, d’Ecosse, du Pays de Galles et d’Irlande du Nord—qui conservent un attachement profond à l’Union européenne. Je pense aux centaines de milliers de citoyens, Français du Royaume-Uni et Britanniques de France, qui s’interrogent sur leurs droits et leur avenir : je leur garantis que nous les protégerons.

Je dois aussi vous dire que ce départ est un choc pour les Européens. C’est la première fois qu’un pays quitte la communauté européenne. Le Royaume-Uni n’était pas présent lors de ses premiers pas en 1950, mais nous lui devons tant – à la clairvoyance historique de Winston Churchill, au premier chef. Et, après 1973, si nos relations européennes ont parfois été tumultueuses, le Royaume Uni a été un acteur central, du projet européen, de la construction du marché unique en particulier, un acteur plus influent que les Britanniques souvent ne l’imaginaient eux-mêmes.

Ce départ doit être un choc, car il n’a rien d’anodin. Nous devons en comprendre les raisons et en tirer les leçons. Les raisons, c’est le rejet d’une Europe que les responsables politiques, au Royaume-Uni comme ailleurs, ont trop souvent accablée de tous les maux, pour ne pas affronter leurs propres turpitudes. C’est aussi la conséquence, disons-le, d’une Europe perçue comme trop peu efficace, pas assez protectrice, éloignée des réalités quotidiennes.

Les leçons à tirer, j’en suis convaincu, ce doit donc être le sursaut de l’Europe, dans un monde où le besoin de contrôle, de sécurité et de protection est plus fort que jamais. Ce n’est plus votre problème, me direz-vous ? Je n’en crois rien car le Royaume-Uni n’a aucun intérêt à la faiblesse de l’Union européenne. Je me bats chaque jour, et je continuerai, pour cette Europe unie, souveraine et démocratique, dont la force fera celle de notre continent.

Je sais, dans ce contexte, le sentiment, quel qu’ait été votre vote en 2016, que la France a été « dure » depuis le début de la négociation relative au Brexit. J’ai tenu à défendre les principes existentiels du fonctionnement de l’Union européenne : le respect de nos règles au sein du marché unique, l’unité européenne, la stabilité en Irlande. Ce ne sont pas des rigidités bureaucratiques, ce sont les fondations mêmes de l’édifice européen. Mais jamais un esprit de revanche ou de punition n’a animé la France et le peuple français ni, je crois pouvoir le dire, aucun peuple d’Europe.

C’est dans cet esprit, de respect mutuel, d’attachement à l’Union européenne, de liens si puissants entre nos deux pays, que nous devons regarder l’avenir et bâtir notre relation future.

Le gouvernement britannique souhaite avancer rapidement, nous y sommes prêts. Il est, sur le fond, de notre intérêt commun de définir un partenariat de défense et de sécurité, de coopération policière et judiciaire, scientifique et culturel, aussi proche et profond que possible. Je le dis en même temps avec franchise, comme je l’ai toujours fait : la facilité d’accès au marché européen dépendra du degré d’acceptation des règles de l’Union européenne car nous ne pourrons pas laisser une compétition néfaste s’établir entre nous.

Entre nos deux pays, plus directement, je souhaite ouvrir un nouveau chapitre, fondé sur la force de nos liens inégalés. Nous célébrerons cette année le 80e anniversaire de l’Appel du 18 juin, par le Général de Gaulle : les Français savent ce qu’ils doivent aux Britanniques, qui ont permis à la République de vivre. Je viendrai à Londres, au mois de juin, pour remettre à cette ville la Légion d’honneur, en hommage à l’immense courage de tout un pays, de tout un peuple. Nous devons approfondir, dix ans après les accords de Lancaster House, notre coopération en matière de défense, de sécurité, de renseignement. Je souhaite aussi, avec le Premier ministre Boris Johnson, que nous puisions dans l’histoire l’audace de construire de nouveaux projets ambitieux, comme lorsque le Tunnel sous la Manche a enfin relié—physiquement—nos deux pays.

Chers amis britanniques, vous quittez l’Union européenne mais vous ne quittez pas l’Europe. Vous ne vous séparez ni de la France, ni de l’amitié de son peuple. La Manche n’a jamais réussi à éloigner nos destins, le Brexit n’y parviendra pas davantage.

La nuit dernière, ce ne fut qu’un au revoir.

Emmanuel Macron
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